Se libérer du regard des autres (la peur du jugement)

En tant qu’écrivain et en tant que personne, il arrive fréquemment qu’on s’évalue en fonction de ce que les autres nous disent. Vous remarquerez qu’en plus, on retient plus facilement le négatif que le positif… ! Oh untel a dit que telle tenue ne m’allait pas, oh untel a dit mon idée n’était pas intéressante, oh untel a dit que… Et on se dresse une opinion de soi en fonction de ce que les autres pensent de nous. On se dit par exemple qu’on ne va pas publier son roman parce que : qu’en penseraient les autres ? Est-ce qu’ils ne diraient pas qu’on n’a pas de talent et que c’est un coup dans l’eau ? Et si on s’auto-publie mais qu’on n’en vend pas ? Que diront-ils ? Et puis ce serait leur avouer que notre rêve, c’est d’être écrivain à temps plein. Ils diront que ce n’est pas un métier. Qu’on ne gagne pas sa vie comme ça et…

Erreur.

Je dirais même plus, erreur fatale.

S’il y a bien une chose dont il faut se libérer dans la vie, pour pouvoir vivre pleinement, sans se sentir asphyxié, sans avoir cette peur du jugement de l’autre ancrée au fond de nous chaque jour, c’est le regard des autres.

Je ne détiens pas les clefs universelles qui permettent de s’en libérer. D’ailleurs, de temps à autre, j’y accorde encore trop d’importance. Néanmoins, je crois avoir réussi, petit à petit, à m’en détacher et ce dont je suis certaine, c’est que ce n’est plus un frein pour moi dans la vie.

Passage en revue des différentes idées qui peuvent vous aider sur le sujet.

 

Ai-je besoin de me libérer du regard des autres ?

Question légitime. Peut-être que vous êtes déjà suffisamment détaché du regard des autres. Est-ce que vous réfléchissez à ce que les autres vont penser avant d’agir ? Est-ce que vous vous faites une montagne des critiques que les autres vous adressent ? Est-ce que vous vous êtes déjà empêché d’agir ou de parler à cause de ce qu’un tiers aurait pu vous rétorquer ?

Il n’y a pas de mal à prendre en compte l’avis de l’autre. C’est un problème quand vous vous évaluez en fonction de ce que l’autre pense, quand vous agissez en fonction de ce que les autres attendent de vous et quand, dans l’histoire, vous vous oubliez. Si on passe son temps à se conformer à ce que les autres attendent et si on agit en fonction de ce que l’autre voudrait… Aïe aïe aïe. On ne sait plus qui l’on est. Est-ce qu’on est vraiment nous ? Ou est-ce qu’on est cette personne que le regard des autres a façonné ? Est-ce qu’on est en train de vivre ce qui nous fait envie ou est-ce qu’on s’est bridé tout au long de notre vie pour éviter le jugement des autres ?

 

Le jugement au travers du regard des autres

Au final, le regard que porte les autres sur vous, est généralement perçu comme un jugement. S’il est positif, on se sent rassuré, on prend un peu confiance. Je dis « un peu » parce que je vous sens venir avec vos gros sabots du syndrome de l’imposteur, vous qui n’acceptez pas les compliments et les balayez du revers de la main comme s’ils n’étaient pas légitimes.

S’il est négatif, c’est la catastrophe, on se retrouve anéanti. Pourquoi ? Parce que le jugement des autres génère des émotions négatives chez nous. On se sent ridicule, on a l’impression d’être nul, on se dit que l’autre a raison, mais qu’est-ce qu’on a fait ? On se remet en question immédiatement, on se dit qu’on n’arrivera jamais à rien, on a peur que cette critique cache plus, on a peur de ne pas être aimé. Parce que c’est un peu ça aussi, non ? On se dit que si on nous critique, si on nous fait une remarque négative, c’est un peu qu’on ne nous aime pas ?

 

Accepter les émotions négatives

D’abord, première étape : il faut accepter qu’effectivement, parfois, j’espère de moins en moins pour vous, le regard des autres va générer chez vous des émotions négatives. Ce n’est pas grave. L’être humain passe par toute la palette des émotions dans sa vie et ce qui est formidable avec les émotions, c’est qu’elles sont temporaires. Elles vont, elles viennent. On est tout à coup le plus heureux de la planète et la seconde d’après c’est l’anéantissement. C’est une émotion. Acceptez-la, acceptez qu’elle est passagère. Vous irez d’autant plus à passer à autre chose.

 

Que fait le regard des autres ? 

Pourquoi est-ce que vous vous mettez à mal ? Qu’a dit la personne ? Une critique sur vous, en tant qu’être humain ? Utilisez votre raison : la critique est-elle fondée, est-ce quelque chose que vous avez entendu à répétition, est-ce que vous vous êtes déjà remis en question à ce sujet, est-ce que c’est une critique vous fait mal parce qu’elle entre en conflit avec vos valeurs ? Oui ? Ok, acceptez-la. Si par exemple vous avez menti alors que la vérité fait partie de vos valeurs et que la personne vous critique sur ce point : dites la vérité. Vous n’êtes pas fiers de vous, vous vous en voulez et vous allez vous améliorer. Ce qui s’est passé est… déjà dans le passé. Vous ne pouvez pas le modifier. Vous ne pouvez que devenir une meilleure personne, c’est-à-dire plus fidèle à vos valeurs. En revanche, si on vous critique justement pour avoir dit la vérité (et que c’était par exemple une vérité blessante), ne vous sentez pas mal. Si la vérité fait partie de vos valeurs, vous avez agi en fonction de vos valeurs à vous. Et c’est ça l’important.

Nous agissons tous en fonction de nos valeurs. La personne en face de vous a peut-être dans ses valeurs l’idée de ne blesser personne. C’est une valeur qui est supérieure à la vérité pour elle. C’est pour ça que c’est plus important pour elle de ne blesser personne plutôt que de dire la vérité. Ok, soit. Acceptez-le. Ce n’est pas votre ordre des valeurs, voilà tout. Vous ne partagez pas la même échelle de valeurs. Est-ce que c’est dramatique ? Non. Est-ce que parfois ça générera des conflits et des jugements de la part des autres ? Tout le temps.

 

Vous ne pourrez pas empêcher les autres de vous juger…

… mais vous pouvez vous mettre à leur place. Pourquoi ont-ils émis un regard, un jugement ? N’oubliez pas que l’autre projette ses peurs sur vous. Si on vous dit qu’écrivain, ce n’est pas un métier, c’est parce que la personne en face de vous a une définition de « métier » différente de la vôtre. « On ne gagne pas sa vie en tant qu’écrivain. » Très bien, j’entends. Sur quoi s’appuie cette personne pour vous dire ça ? Qu’est-ce que ça veut dire « gagner sa vie » ? On parle de quelle somme ? Et est-ce que ça ne veut pas dire que tout simplement cette personne a peur d’être dans le besoin financier (comme nous tous) ?

Les autres aussi ont besoin de se rassurer sur eux-mêmes. Alors, parfois, inconsciemment, ils critiquent l’autre pour se donner l’impression qu’ils sont meilleurs. Ce n’est pas grave, laissez-les faire, une fois que vous avez compris ce que ça cache, vous vous sentirez libérés.

J’ai un exemple formidable à ce sujet. J’ai dans mon entourage des personnes qui ont une définition bien précise du travail : c’est forcément un job salarié, à temps plein. C’est forcément dans un bureau. On ne doit pas être passionné par son travail, ça doit plutôt être une corvée. C’est important de faire des gros horaires (même si c’est une corvée hein, logique…). Il faut rester dans la même entreprise toute sa vie. Il faut cotiser pour la retraite.

Voilà leur définition du travail. Alors forcément, quand j’arrive avec mes gros sabots, j’ai tout faux. J’ai exercé un tas de métiers différents, je suis restée maximum un an et demi dans la même entreprise, sauf quand j’ai créé ma boîte (imaginez leur réaction ! où est la sécurité de l’emploi ?) et alors quand je l’ai vendue pour redevenir salariée… aaaaah je retournais dans le droit chemin. Tout ça pour finalement tout quitter et devenir écrivain à temps plein. Tous les mois, ces personnes me demandent « quand est-ce que tu retournes travailler ? », elles sont allées jusqu’à me parler des offres d’emploi qui pourraient m’intéresser.

Vous sentez le jugement, non ? Pourtant, si vous avez lu d’autres articles de ce blog, vous savez que je gagne ma vie en tant qu’écrivain et que je n’ai pas « besoin » de retourner prendre un job de salarié.

Ces paroles des personnes de mon entourage, ne me blessent plus. Pourquoi ?

  • parce qu’elles sont le reflet de leur propre vie : elles ont été salariées dans deux entreprises différentes durant toute leur carrière, elles n’aimaient pas leur travail, c’était un travail de bureau, c’est donc « normal » qu’elles assimilent le terme travail à cette définition
  • parce que parmi leurs valeurs, la sécurité financière est la plus importante : ce sont des personnes qui ont économisé toute leur vie, qui ont fait attention à la moindre dépense et qui ont préféré conserver un emploi qui ne leur plaisait pas plutôt que de tenter leur chance ailleurs. Il est donc normal également que voir quelqu’un tenter sa chance en tant qu’écrivain leur fasse peur. Où est la sécurité de l’emploi ? Où est la sécurité financière ? Même si ça marche aujourd’hui, qu’est-ce qui dit que demain sera équivalent ?
  • parce que je sais ce que je veux, j’assume qui je suis et je ne souhaite pas me conformer à ce que les autres attendent de moi. Je n’ai pas besoin de l’approbation des personnes en face de moi pour être heureuse. Je suis heureuse et ce qu’ils pensent de mon mode de vie ne m’intéresse pas. Je ne vais pas changer ce mode de vie pour leur faire plaisir.

Ce ne sont pas des changements qui s’opèrent du jour au lendemain. Il m’a fallu trois ans pour en arriver là. Cela ne veut pas dire que ça va mettre trois ans pour vous, ça peut être plus, ça peut être moins. L’important c’est de prendre conscience du pouvoir du regard des autres sur vous, de vous poser des questions sur les fondements de ce qu’ils disent, de vérifier si c’est en accord avec vos valeurs (de définir vos valeurs au préalable d’ailleurs si vous ne l’avez pas déjà fait) et de voir si vous le prenez en compte ou non. Et non, la majorité n’a pas toujours raison. Ce n’est pas parce que 100 personnes vous disent une chose que vous devez le faire. Vous devez faire ce en quoi vous croyez. Souvent, quand j’hésite à faire quelque chose, je me pose la question suivante : « est-ce que sur mon lit de mort, j’y repenserai et j’aurai des regrets de ne pas avoir essayé ? ». Si oui, je le fais.

Bon, bien sûr, ne faites pas des choses qui portent atteintes à la liberté d’autrui, soyez respectueux les uns des autres… si la pensée qui vous traverse l’esprit c’est « j’aimerais bien sortir mon bazooka pour buter les gens qui font du bruit et m’empêchent de dormir ! » eh bien, s’il vous plaît, abstenez-vous… :). Je suis certaine qu’il y a d’autres solutions avant d’en arriver au bazooka.

 

Et si on arrêtait de juger les autres ? 

Parce que si ça vous fait du mal quand on vous juge, le mieux c’est de ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’on nous fasse, non ? J’essaye, au quotidien, de ne pas juger les autres. D’abord, parce qu’on ne connaît jamais toute l’histoire mais aussi parce que relativiser, faire l’effort d’imaginer que les choses ne sont pas comment on pense les voir, c’est un exercice formidable. D’ailleurs, vous pouvez faire l’inverse également : quand on vous juge, quand le regard des autres s’appuie un peu trop sur vous, vous pouvez aussi faire l’effort de relativiser et d’imaginer pourquoi ils vous disent ça. On en parlait plus haut : découvrez les peurs qui les poussent à vous dire. Est-ce qu’ils ont sincèrement peur pour vous ? Est-ce que c’est une de leurs propres peurs qu’ils projettent ? Est-ce qu’ils essayent de se rassurer eux-mêmes ? Vous verrez qu’ensuite, en comprenant mieux ces mécanismes, vous hausserez intérieurement les épaules sous le regard des autres, vous aurez un sourire en coin et vous direz « j’entends ton opinion ». Il n’y a pas besoin de plus pour couper court à quelqu’un qui vous juge.

Et si vous êtes paralysés à l’idée par exemple de publier votre manuscrit parce que vous avez peur du regard des autres… vous êtes dans la suggestion. Vous êtes en train de vous imaginer ce qu’ils vont dire alors qu’ils ne l’ont même pas encore dit. D’une certaine manière, vous êtes vous-mêmes en train de juger vos proches avant qu’ils ouvrent la bouche, avant que vous n’agissiez. C’est un petit peu dommage, non ? Au pire, ils disent exactement ce que vous pensiez qu’ils allaient dire et tant mieux : vous aurez eu le temps de vous y préparer. Au mieux, vous aurez une belle surprise. Dans les deux cas, vous ne devriez pas vous empêcher de faire ce que vous voulez sous prétexte qu’ils vont dire quelque chose.

N’oubliez pas aussi que le jugement, c’est dans la nature humaine. Les gens adorent donner leur avis et certains le font très bien ! On peut tout à fait donner son avis sans être dans le jugement, en énumérant les points positifs, les points négatifs et en faisant preuve de bienveillance, sans mettre la personne dans l’embarras. Ici, notez bien que je parle des jugements qui vous affaiblissent, qui vous paralysent, qui vous empêchent d’agir. Pas des avis bienveillants que vous pouvez rencontrer et qui vous aident à grandir. Si on a sollicité votre opinion sur un sujet, sentez-vous libre de la donner. Mais n’oubliez pas que vous avez une personne face à vous, pas un robot. Vous avez quelqu’un doué d’émotions. Alors traitez les points négatifs aussi bien que les points positifs. Il y a un mode de fonctionnement que j’aime beaucoup employer pour ça. Quand on me demande mon opinion, soit je mets une note, soit je n’en mets pas (en fonction de si la personne veut ou non) et ça donne par exemple, pour juger un texte :

« Je mettrais une note de 8 sur 10. J’ai beaucoup aimé le personnage principal, je trouve qu’il a du charisme, j’aime son humour et j’aime sa manière d’aborder les événements. Je partage également ses valeurs, ce qui me permet de me sentir plus proche de lui. Pour obtenir une note de 10 sur 10, j’aurais aimé que l’univers soit plus détaillé pour mieux comprendre où évolue le personnage principal. »

C’est une des méthodes qui existent, il y en a un paquet, n’hésitez pas à chercher sur internet.

 

Le jugement n’est pas une vérité universelle

La personne qui vous indique son opinion, même dans le cadre de la méthode décrite ci-dessus, ne détient pas la vérité universelle. Ce n’est pas parce que je dis que j’aurais aimé que l’univers soit plus détaillé qu’il faut que l’univers soit plus détaillé. Peut-être qu’une autre personne trouvera que non, peut-être qu’elle ne partagera pas les mêmes valeurs que le héros et qu’elle ne sera pas en accord avec lui comme je l’ai été. Alors dans ce cas, que valait mon jugement ? Rien. Il n’est rien d’autre que le reflet de mon opinion personnelle.

C’est aussi le cas quand quelqu’un vous critique. Il vous critique en fonction de ses propres valeurs, de ses propres croyances, de ses propres goûts. Ce ne sont pas les valeurs, les croyances et les goûts de tout le monde, ce ne sont peut-être pas les vôtres. Ça ne fait pas de vous quelqu’un de mauvais, de nul ou de mal-aimé. Ça fait de vous quelqu’un qui a des valeurs, des croyances et des goûts différents. Vous êtes différents de la personne en face de vous, tout simplement. Et c’est une bonne chose parce que si on était tous semblables, on s’ennuierait vraiment beaucoup.

 

Le mieux, pour ne plus se sentir jugé…

… c’est de savoir qui on est. C’est de trouver sa voie. C’est de sentir au fond de soi, qu’on est là où on devrait être, qu’on fait exactement ce qu’on a envie de faire. Il n’y a aucun mal à se sentir bien dans ce qu’on fait aujourd’hui et dans trois, six, neuf, douze mois, se dire que finalement ce n’est plus ça qu’on veut faire. Nos envies changent, elles évoluent. C’est ok. C’est normal. Ce qui vous rend heureux aujourd’hui ne vous rendra peut-être plus heureux dans un an, pour X raisons, parce que vous aurez fait le tour du sujet, parce que vous en aurez marre, parce que vous en aurez trop mangé. Vous trouverez autre chose. Tant que vous vivez en accord avec vos valeurs, tant que vous avez qui vous êtes au fond de vous, le regard des autres aura beaucoup de mal à vous ébranler. Ça arrivera, et ça aussi, c’est ok. L’émotion vous traversa, vous la laisserez passer, vous l’accepterez.

Soyez tolérants avec vous-mêmes. Personne n’est parfait. On peut trébucher. On peut même tomber, l’important c’est de se relever et de continuer d’avancer dans un chemin qui suit nos envies et nos valeurs.

 

Enfin, il y a un point très important dans l’acceptation de soi et par conséquent le lâcher-prise sur le regard des autres : on apparaît beaucoup plus épanoui. On est souvent plus calme aussi. Et quand on discute avec les autres, ça se sent. Quand ils portent un jugement, qu’on le prend bien et qu’on leur répond « j’entends ton opinion », avec un sourire calme et rassurant, ils se sentent eux aussi calmes et rassurés. Ils ont été écoutés, ils n’ont blessé personne. Et si on avait tort et qu’on le reconnaît, tout va bien aussi : l’autre se sent rassuré par nos imperfections, par le fait que nous ne sommes pas infaillibles. Honnêtement, une personne infaillible et à la limite de la perfection, c’est un peu flippant, non ? Ça met la pression, ça nous donne l’impression qu’on est bien loin de ce niveau !

Alors soyez humains, soyez vous-mêmes, acceptez-vous et vous verrez que les autres vous accepteront merveilleusement bien. Ils ne vous en aimeront pas moins, au contraire. Vous verrez que sans rien faire, juste par votre épanouissement, vous brillerez d’une force nouvelle.

Je vous embrasse tous et je vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année.