Le syndrome de l’imposteur, comment lutter contre ?

Le syndrome de l’imposteur… le syndrome maudit, qui poursuit beaucoup les écrivains. Tout autant sûrement que les chanteurs, les peintres, toutes catégories d’artistes dont le travail ne peut pas vraiment être mesuré par des chiffres, et encore, même avec des données chiffrées qui prouvent le succès, le syndrome de l’imposteur demeure. Des salariés promus qui pensent qu’ils ne méritent pas leur place, que leur chef s’est trompé en leur donnant ce nouveau poste, des cavaliers émérites qui ont remporté une compétition mais qui pensent que c’est la chance qui leur est tombé dessus…

Est-ce que vous avez déjà ressenti cette impression que vous ne méritiez pas du tout les compliments qu’on vous a faits sur votre livre ? Que vous n’étiez pas légitime dans votre démarche ? Qui n’est d’ailleurs pas forcément celle d’écrire un livre, qui peut être celle de donner des conseils à quelqu’un, de créer un projet,… 

Non ? Alléluia ! Vous pouvez toujours lire la suite pour aider ceux qui en souffrent. 

Oui ? Arrrrghhhhh ! Voyons comment lutter contre ça ! 

 

Qu’est-ce que le syndrome de l’imposteur ? 

On l’appelle également syndrome de l’autodidacte. C’est un terme inventé en 1978 par deux psychologues cliniques : Pauline Rose Clance et Suzanne A. Il était surtout très ressenti chez les personnes à haut potentiel (autrement appelés les surdoués) qui éprouvaient une telle facilité à réaliser des choses qu’ils avaient l’impression de ne pas être légitime, d’être des usurpateurs. Parce que si c’était si facile pour eux c’est que ça ne méritait pas d’attention, de succès ou de récompense. Parce que la récompense devrait être obtenue par quelqu’un qui a travaillé dur, pas par quelqu’un qui a réalisé quelque chose qui lui semble simple et évident.

Bien sûr, les hauts potentiels ne sont pas les seuls à ressentir ce syndrome. Selon une étude, 60% à 70% des personnes ressentiraient à un moment ou un autre, des doutes quant à la légitimité de leur succès. Dans une conversation, cela donne à peu près ça :

Personne A : « Waou c’est vraiment génial ce que tu as réalisé ! »

Personne B : « ah… euh… oui… merci mais vraiment c’est juste de la chance. »

Personne A : « Bravo vraiment ! »

Personne B : « Non mais c’est grâce à la conjecture des événements et grâce à untel. »

Personne A : « T’es sûr ? Je crois juste que tu as du talent. »

Personne B : « Ah non il y a des gens beaucoup plus talentueux que moi et je pense juste que les gens doivent être aveuglés par la couverture du livre qui est très bien réussie et du coup ça doit les embarquer dans l’histoire. »

Le but est de repousser ce succès sur des facteurs extérieurs. De dire que c’est grâce à quelqu’un d’autre, que c’est de la chance, que c’est le temps qui ce jour-là était au beau fixe, que c’est une personne qui a participé à 0,002% du projet mais que vous allez mettre en avant comme si tout était grâce à elle.

Et après tout, en France, ça passe généralement pour de la modestie (parce que c’est très mal vu en France de se réjouir de son succès). Et il n’y a pas de mal finalement à ressentir le syndrome de l’imposteur, si ce n’est que généralement ça sape le moral. Pourquoi ? Parce qu’on a l’impression qu’on est en train de duper tout le monde autour de soi, qu’on abuse de la confiance des autres, qu’on n’est pas légitime dans son entreprise. Et on a peur, terriblement peur, d’être démasqué, qu’un jour tout le monde se rende compte que non, on ne mérite pas le succès obtenu.

Alors à nouveau, si ça arrive une fois de temps en temps de ressentir ce genre de choses, c’est tout à fait normal. Mais là où l’on parle vraiment de syndrome de l’imposteur, c’est quand cette peur viscérale, ce syndrome, empêche l’individu de réaliser pleinement son potentiel. La personne se freine dans ses projets et ses ambitions, persuadée d’être un usurpateur qui sera démasqué tôt ou tard, et elle fait en sorte de ne pas aller plus loin, de ne pas franchir le pas. Pour certains écrivains, cela signifie parfois ne pas se publier ou ne pas envoyer son manuscrit à une maison d’édition. On refuse également les compliments, les points positifs, on s’attache uniquement au négatif, notre estime de soi est en chute totale, on craint le regard des autres (car oui que se passera-t-il lorsque nous serons démasqués ?) et on se dévalorise autant que possible.

Du coup, par exemple, lors d’un projet, si le résultat du projet est positif : on attribuera ce succès aux facteurs extérieurs et si le résultat est négatif, on s’empressera de partir dans l’auto-flagellation.

Alors, pour les petites crises comme pour ceux qui sont littéralement paralysés par ce syndrome, que faire pour lutter contre ce sentiment ? J’ai quelques pistes pour vous, n’hésitez pas à en rajouter en commentaires !

 

1 – Accepter que tout ne soit parfait 

Pour ça, je vais vous renvoie à l’article suivant : Être écrivain : accepter que tout ne soit pas parfait.

Evidemment, si vous voulez que tout soit parfait, vous n’arriverez jamais à être satisfait de votre travail, vous serez toujours dans l’auto-flagellation pour un point ou un autre et vous vous sentiez toujours illégitimes dans votre démarche car vous n’aurez pas atteint l’objectif que vous vous êtes fixés (que tout soit parfait donc). Les personnes qui recherchent la perfection sont souvent adeptes du syndrome de l’imposteur (cela ne veut pas dire qu’elles le sont toutes).

 

2 – Arrêter de se concentrer sur le négatif et de se dévaloriser

Vous êtes incapables d’accepter les compliments d’une autre personne mais vous allez prendre tous les points négatifs qu’elle remontera ? Eh bien je ne vous félicite pas. Si vous voulez écouter ce que les autres vous disent, il faut savoir accepter TOUT ce qu’il vous remonte. Le bon comme le mauvais. Je ne dis pas qu’ils sont toujours légitimes dans leur démarche. La critique n’est pas toujours justifiée (je vous renvoie d’ailleurs à cet article : Comment faire face à la critique ? Quand on est écrivain, entrepreneur, musicien, adolescent, adulte, parent…) mais si vous êtes capables d’accepter les critiques négatives injustifiées, pourquoi est-ce que vous ne faites pas pareil avec le positif ? Pourquoi est-ce que vous allez prendre le temps de retenir, de noter et d’extrapoler tout ce qu’il y a comme points noirs alors qu’en revanche vous allez complètement occulter les points positifs qui vous seront cités ?

Parce que vous vivez le syndrome de l’imposteur (ou la maladie du perfectionnisme). Parce que vous n’êtes pas capables de vous dire « oui c’est pas si mal ce que j’ai fait ». Si vous ne pouvez pas le dire à voix haute parce que vous avez peur du jugement des autres, laissez votre voix intérieure s’exprimer. Si un commentaire négatif sur votre livre vous met à mal pendant plusieurs heures, acceptez qu’un commentaire positif vous transcende ! Les gens ne disent pas du bien juste pour le plaisir, ils le disent aussi parce qu’ils le pensent. Et puis vous êtes suffisamment adulte pour savoir différencier les vrais compliments des faux compliments, non ? Vous allez me faire croire que sur TOUS les compliments que vous avez déjà reçus dans votre vie, aucun n’était un VRAI compliment ? Tout le monde s’amuse à vous mentir pour vous faire plaisir ?

STOP.

Si on vous complimente, si on vous félicite, dites merci. Songez à la personne qui vous fait le compliment si vous n’êtes pas encore capable de dire merci. Est-ce que vous avez envie, lorsqu’on vous faites un compliment, que la personne à qui vous le faites vous oppose les 60 raisons pour lesquelles ce compliment n’est pas justifié ?

Non.

Prenez sur vous. Dites merci. Absorbez le compliment comme vous auriez absorbé un point négatif. Si la personne vous complimente, c’est que vous le méritez. Cessez de vous dévaloriser. On vous fait un compliment sur votre coiffure ? Or, il se trouve que vous ne vous êtes pas coiffés ce matin ? On s’en fiche. Souriez, dites merci. Prenez ce sentiment positif, aspirez d’ailleurs tous les petits sentiments positifs de votre journée : la personne qui vous a tenu la porte ce matin, celui qui vous a souri dans les transports, le barista qui vous a fait une remise sur votre café, votre chef qui vous a dit que vous aviez bonne mine, le bêta-lecteur qui vous a félicité sur votre manuscrit. La valorisation de soi se trouve dans les petites choses du quotidien, pas dans les grandes réussites. Elle se trouve dans le sourire que vous donnez chaque jour à vos proches, pas dans le fait qu’un jour vous aurez vendu 100 00 exemplaires d’un roman. On se construit chaque jour, chaque heure. Alors n’attendez pas LE gros événement de votre vie pour commencer à construire votre estime de vous.

Moi, je crois en vous 🙂 Et plutôt que de commencer à réfléchir aux 100 arguments qui vont me donner tort, souriez :).

 

3 – Stop aux comparaisons 

Vous pensez que vous valez moins bien qu’un autre auteur ? Pourquoi ? Pourquoi vous comparez-vous aux autres ? Déjà, quand on parle d’écriture, tous les goûts sont dans la nature, chaque livre est différent d’un autre. Comment pourriez-vous comparer votre livre avec un autre ? Et quel est l’intérêt ? Deux livres qui sont destinés au même public et qui traitent des mêmes sujets peuvent très bien être accueillis différemment par un même lecteur. Et ce n’est pas grave, les lecteurs ont eux aussi un avis subjectif.

Et pourquoi vous comparez-vous immédiatement à ceux que vous considérez comme les meilleurs ? (si si je suis certaine que vous l’avez déjà fait) Vous n’avez pas besoin de vivre dans la comparaison. Vous pouvez vous fixer vos propres objectifs et faire de votre mieux pour les atteindre. Mais vous n’avez pas besoin d’aller chercher à égaler une autre personne car vous êtes probablement en train de comparer des choses qui ne le sont pas. Vous êtes unique, ne l’oubliez pas. Alors fixez-vous vos objectifs uniques à vous et rien qu’à vous.

 

4 – Soyez bienveillant avec vous-mêmes

Nous en parlions plus haut, on a tendance à être dur avec soi-même, à ne retenir que le négatif, à chercher les imperfections et à laisser de côté les points positifs.

Soyez tendres avec vous-mêmes. Si vous faites déjà le maximum, vous ne pouvez pas en demander plus. Si vous êtes capables de vous auto-flageller, sachez aussi vous récompenser. Célébrez les petites et les grandes victoires. Prenez le temps de vous féliciter. Faites une pause, arrêtez-vous et dites-vous « oui, je suis arrivé jusque-là » ou encore « oui, j’ai fait ça ». Et repoussez ce sentiment d’illégitimité qui monte en vous. Non, c’est bien vous qui l’avez fait. Alors, bravo.

 

5 – Apprenez à vous connaître 

Il est vrai que nous ne pouvons pas être doués partout. Nous sommes tous faits de qualités et de défauts, de compétences et de lacunes. Et il est très facile de voir ses défauts et ses lacunes et bien plus difficile de reconnaître ses qualités et ses compétences. C’est pourquoi l’exercice de rédiger son CV ou de se préparer à un entretien d’embauche est si difficile. On a peur du jugement de l’autre, on a peur qu’il appuie sur les points négatifs et qu’il trouve la faille. Qu’il démasque l’imposteur en nous.

Mais il n’y a pas d’imposture en vous. Il y a une balance équilibrée. Il y a des domaines où vous êtes certainement extrêmement compétents et il y en a d’autres où vous ne savez rien faire. Il n’y a pas de mal à ça. Par exemple, je suis quelqu’un qui sait parfaitement monter des meubles IKEA (oui je sais, vous êtes tous super impressionnés par cette compétence absolument hors norme et utile uniquement en cas de déménagement). En revanche, je suis une quiche en dessin. Pire que pire, je ne sais même pas dessiner des bonhommes avec des bâtons. Je ne suis pas capable de les faire symétriques. Et parfois même, j’oublie de faire les bras.

Et vous savez quoi ? J’assume. Quand on me demande si je sais dessiner, je réponds ouvertement non, je peux même me moquer de moi-même et expliquer qu’un enfant de trois ans fait probablement des dessins plus agréables à regarder que les miens. Et je suis persuadée que vous savez faire ça aussi.

Mais j’assume également quand on me demande si je me débrouille en montage de meubles IKEA (oui je sais que vous ne vous remettez pas encore de cette compétence folle). Je dis que oui, que je pense que je suis efficace pour comprendre un plan et qu’accessoirement j’ai déjà monté quelque chose comme une quarantaine de meubles IKEA (j’ai beaucoup déménagé) et que je pense que pour les meubles basiques (bibliothèques, armoires, tables, chaises), je n’ai même pas besoin de regarder le mode d’emploi. Alors oui, ça peut paraître prétentieux. Mais c’est la vérité. Je n’ai pas de mal à dire là où je considère que je suis nulle mais je n’ai pas non plus de mal à dire là où je pense que j’ai des qualités. Vous n’êtes pas obligés d’en faire des tonnes comme je viens de le faire dans mon exemple (qui était volontairement caricatural hein, je ne mets pas en avant mes compétences de montage de meuble IKEA tous les quatre matins !) mais commencez déjà par en prendre conscience. Prenez conscience de ce que vous savez faire et de ce que vous ne savez pas faire.

 

Acceptez-vous, connaissez-vous, connaissez vos capacités, vos qualités et vos défauts. Il n’y a pas de mal à douter de soi et à se remettre en cause de temps en temps. L’auto-critique n’est pas un mauvais défaut quand on est capable de voir en soi le bon comme le mauvais. Alors quand il est question des autres (bien que mon meilleur conseil serait de vous libérer du regard des autres mais nous y viendrons dans un prochain article), faites pareil. Prenez le bon et le mauvais, faites le tri entre les critiques justifiées et injustifiées (les bonnes comme les mauvaises) et ne vous focalisez pas UNIQUEMENT sur le négatif. Célébrez les petites victoires, acceptez les compliments. 

Allez-y étape par étape. Aujourd’hui, si on vous fait un compliment, dites merci et repoussez votre voix intérieure qui cherche des excuses pour rendre ce compliment illégitime. C’est en s’acceptant tel que l’on est, dans son ensemble, que l’on développe au mieux son potentiel. 

Enfin, c’est ce que je crois ! Libre à vous de le croire ou non, je ne détiens pas la vérité universelle ! 🙂 

Et pensez à ceux en face de vous qui n’acceptent pas vos compliments quand vous leur en faites. Dites-leur que votre compliment est sincère et plutôt que de trouver des raisons pour le rendre illégitime, ils feraient mieux de vous dire merci. Il suffit d’un petit pas comme celui-ci pour aider l’autre à prendre confiance en lui. Dites-le avec un sourire et beaucoup de bienveillance :).