Gagner sa vie avec des séances de dédicace : interview d’OLIVIA SUNWAY, auteur de la trilogie Au Nom de L’Harmonie.

Les séances de dédicace semblent être un incontournable atout pour l’auteur : il permet d’aller à la rencontre de son lectorat, de positionner son livre dans les étalages d’une librairie et de permettre à de nouveaux lecteurs de découvrir l’œuvre de l’auteur.

Mais les périples sont nombreux pour décrocher une séance de dédicace ! N’ayant moi-même encore jamais tenté ma chance, j’ai contacté Olivia Sunway, qui gagne la plus grosse partie de ses revenus grâce aux séances de dédicace et je lui ai demandé de partager avec moi son expérience.

 

Olivia Sunway, alias Nathalie Chapouille, a commencé à écrire en 2009, plutôt par hasard ! Elle écrit une scène humoristique sur un forum et les autres membres lui réclament la suite. Cette scène a finalement donné naissance à son premier roman Zéphyr, le tome 1 de la trilogie Au Nom de L’Harmonie, sortie en 2013. Depuis, la trilogie est complète et Olivia travaille actuellement sur une romance contemporaine : Working Love, dont la sortie est prévue pour début 2019. Elle compte plus de 10 000 lecteurs de ses romans.

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Olivia Sunway

Pour plus d’informations sur Olivia : https://oliviasunway.wixsite.com/home

Pour la suivre sur Instagram : oiliviasunway

Pour découvrir le premier tome de sa trilogie (disponible dans l’abonnement Kindle d’ailleurs !) : http://amzn.eu/d/bNvKZ4C

 

En interviewant Olivia, j’ai découvert une personne formidable (elle gagne à être connue !), très positive, déterminée et qui est en permanence en train de se former et de s’améliorer. Pour exemple, Olivia a fait une formation d’une semaine pour pouvoir enregistrer elle-même son roman en Audible. Qui y aurait pensé ?

Nous devions discuter trente minutes et nos trente minutes se sont transformées en deux heures à force de se découvrir plein de points communs. Olivia est animée par une grande volonté d’aider les autres, notamment les auteurs comme elle.

Allez, je vous laisse vous lancer dans l’interview « officielle » !

 

Jupiter Phaeton : Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ?

Olivia Sunway : À vrai dire c’est vraiment un hasard. J’ai écrit une scène humoristique sur un forum et les autres membres m’ont réclamé la suite. Résultat, j’ai étoffé et au final j’ai construit mon premier roman autour de cette scène. La scène y figure d’ailleurs toujours.

 

Jupiter Phaeton : Pourquoi l’auto-édition ?

Olivia Sunway : Je suis impatiente ! J’avais déjà un lectorat qui me suivait à travers le forum alors j’ai décidé de tout faire moi-même. J’ai trouvé une graphiste, j’ai démarché un imprimeur. Et au final j’ai imprimé mes livres, j’ai calculé mon seuil de rentabilité et je me suis lancée dans l’aventure.

 

Jupiter Phaeton : Es-tu satisfaite de l’auto-édition ?

Olivia Sunway : Oui ! C’est la liberté ! Ma hantise c’était qu’on me dise « vire ce passage » pour pouvoir rentrer dans une ligne éditoriale. J’effectue bien sûr un travail éditorial avec une équipe que j’ai choisie. Au début, je n’avais pas d’expérience et peut-être que ça se ressent dans le premier livre. Mais l’auto-édition c’est aussi la possibilité d’apprendre très vite avec le retour des lecteurs et de pouvoir réagir plus rapidement encore.

 

Jupiter Phaeton : Est-ce que c’est une activité que tu pratiques à temps plein ?

Olivia Sunway : Oui !

 

Jupiter Phaeton : Alors, entrons dans le cœur du sujet, comment t’es-tu mise aux séances de dédicace ?

Olivia Sunway : J’en suis venue aux séances de dédicace parce que je voulais faire de l’écriture mon métier et pour ça, il fallait absolument que je développe mes ventes. J’ai donc fait une étude de marché en testant la séance de dédicace pour voir si en faire régulièrement pouvait m’aider à augmenter mes ventes et donc mon revenu global lié à mes romans. En moyenne, j’en vendais entre 20 et 30 à chaque séance (Note : la moyenne citée par les auteurs est généralement de 15 livres). Il faut que j’en vende 25 pour avoir un salaire que je considère suffisant. J’effectue une séance de dédicace par semaine (tous les samedis) et parfois les dimanches. Je me déplace parfois à deux heures, voire deux heures et demi et de chez moi pour passer la journée en dédicace. Prochainement, je vais essayer de réduire le périmètre pour ne plus faire autant de route car après sept heures à dédicacer, refaire deux heures de route peut être très fatigant.

 

Jupiter Phaeton : Comment as-tu décroché ta première séance de dédicace ?

Olivia Sunway : Il faut s’acharner, envoyer dix mille mails, présenter tes livres. Et ensuite il faut relancer, relancer, relancer ! À force de détermination, j’ai réussi à obtenir une date. Actuellement, tous mes samedis sont bookés jusqu’au mois de janvier.

 

Jupiter Phaeton : Concrètement, comment ça se passe une séance de dédicace vis-à-vis du libraire ? Qu’est-ce que tu dois apporter sur place ? Qu’est-ce que le libraire prépare de son côté ?

Olivia Sunway : Le libraire prépare généralement une table, une nappe, une chaise. Dans certains magasins, je suis vraiment bien accueillie, c’est génial à chaque fois que j’y vais ! Ils ont toujours une attention particulière pour moi, un café, un croissant. J’y retourne avec plaisir à chaque fois. Pour ma part, j’ai mon propre stock de livres et c’est moi qui les apporte sur place le jour de la dédicace. Les clients paient directement à la caisse du magasin. Normalement, le client vient, s’intéresse à ton livre, tu le dédicaces et ensuite il part payer à la caisse. Néanmoins, chez certaines enseignes, comme Cultura, je demande aux lecteurs de payer le livre avant la dédicace car j’ai eu quelques mauvaises surprises : des livres qui sont reposés dans d’autres rayons par les clients qui changent d’avis avant d’arriver en caisse. Sauf que l’exemplaire est déjà dédicacé et que tu ne peux pas le revendre à quelqu’un d’autre. Et le magasin ne te le paiera pas. C’est donc de la perte brute pour moi. Attention, ce n’est valable que dans les très grandes librairies. Dans les plus petites, le client est obligé de passer en caisse car le magasin est plus petit.

En termes financiers, la remise demandée par les libraires est en général de 30% sur le prix de vente du livre. À la fin de la séance de dédicace, je compte combien d’exemplaires j’ai vendu. Le lendemain, je rappelle le magasin pour savoir combien ils en ont encaissé puisque comme tu l’auras compris, il peut y avoir des écarts si des gens ont déposé le livre dans un autre rayon. Le logiciel des magasins Cultura donne les chiffres uniquement le lendemain, c’est pour ça qu’il faut patienter. Ensuite, je facture le nombre d’exemplaires vendus moins la remise au libraire. S’il y a un écart, je lui demande de mettre de côté le livre, je viendrai le récupérer à une prochaine séance de dédicace. Ou alors il peut le remettre en rayon et le vendre à sa clientèle.

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Qui veut voir son roman dans les étagères ? Moi, moi, moi !

Jupiter Phaeton : Donc c’est aussi un moyen de caser ses livres dans la librairie et d’effectuer quelques ventes supplémentaires en ton absence, en laissant le livre sur les étalages ?

Olivia Sunway : Si le libraire veut bien, évidemment. Je l’ai fait plusieurs fois mais attention à ne pas oublier de les rappeler pour savoir si des exemplaires ont été vendus ou non. Car ils n’auront pas le réflexe de vous appeler pour vous prévenir et si vous n’êtes pas au courant, vous ne pourrez pas facturer. De la même manière, si rien n’a été vendu, il faut aller récupérer les exemplaires. Maintenant, je fais le point lors de la prochaine dédicace.

 

Jupiter Phaeton : Comment se passe la relation avec les libraires ?

Olivia Sunway : Ça dépend complètement des personnes, c’est comme partout. Dans beaucoup de magasins, je suis super bien accueillie, l’équipe est toujours sympathique et souriante ! C’est tellement agréable ! Mais comme partout, comme dans tous les domaines, il y a des personnes plus ou moins souriantes et plus ou moins accueillantes. Mon conseil ? Si vous ne vous sentez pas à l’aise, n’y allez plus tout simplement.

 

Jupiter Phaeton : Combien de temps dure une séance de dédicace ?

Olivia Sunway : Je dédicace généralement de 10h à 18h. Je prends une pause d’une heure le midi. Il y a des librairies où je ne dédicace que le matin. Cela dépend également du libraire. Les dédicaces sont plus faciles à obtenir en automne et au printemps, car c’est la meilleure période pour la vente de livres.

 

Jupiter Phaeton : Comment ça se passe avec les lecteurs ? Tu es à l’aise ? Tu arrives à les aborder ?

Olivia Sunway : Je viens avec mes marques-pages. J’imprime environ 10 000 marque-pages par an, que je distribue lors des séances de dédicace ou que j’envoie à ceux qui achètent mon livre via mon site internet. En séance de dédicace, il ne faut pas attendre que le lecteur vienne à vous. Attention, c’est merveilleux s’il vient de lui-même. Mais la plupart des gens sont timides, peut-être qu’ils sont curieux de votre stand mais qu’ils n’oseront pas s’approcher. Ou bien ils venaient pour autre chose et ils ne vous ont même pas vu. Pour faire des ventes, il faut les interpeller. Personnellement, j’ai mes marque-pages dans la main et que je leur dis « Bonjour, je vous offre un marque-page ? ». Quand il y a des gens qui sont réceptifs, c’est vraiment super ! Évidemment, il y a aussi beaucoup de refus. Il faut s’y préparer et ne pas se décourager ! En séance de dédicace, tu changes de casquette, tu deviens commerciale.

 

Jupiter Phaeton : Est-ce que tu fais de la publicité pour prévenir de tes séances ou est-ce que le libraire s’en charge ?

Olivia Sunway : Un peu les deux, moi je n’en fais pas assez parce que je n’ai pas le temps. Mais je ne suis pas assez connue pour que ce soit réellement utile. Je me sers vraiment du flux du magasin, des clients qui viennent et qui ne me connaissent pas. Généralement, j’ai une à deux personnes par séance de dédicace qui sont étonnées de me voir là et qui me disent « oh mais j’ai lu votre livre ! ». C’est toujours super de les rencontrer. Samedi dernier, j’ai été époustouflée de voir 3 lectrices m’attendre de pied ferme, je n’ai même pas eu le temps de m’installer. C’était surréaliste.

 

Jupiter Phaeton : Du coup, sur ton stand, qu’apportes-tu exactement ? Tes livres, tes marque-pages…

Olivia Sunway : et mon plus beau sourire !

 

Jupiter Phaeton : Et une fois que 18h sonne, ça y est, c’est fini ? Tu fais ta facture le lendemain et ensuite ?

Olivia Sunway : Ensuite, il faut s’armer de patience et de détermination à nouveau. Il y a des enseignes qui paient sans aucun problème et d’autres qu’il faut relancer plusieurs fois. Mais à nouveau, c’est comme partout : quand on a une entreprise, il faut s’attendre à ce que certains paient immédiatement et que ce soit plus difficile pour d’autres. Après, il faut de nouveau booker des dates. Si la séance de dédicace s’est bien passée, pourquoi ne pas choisir une nouvelle date avec cette librairie ? Maintenant que le contact est établi, il faut en profiter.

 

Jupiter Phaeton : Quel conseil donnerais-tu à ceux qui veulent se lancer dans les séances de dédicace ?

Olivia Sunway : Il faut être persévérant, il faut être insistant et il ne faut pas s’arrêter à un refus. Finalement, le plus dur c’est d’obtenir la séance. Le mieux, c’est d’écrire ou d’appeler un contact qu’une autre personne vous a donné. C’est plus facile d’appeler et de dire « oui, XX m’a donné vos coordonnées, elle a effectué une séance de dédicace avec vous… ». Le réseau est très utile, les autres auteurs peuvent te pistonner. Il faut s’entraider ! Je ne cache pas qu’une séance de dédicace, c’est quelque chose qui peut être difficile pour une personnalité introvertie. Dans ce cas, pourquoi ne pas faire des séances à deux ? Deux auteurs complémentaires sur le même stand, c’est vraiment super ! Ça attire d’autant plus, ça permet de se motiver l’un l’autre.

 

Jupiter Phaeton : Est-ce qu’il y a quelque chose que tu voudrais ajouter ?

Olivia Sunway :   Il y a eu un moment où je voulais retrouver du travail et j’ai fait plusieurs entretiens. Les recruteurs regardaient mon CV. Il y avait une ligne qui indiquait que j’avais publié un roman en auto-édition. Ils me disaient tous « Oh mais vous avez écrit un livre ? » et c’était finalement la ligne de mon CV qui les intéressait le plus. Ce n’était même pas moi qui abordais le sujet ! Le fait que j’ai fait tout ça moi-même, ça montrait mon sérieux, ma capacité à m’organiser. (Note : elle n’a finalement pas repris un emploi pour pouvoir se consacrer 100% à l’écriture). Dans l’auto-édition, on ne fait pas qu’écrire, on obtient aussi beaucoup de compétences liées à la publication d’un roman.

Quoiqu’il arrive, si vous avez envie d’écrire, faites-le, ne vous laissez pas arrêter par les on-dits, par ceux qui disent que ce n’est pas un métier, par ceux qui disent que ça ne sert à rien. Si ça fait partie de vous, il faut que ça sorte. Il ne faut pas se décourager. Il faut croire en soi.

 

Maintenant que vous en savez plus sur les séances de dédicace, allez-vous vous lancer ? Oui ? Non ? Avez-vous d’autres questions sur le sujet ? N’hésitez pas à les poser dans la section commentaires !