Expatriée et écrivain : rencontre avec Fanny Bernard

Aujourd’hui, pour notre rendez-vous interview et partage d’expérience, nous retrouvons Fanny Bernard.

Fanny n’est pas une auteur francophone commune : elle écrit depuis des pays exotiques et principalement depuis le continent africain. Fanny est ancrée dans la multiculture et en a fait sa force. Comment s’imprègne-t-elle de ses voyages et de sa vie à l’étranger pour écrire ? Peut-on vivre expatriée et tout de même vendre à la communauté française ? Réponses ci-dessous.

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J’ai le plaisir de vous présenter Fanny Bernard

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ?

Fanny : Je n’écris pas à temps plein même si j’aimerai y venir.  Pour le moment, j’enseigne le théâtre et le français dans les Lycées Français de l’étranger. Là je vis au Burkina Faso avec mon mari et mon fils.

Jupiter : Peux-tu me décrire ton parcours d’études puis ton parcours professionnel ?

Fanny : J’ai moi-même été élevée dans ce monde des français hors du territoire. Au Burundi, au Mali, au Sénégal.  Après des études de lettres modernes et art du spectacle à Toulouse, j’ai enseigné deux ans en France puis 3 sur l’île de la Réunion. Je suis revenue au Sénégal adulte. C’est le pays où je suis devenue auteure.  Ensuite j’ai vécu 4 ans en Haïti où je me suis mariée avec un auteur comédien lui aussi et où nous avons eu un petit garçon. À présent nous revoilà en Afrique !

Jupiter : Qu’est-ce qui fait que tu as changé aussi souvent de pays ? Tes parents étaient expatriés ?

Fanny : J’ai voyagé enfant car mes parents étaient expats en effet.  Mon père travaillait dans le génie civil et ma mère était enseignante.

Jupiter : Et à l’âge adulte, tu avais pris goût à l’étranger tu as voulu repartir ?

Fanny : À 18 ans, je suis arrivée en France dans la région toulousaine pour mes études supérieures car elles n’étaient pas reconnues à l’étranger à l’époque. La France m’a plu mais je souhaitais retrouver le rythme dans lequel j’avais grandi. Je me reconnaissais dans ce milieu métissé : je suis française mais de l’étranger.  C’est cette vie-là que je connais et qui est a priori naturelle pour moi.

Jupiter : Qu’est-ce que tu penses que tes voyages apportent à tes écrits ? On dit souvent que l’imagination se nourrit du réel. Est-ce que tu penses que voyager est aussi un moyen de faire d’alimenter ta plume ? Je suppose que tu vois tellement de choses différentes dans chaque pays que tu ne peux qu’avoir des idées qui fourmillent ?

Fanny : Je m’inspire de ce parcours dans mes écrits. J’ai parfois l’ambition d’être une voix qui représente la communauté à laquelle j’appartiens. Les us et coutumes de chaque pays m’influencent. Et ma langue est emprunte de toutes les formes de français qu’on rencontre dans les pays francophones.

Jupiter : Est-ce que tu te sens chez toi dès que tu arrives ? D’ailleurs est-ce que tu te sens « chez toi » quelque part ? Je sais que certaines personnes qui voyagent beaucoup n’ont plus vraiment de chez eux, ils s’adaptent partout où ils vont mais sans jamais vraiment sentir la stabilité nécessaire pour dire « ici c’est chez moi ». Mais ça n’a peut-être pas d’importance ?

Fanny : C’est en effet difficile de me sentir vraiment chez moi qq part. Étonnement je me sens assez rapidement à l’aise dans un pays. Surtout depuis que je déménage mes meubles préférés, mes livres et mes vêtements favoris. Ça permet de ne pas recommencer à zéro à chaque déménagement comme je le faisais à une époque. Il suffit parfois d’un rien : des bougainvilliers, le chant du mueslin et j’ai la sensation d’être à la maison. Mais au fond c’est bcp plus complexe. Je suis en perpétuelle quête de racines.  Disons que maintenant que nous avons fondé une famille avec mon mari, je suis chez moi lorsque nous sommes tous les 3.

Jupiter : Quel est le pays où tu as préféré vivre ?

Fanny : Il n’y a aucun pays que je préfère mais celui que je connais le mieux est le Sénégal car j’y ai vécu 10 ans : 6 en tant qu’enfant et 4 en tant qu’adulte. J’y ai aussi rencontré mon mari et y suis devenue auteure.

J’ai aimé tous les pays où j’ai vécu. Ils correspondent à des âges, des moments de vie tous différents.  J’aime le lac Tanganika au Burundi et mes souvenirs avec Louise, ma nounou.  Au Mali, j’ai aimé le fleuve Niger, la terre rouge, la musique mandingue de mon enfance. L’adolescence au Sénégal était paradisiaque. J’ai été autonome et libre très vite. L’île de la Réunion m’a marquée par son métissage et mélange de cultures. Je suis revenue au Sénégal adulte et j’ai beaucoup progressé professionnellement. Notamment dans la pratique du théâtre. Haïti a été une expérience incroyable contrastée et je suis tombée amoureuse de leur littérature, leur histoire. Me voilà au Burkina Faso seulement depuis quelques mois. J’ai hâte de voir ce que je vais y vivre en tant que mère, enseignante, auteure.

Jupiter : Qu’est-ce qui te plaît dans ce mode de vie ? La découverte ? S’imprégner des différentes cultures ? Rencontrer de nouvelles personnes ?

Fanny : Ce qui me plait dans ce mode de vie c’est la découverte de nouvelles mœurs en effet. C’est comprendre comment un pays fonctionne. Ça fait aussi appel aux 5 sens : quel goût a ce pays ? Quelles odeurs ? Quels bruits caractérisent le quotidien là-bas ? Comment sonnent les langues locales ? Comment le français se métisse-t-il avec les dialectes en place ? Que portent les gens ? Les couleurs des paysages. Les diverses façons de faire la fête ou de faire le deuil. C’est une richesse inépuisable.

Jupiter : Est-ce que tu utilises tous ces aspects dans tes romans ? Est-ce que tu mets en scène des personnages aux multiples facettes culturelles ?

Fanny : Oui j’essaie de retranscrire la question du mélange de cultures dans chacun de mes textes.  La belle histoire abordait bcp cet aspect. Les richesses et les dangers de cette vie nomade.  Histoire de Bizangos aussi et surtout ma Plume Noire. Même si pour ces deux derniers, je me suis mise dans la peau d’autres acteurs de la communauté française à l’étranger : un élève sénégalais qui part faire ses études en France et un proviseur français qui débarque en Haïti pour sa dernière mission.

Jupiter : Est-ce que tu penses que voyager est une richesse ? Est-ce que tu penses qu’on y acquiert quelque chose qu’il n’est pas possible d’acquérir en restant dans le même pays toute une vie ?

Fanny : Sans nul doute, voyager est une richesse. Mais je suis également envieuse et admirative de ceux qui sont plus sédentaires. Ils ont des bases, un socle, des attaches et un confort dont je me sens parfois privée.

Jupiter : Est-ce que tu te fais facilement à chaque nouveau pays quand tu déménages ? Est-ce qu’il y a un temps d’adaptation ?

Fanny : Il y a toujours une période d’adaptation en effet au début de chaque installation. Par exemple, là, je suis à Ouagadougou depuis 2 mois et je suis encore très attachée à Port au prince. Raison pour laquelle, entre autres, j’y ai ancré ma dernière nouvelle. Pour dire aurevoir en douceur.

 

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu éditée par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Fanny : Je suis une romancière hybride.  J’ai essayé beaucoup de modes d’édition.  Mon premier roman était dans une m.e participative (mi compte d’auteur mi compte d’éditeur), je suis passée ensuite par une M.E  à compte d’éditeur géniale ( de vrais amoureux du livre) pour mon deuxième roman. Entre temps, je me suis essayée à l’auto-édition dans des formats courts car j’apprécie ce système. Direct et enrichissant.  Je fais d’ailleurs partie des plumes indépendantes.  C’est une association portée par Erika Boyer et Loli Artesia qui soutient l’autoédition et je suis fan de nos projets !

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Communication de l’association Les Plumes Indépendantes dont fait partie Fanny Bernard

Jupiter : Peux-tu me parler de tes romans ? Combien y en a-t-il ? Ecris-tu toujours le même genre ou y a-t-il des genres différents ? Comment t’es venue l’idée de ton premier roman ?

Fanny : En tout j’ai publié deux romans et des nouvelles dans des recueils ou toutes seules. Ce sont souvent des curiosités littéraires entre littérature générale et contes.  Elles sont inspirées des gens que je rencontre sur ma route. Des aventures qui me touchent.  On dit souvent que mes écrits sont torturés et psychologiques.

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Fanny : Je veux transmettre des messages universels à travers des histoires singulières.  Je souhaite faire voyager les lecteurs dans le monde et au fond d’eux-mêmes.  Je suis persuadée que la lecture et l’écriture nous en apprennent beaucoup sur nous-mêmes.  Je suis fascinée par les secrets et les traumatismes.  Je m’en nourris pour les retranscrire.

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes romans ? Es-tu satisfaite sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Fanny : Concernant mes ventes car je n’en ai pas parlé. Je suis vraiment fière car j’ai des contacts partout dans le monde surtout France Afrique et Caraïbes qui soutiennent mes écrits et se débrouillent pour les faire venir aux 4 coins du monde. Mais j’ai du mal à sortir de cette zone d’amis d’amis ou de connaissances. Heureusement l’asso des plumes indépendantes m’a permis d’élargir mon public et de rencontrer des auteurs auto édités. Ce monde est passionnant et riche. Je suis loin de vivre de mon écriture mais je trouve tout de même que je progresse dans l’élargissement du cercle de mes lecteurs.

Jupiter : Est-ce que tu te sens éloignée de la communauté des auteurs / lecteurs francophones de part la distance ?

Fanny : Oui je me sens éloignée de la communauté des auteurs en France. L’association des Plumes Indépendantes m’aide à faire le lien. Mais c’est toujours plus complexe de me découvrir et de se procurer mes romans. Je ne désespère pas de trouver une entrée pour faciliter tout cela dans l’avenir

Jupiter : De quoi es-tu la plus fière concernant ton parcours d’écrivain ?

Fanny : Je suis vraiment fière d’être romancière et de défendre des textes souvent jugés curieux, bizarres, étranges, inclassables. Ce n’est pas facile en tant que prof de lettre. On s’attend souvent à de la littérature plus académique.  Et il y a aussi ce tabou dans mon métier : tout a déjà été écrit et mieux que ce qu’un auteur contemporain ne pourra jamais faire. Beaucoup de snobisme auquel je m’associais avant. Aussi je suis fière de porter la voix des français hors de France. Même si chacun a un parcours unique. Nous partageons des chances, des questionnements souvent méconnus.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Fanny : Mon unique conseil : écrire. Travailler. Être fier de son statut. Y croire.

 

Un immense merci à Fanny pour avoir accepté de nous partager son expérience d’écrivain francophone expatrié. J’espère que ses voyages et sa culture mondiale vous auront inspiré !

Vous pouvez retrouver les romans de Fanny ici : http://plumesindependantes.fr/nos-auteurs/b-simone-lou-bernard-fanny/