Maman et écrivain, c’est possible ? Interview d’Ena L.

Ena est maman de trois enfants et aussi… écrivain ! Non pas qu’être maman empêche de faire quoi que ce soit bien sûr (je vois les féministes accourir, vous avez raison !). Mais souvent, des mères de famille viennent m’écrire pour me demander : comment est-ce que je fais pour m’occuper de ma famille et continuer d’écrire ? Je ne suis pas maman, je n’ai donc aucune idée du temps qui est pris, de l’énergie que ce rôle absorbe… Je n’en sais rien ! En revanche, Ena, publiée en maison d’édition, partage son temps entre sa vie de famille et l’écriture. Et elle, elle a beaucoup plus de billes pour vous répondre ! Avec pas moins de cinquante personnages qui virevoltent dans sa tête depuis des années, elle a aussi une imagination débordante. Je ne doute pas que nous allons entendre parler d’elle pendant un très long moment !

Jupiter : Depuis quand écris-tu ? Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Ena : J’écris depuis l’adolescence, j’ai commencé vers 11 ou 12 ans. Ma cousine et moi habitions loin l’une de l’autre alors, pour ne pas être trop séparées, nous avons entrepris une correspondance faite d’histoires : chacune notre tour, nous poursuivions ce qu’avait écrit l’autre. Ces histoires existent toujours, plus de 20 ans plus tard ! Ce sont elles et l’univers que nous avions créé avec ma cousine qui m’ont donné envie d’écrire des romans par la suite.

Ecrire pour moi et pour ma cousine m’a suffi pendant des années, j’ai attendu d’avoir des enfants et une famille pour tenter l’aventure de l’édition.

Jupiter : L’anecdote est géniale ! Ta cousine écrit-elle toujours ?

Ena : Oui oui, on écrit toujours ensemble nos fameuses histoires rien que pour nous, et elle écrit de temps en temps un roman, qu’elle garde pour elle et moi, juste pour le plaisir.

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté comme métier ?

Ena : Je ne travaille pas mais je m’occupe de mes trois enfants qui ont de 7 à 2 ans. Je dois me contenter d’écrire pendant la sieste de mon dernier et le soir, quand je ne passe pas de temps avec mon mari.

Jupiter : S’occuper de trois enfants, c’est plus de travail qu’un CDI ! Quelles sont tes habitudes d’écriture du coup ? La sieste de ton dernier et le soir ? Tu dois être capable de te reconcentrer très vite je suppose ? 

Ena : Ha ha ha effectivement, même si certaines mauvaises langues pensent que s’occuper de ses enfants = ne rien faire de sa journée, c’est du sport et beaucoup de temps consacré à eux, parce que je ne conçois pas d’avoir fait des enfants pour les coller devant la télé ou des jeux vidéos. Donc, en effet, je m’adapte à eux, et j’ai la chance d’avoir un mari très présent qui les occupe parfois pour que j’aie le temps d’écrire ou de relire tel ou tel roman.

Tu soulèves là un point intéressant avec la reconcentration rapide ^^ Je crois que mon cerveau s’est habitué à écrire de midi à 14h30 tous les jours, je m’assieds devant mon ordinateur et ça vient tout seul. C’est peut-être un peu comme le sport finalement, on devient performant à force de le pratiquer ? lol

Jupiter : Est-ce que tu pourrais me décrire une journée typique par exemple ? Entre s’occuper des enfants, de ton chez toi et trouver le temps pour écrire… ?

Ena : Le matin, je me consacre à ma vie de « super Maman », je prépare mes trois enfants, les emmène à l’école, profite d’une petite balade à pieds avec mon petit dernier, puis je m’occupe de toutes les choses à faire dans la maison, je check les réseaux sociaux. Je prends le temps, je vis l’instant, c’est ce qui compte.  Dès que mon fils est à la sieste, j’écris. J’y passe environ trois heures (j’ai un enfant de rêve ! lol). Ensuite, je rebranche mon cerveau en mode Maman. Et le soir, quand je ne passe pas de temps avec mon mari, il m’arrive de corriger ou d’écrire, parfois jusque minuit mais jamais au-delà, je préserve toujours mon temps de sommeil, indispensable !

Jupiter : Je suppose que la priorité dans ta vie, c’est ta famille ? Puis vient l’écriture ? Est-ce que tu vois ça d’ailleurs comme un ordre de priorité ? Comment est-ce que tu visualises cet équilibre entre écrire et vie de famille ?

Ena : Tu as tout compris : la famille d’abord. Je ne pourrais pas me passer de l’écriture, mais en comparaison d’enfants, d’un mari, de parents, ça paraît dérisoire. Je pense avoir trouvé un équilibre logique entre les romans et la vie de famille, je fais ce que j’aime tout en m’occupant de ceux que j’aime, j’ai la plus merveilleuse vie du monde, non ?? lol

Jupiter : Est-ce que tu as mis du temps à trouver cet équilibre ? Est-ce que tu pensais que c’était possible ?

Ena : Ça s’est fait très naturellement. Si je devais me donner une qualité, ce serait l’organisation, je ne suis jamais en retard, je me donne des consignes et les suis à la lettre. Je n’ai jamais douté que ce soit possible en fait. Mais je suis comme ça, très optimiste de nature, un vrai Bisounours.

Jupiter : Quel est ton bisounours préféré ? *rires*

Ena : Toutcâlin, celui qui a un arc-en-ciel dessiné sur le ventre ! lol Il résout tous les problèmes avec son optimisme ! (c’est la première fois qu’on me pose cette question et je dois dire : j’adore !!! ha ha ha)

Jupiter : Quelles sont les valeurs de la vie qui sont les plus importantes pour toi ?

Ena :  J’essaie de transmettre à mes enfants ce que mes propres parents nous ont appris, à mes frères et à moi. Parce que j’ai la chance d’avoir grandi dans une famille où le bonheur régit tout. Je leur apprends à être poli, à aider les autres, des valeurs essentielles pour s’intégrer dans ce monde. Je leur apprends aussi à s’ouvrir au monde littéraire (et ça marche, ils sont fans de livres !), à se nourrir de l’imaginaire, à jouer, beaucoup jouer, et je les encourage vivement à avoir leur propre personnalité. J’espère qu’ils ne deviendront pas des moutons, qu’ils auront suffisamment de confiance en eux et de personnalité pour dire non, pour faire leurs propres choix dans la vie, avoir leurs propres opinions, savoir les défendre, et ne pas suivre bêtement la masse. Moi je suis fière quand mon fils de 7 ans joue encore comme un enfant de son âge, et quand il prend la défense de camarades plus faibles et esseulés.

Jupiter : Est-ce que tu as déjà reçu des critiques par rapport au fait que tu passais trois heures par jour à écrire plutôt que de t’occuper des enfants ? (je pense aux mamans « extrémistes » ou à celles qui ont l’impression qu’elles n’ont pas le droit d’écrire parce qu’elles doivent donner tout leur temps à leurs enfants)

Ena : Eh bien non, pas encore ! lol Je trouverais ça presque drôle ! On ne peut pas empêcher certaines personnes de penser et dire ce qu’elles croient être la bonne attitude, alors on fait avec. Moi personnellement, les critiques ont tendance à me passer au-dessus de la tête !

Jupiter : Est-ce qu’il y a des aspects de la vie d’écrivain qui entrent en conflit avec ton rôle de maman ?

Ena : La promotion de mes livres me fait passer beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. C’est une étape obligatoire quand on n’est pas connus, il faut en passer par là. Ce n’est pas désagréable en soi, la communauté de lecteurs et d’auteurs est vraiment géniale, mais tout ce temps passé derrière un écran, c’est du temps en moins pour mes enfants et mon mari (qui ne manque pas de me le rappeler ! lol) Du coup, je m’oblige à compartimenter aussi les moments que je passe sur les réseaux, je me donne un quart d’heure le matin, et plus de temps le soir, quand je me couche.

Jupiter : Quand est-ce que tu as repris l’écriture ? Quand tu avais déjà tes enfants ?

Ena : j’ai toujours écrit, mais pour ma cousine et moi. Je ne me suis jamais arrêtée je crois. Quand j’ai eu mon 2ème fils, il était plus simple pour moi de rester à la maison m’occuper d’eux alors j’ai eu l’idée d’essayer de retravailler ce vieux roman qui traînait depuis 15 ans (« Je ne serai plus jamais seul ») dont les premiers chapitres étaient coincés dans mon tout premier ordinateur en panne, et de trouver des maisons d’édition. C’était parti !

Jupiter : Est-ce que les « autres » (tes proches) savent que tu écris ? Si oui, comment est-ce qu’ils le voient ?

Ena : Bien sûr ! Ce sont mes plus grands supporters ! Tout le monde me soutient à100 %, j’ai beaucoup de chance, tous mes proches sont géniaux. Mon mari est un peu trop persuadé qu’on va faire fortune avec mes livres mais c’est mignon !

Jupiter : Est-ce qu’ils t’encouragent ?

Ena : Oui, tous ! Ils y croient limite plus que moi et ce sont eux qui me font de la pub à moi, la rêveuse de service qui oublie toujours de préciser que j’écris des livres !

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu édité par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Ena : J’ai choisi naturellement l’édition classique, par maisons d’édition. Je ne me voyais pas assurer ma promotion toute seule, ni m’embarquer là-dedans sans soutien de professionnels. Je ne regrette d’ailleurs pas mon choix, car je me trouve dans trois maisons d’édition différentes et toutes les trois répondent à mes attentes.

Jupiter : Pourquoi trois maisons d’édition différentes ?

Ena : Il se trouve que l’une de mes maisons d’édition est spécialisée dans le fantastique et la science-fiction, je ne pouvais donc pas lui proposer ma romance contemporaine. Pour la troisième, j’ai tenté ma chance un peu par hasard dans de plus grosses structures, au cas où, et j’ai été contactée par Harlequin. C’est le genre de propositions qu’on ne refuse pas évidemment, je me suis dit que cela donnerait un coup de boost à tous mes autres romans.

Jupiter : Peux-tu me parler de tes romans ? Combien y en a-t-il ? Ecris-tu toujours le même genre ou y a-t-il des genres différents ? Comment t’es venue l’idée de ton premier roman ?

Ena : J’ai publié trois romans cette année, mes trois premiers. Là où tu te perdras, édité chez Sharon Kena, est un romantic suspense assez sombre sur le milieu des US Marines, en trois tomes. Le dernier tome sortira en janvier prochain.

Je ne serai plus jamais seul, édité chez Sarah Arcane, est un dark fantastique sur une maison de retraite un peu spéciale. On peut aussi le classer dans thriller ou épouvante, j’aime bien varier les genres, comme tu l’auras compris.

Mon prochain roman n’a pas encore de date de sortie, c’est un thriller qui sera publié chez Harlequin.

J’en corrige un autre, une dystopie, en ce moment même, et me lance dans un nouveau dès que je le peux.

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Ena : Je cherche avant tout à raconter une bonne histoire et à faire rêver. J’aime distiller le suspense jusqu’au mot fin du roman pour que le lecteur soit toujours surpris, qu’il imagine les scènes comme s’il les avait devant lui.

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, lesquelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à tes habitudes, à ton caractère, à ton passé…

Ena : Ma plus grande particularité vient de ma façon d’écrire, il me semble. Je construis toutes mes histoires autour de personnages qui existent dans ma tête depuis plus de 20 ans (les mêmes qui ont été créés par ma cousine et moi). Comment expliquer sans passer pour une folle-dingue ? Je connais tellement bien ces personnages (il y en a une bonne cinquantaine, plus ou moins importants), qu’ils ont fini par avoir quasiment une existence propre dans mon imaginaire. Je les vois comme des acteurs que je place dans chacun de mes romans, je leur donne un rôle, je les confronte à des situations différentes, la base est là.

Bien entendu, comme pour des acteurs normaux, je change leur prénom parfois, je les modifie aussi un peu physiquement.

Jupiter : Une cinquantaine de personnages ? Est-ce que tu prends des notes ou vraiment tout est dans ta tête et tu les connais tellement bien que tu n’as pas besoin ?

Ena : Aucune note. Ils sont ancrés en moi. Je connais tout d’eux ! Ils ont été utilisés énormément dans les histoires qu’on s’écrit avec ma cousine, on a eu le temps de les apprivoiser avec le temps. Ils ont un vrai physique, un vrai charisme, il me suffit de les nommer pour savoir à quoi il ressemble et comment je dois les faire se comporter.

Une autre particularité, c’est que j’écris simplement. Je ne sais pas employer de grands mots comme certains auteurs (que j’admire par ailleurs), j’écris comme on parle, et je ne cherche pas à enrober tout ça de grandiloquence qui ne me ressemblerait pas de toute façon.

Dernière particularité : je ne suis pas quelqu’un de stressé et j’avoue que je ne m’en fais jamais pour rien. Je suis de ces gens qui vont passer leur permis ou un examen, les mains dans les poches, comme si c’était un jour normal ! Pour mes romans c’est pareil, je m’organise, je monte un plan détaillé sur un cahier, et c’est parti, les idées viennent toutes seules, je n’ai jamais eu l’angoisse de la page blanche. Mon « angoisse » à moi ce serait plutôt d’avoir trop d’idées et pas assez de temps pour écrire tous les romans que je voudrais.

Jupiter : De quoi es-tu la plus fière concernant ton parcours d’écrivain ?

Ena : Je suis très fière de n’avoir jamais fait de concessions concernant mes écrits. Je ne serai jamais nommée dans des grands prix littéraires avec mon style enfantin et mes personnages un peu rudes, mais ça n’a aucune importance parce que j’ai écrit les histoires que je voulais écrire, et ça me rend très heureuse.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Ena : Ce serait très prétentieux de ma part de donner des conseils en matière d’écriture, en revanche, il est très important, quand on se lance dans l’édition, de se blinder si on est un peu sensible. Je vois trop de jeunes auteurs se rendre malades pour quelques mauvais commentaires. Le mieux, c’est de se préparer, on ne peut pas plaire à tout le monde, et tant mieux d’ailleurs !

 

Merci infiniment à Ena pour son temps, son partage d’expérience et ses réponses toujours positives et amusantes !

Les romans d’Ena sont disponibles ici.

Pour suivre Ena :

Facebook : Ena LDeline

Twitter : EnaLDeline

Instagram : ena_l_deline

 

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