De la poésie au récit jeunesse : rencontre avec Sophie Garrec (Et oui, il y a encore des gens qui écrivent de la poésie et parviennent à être publiés !)

S’il est déjà difficile aujourd’hui de se faire reconnaître en tant qu’écrivain quand on écrit des romans, qu’en est-il de ceux qui publient de la poésie ?

Sophie Garrec a publié de la poésie pour adultes ainsi que pour enfants (illustrée) et également un récit de vie. Elle s’apprête à publier cette année trois histoires pour enfants, illustrées également. Sophie est également écrivain public ! Ah ? Ça ne vous dit rien ? Bon je vous rassure, moi non plus ! j’ai posé la question sur ce que c’était aussi et vous allez pouvoir découvrir ce métier plus bas.

Auteur hybride, à la fois publiée à compte d’éditeur et auto-éditée, Sophie met en avant la poésie, une catégorie mal-aimée de nos jours. Adepte du développement personnel, elle est une force tranquille. Positive et bienveillante, elle est à l’écoute des autres. Si vous la croisez sur un salon, n’hésitez pas à aller lui dire bonjour, sa bonne humeur vous boostera ! La rencontre avec Sophie Garrec, c’est tout de suite !

 

Jupiter : Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Sophie : Oh… vaste sujet. Pas d’envie d’écrire mais un ÉNORME besoin suite à une longue maladie avec laquelle j’ai dû apprendre à vivre. Je pense que ça a été le début de ma prise de médicament naturel 😉 Je n’osais pas m’y mettre mais, un jour, j’ai vu un appel à poèmes dans le mag de ma ville (78), pour un concours de poésie. J’ai écrit mon texte en 5 minutes chrono et hop ! je l’envoyais dans la foulée.

Jupiter : Et cet appel à poèmes, tu l’as gagné ? Cinq minutes, c’est impressionnant ! Tu écris toujours aussi vite ?

Sophie : Pour l’appel à poèmes, j’ai eu le 2ème prix. L’année d’après, j’avais le 1er 🙂 – Oui, j’écris très vite car c’est un don ; je ne cherche pas vraiment à le faire, ça vient réellement tout seul. C’est aussi pour cela que je ne décide pas de quand j’écris. Je peux écrire pendant plusieurs jours ou plusieurs heures de suite et plus rien pendant 3 mois ! En général, les premières phrases (les vers pour la poésie) me sont « données ». Je les « entends » mentalement sans avoir eu besoin de réfléchir. Ce qui est drôle, c’est que ça me vient souvent à des moments incongrus (sous la douche, la nuit…). C’est une réelle chance et j’en suis consciente. Merci la vie !

Je devrais peut-être plus inciter la vie à m’offrir de ces moments-là d’ailleurs car je les adore !

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté comme métier ?

Sophie : Je suis correctrice/chroniqueuse à temps partiel et à mon compte. J’écris quand l’inspiration descend toute seule, je ne me force jamais et je n’écris pas de manière régulière.

Jupiter : Peux-tu me décrire ton parcours d’études puis ton parcours professionnel ?

Sophie : Du côté des études, j’ai d’abord eu un Bac ES, un DEUG de sociologie, une licence et une maîtrise d’ethnologie (l’équivalent d’un MASTER 1) et enfin un DESS de psychosociologie clinique (MASTER 2). Plus tard (pendant mon congé mat’), j’ai obtenu un certificat d’écrivain public.

Du côté professionnel, j’ai d’abord été institutrice. Aujourd’hui, je suis écrivain public, correctrice, chroniqueuse littéraire en développement personnel et « auteure ».

Jupiter : WAOU

Attends je me remets de tout ça.

DOUBLE WAOU (= WAOU WAOU)

Sophie : Ah bon ? Bah écoute, je suis flattée de ta réaction 🙂 Moi j’ai l’impression de ne pas m’être trouvée ^:)

En fait, je réalise que j’ai écrit mon parcours sur mon blog : https://au-fil-des-mots-les-maux-passent.blog4ever.com/biographie

Tu y découvriras que mon boulot aurait dû être en rapport avec du bien-être – je pense donc être en train de revenir aux sources !

Jupiter : Il y a un certificat d’écrivain public ? Je ne connais pas du tout. Tu peux me dire ce que c’est ? Qu’est-ce que ça valide comme compétences ? 

Sophie : C’est un certificat professionnel. J’ai suivi ma formation à distance, pendant mon congé mat’. Je recevais mes cours et devais renvoyer mes devoirs. Il y avait divers items : écriture d’invention ; rédaction de courriers, synthèses, etc. ; vocabulaire juridique… Je ne sais plus trop quoi exactement mais le but était de valider le fait que j’écrive des phrases cohérentes et sans fautes.

Au niveau des compétences validées, je suis supposée savoir écrire TOUT ce qui est possible et imaginable ; écrire pour les autres en captant leurs besoins spécifiques et reprenant, de manière empathique mais objective, leur(s) problématique(s).

Jupiter : As-tu choisi l’autoédition ou es-tu éditée par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Sophie : Mes 2 premiers recueils de poésie sont à compte d’éditeur. Je ne gagne rien dessus et n’ai pas de liberté. Mes 4 livres suivants sont sortis en autoédition = plus de libertés !

Jupiter : Du coup, si je comprends bien, tes faveurs penchent plutôt pour l’autoédition ?

Sophie : Carrément !!! Mais je trouve sympa, niveau légitimité (qui prouve que tu sais vraiment écrire), qu’un « vrai » éditeur te publie. C’est une sorte de consécration lorsqu’un éditeur vient à toi ou accepte ton manuscrit. Et puis, niveau visibilité, c’est top. En résumé, avoir 1 ou 2 livres édités à compte d’éditeur est chouette pour l’estime de soi et l’impression que ta place est justifiée et reconnue dans le monde littéraire ; ensuite, vive la liberté de l’autoédition !!!

Jupiter : Peux-tu me parler de tes écrits ? Comment t’es venue l’idée de ton premier recueil ?

Sophie : Il y a 3 recueils de poésie pour adultes, 2 pour enfants et 1 récit de vie/témoignage sur ma maladie (spasmophilie).

Mais maintenant, finie la poésie, je change de genre et passe à du récit pour la jeunesse. J’ai 3 livres en cours d’édition/illustration.

Quant à l’idée de mon premier recueil, je n’ai pas choisi. C’est l’éditeur qui a visité mon blog (sur lequel je publiais mes textes) et qui m’a proposé un contrat. Je n’avais jamais eu l’idée d’être auteure avant cela.

Jupiter : Un éditeur a carrément visité ton blog et t’a proposé un contrat ? Tu devrais être super contente. C’est une manière très originale de « recruter » un écrivain. 

Sophie : C’était magique ce jour-là !!! Surtout que jamais je ne me serais considérée comme auteure sans cette intervention tombée du ciel 😉 Et je n’aurais jamais « fait » de livres, je pense…

Jupiter : Trois livres en même temps, c’est très impressionnant ! Est-ce que tu veux nous en dire plus dessus pour qu’on se prépare pour leurs sorties respectives ? 

Sophie : Merci ! Je t’avoue que les livres pour enfants sont courts à écrire. Ce n’est absolument pas comparable à l’écriture d’un roman de 300 pages. Cela dit, il y a un petit travail de recherche de vocabulaire à faire pour que ce soit adapté. Bref. Une histoire peut s’écrire en 2 heures comme en 3 mois, selon l’inspiration qui descend 🙂

Quant aux trois livres en cours, voici leurs petites caractéristiques :

Le premier est une histoire pour les 6/8 ans écrite il y a 5 ans ! C’est un lapin qui cherche la naissance de l’arc-en-ciel. Forcément, il ne la trouvera pas (le pauvre… hihi) mais il trouvera quelque chose de bien plus précieux au cours de ses péripéties. Cette histoire est une métaphore. C’est un peu philosophique ; en tout cas, elle a une morale.

Elle devait initialement sortir en albums de 2 tomes. Nous avions trouvé un « vrai » éditeur mais l’illustratrice fait la morte depuis. Un peintre a travaillé dessus ensuite mais la collaboration n’a finalement pas marché. Le livre aurait dû paraître ce mois-ci en format « premières lectures »… En ce moment, l’histoire est donc malheureusement mise de côté. J’ai eu tellement de mésaventures avec que je la laisse à l’abandon pour le moment.

Le deuxième est un livre « premières lectures » soufflé par un dessin de mon fils de 7 ans ! Il raconte le secret d’un château qui est vivant… Il sera écrit en gros caractères et fera 15 pages environ. Sortie prévue début 2019 si l’illustrateur se dépêche 🙂

Les illustrations sont en cours, réalisées par mon ami d’enfance, Laurent Donoyan (artiste peintre, sculpteur), qui a pour consigne de me faire une belle couverture. C’est Laurent qui a illustré mes 2 recueils de poésie pour les enfants. Il a un talent incroyable !

Le troisième est un livre de lecture pour les CP. Il y a 4 histoires courtes et très factuelles (la vie d’un CP, quoi !). Peu de texte par page, des lettres muettes grisées, des mots difficiles en italique et une version pour les dyslexiques. Après un an d’attente, l’illustratrice vient de renoncer car elle a trop de boulot à côté et n’avance pas. Je suis bien sûre déçue. J’ai relancé les appels pour trouver une personne souhaitant travailler ce projet mais j’ai du mal à trouver et, surtout, je pense que je vais avoir du mal à accorder ma confiance après autant de déconvenues… Le projet est donc ajourné ☹

Tu l’auras compris, ces trois livres sont déjà écrits. C’est frustrant de dépendre de quelqu’un… mais la vie est bien faite et ces livres sortiront au moment opportun. Peut-être que parmi tes lecteurs, il y a de gentils et talentueux illustrateurs/trices qui nous lisent d’ailleurs ^^

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Sophie De l’émotion, du positivisme, de la sagesse…

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes écrits ? Es-tu satisfaite sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Sophie : Mes ventes se font sur salons surtout. Très rarement par Internet.

Je ne suis pas satisfaite. J’aimerais vendre beaucoup plus ; ça me ferait plaisir, me donnerait un statut ou une légitimité, une confiance et un petit revenu. En gros, depuis que ma vie professionnelle tourne au ralenti (pour raison de santé), j’ai un grand besoin de reconnaissance.

De plus, vu tout le temps passé à créer des livres, j’aimerais un juste retour de mon « investissement » moral, physique, intellectuel et financier.

Pour promouvoir mes livres, j’utilise Facebook et je vais sur des salons. J’essaie de me faire voir un peu partout – LOL !

Jupiter : Es-tu satisfaite de Facebook comme moyen de faire connaître tes livres ? As-tu déjà fait des séances de dédicace en librairie ou en grande chaîne (Cultura, Leclerc, Auchan, …) ? 

Sophie : Facebook, c’est SUPER décevant ! Peu d’amis jouent le jeu du j’aime et du partage. Certains ne s’intéressent même pas du tout à tes actualités. C’est un monde parfois futile. Cela ne veut pourtant pas dire que l’info ne circule pas ou n’est pas visible…. mais quel dommage que si peu jouent le jeu. Moi, je like beaucoup (pour garder du lien, encourager…), j’aimerais que ce soit pareil avec moi.

Je suis très reconnaissante à quelques personnes de me suivre très régulièrement en revanche ; ce sont des amis fidèles au niveau des publications et ce sont pourtant des gens que je ne connais pas en vrai pour certains ou des personnes que je ne vois que très rarement (mais que j’apprécie beaucoup).

Pour les raisons de santé évoquées plus haut et de manque d’énergie, je ne démarche pas les grandes librairies. D’une manière générale, il est clair que je loupe pas mal d’opportunités avec mes contraintes (je reste dans mon périmètre notamment) et il faudrait vraiment que je m’investisse davantage pour promouvoir mes livres. Mais voilà, pour l’instant, je fais avec mes possibilités. Plus tard, ça évoluera dans le bon sens !

Et puis, même si j’aimerais vivre de mes livres, je pense que la vie m’a réservé autre chose que je suis sûrement en train de mettre en place doucement, sans m’en rendre compte… ou alors ce n’est pas encore mon moment…

Jupiter : À quels types de salons vas-tu ? Y a-t-il des salons spécialisés dans la poésie (je ne m’y connais pas du tout en poésie en toute transparence) ? Est-ce que tu penses qu’écrire pour la jeunesse va te permettre d’avoir plus de visibilité (moi je crois que oui :)) ? Combien de temps te faut-il pour créer un livre environ ? 

Sophie : Je vais à des salons organisés par des municipalités ou des médiathèques. Je suis invitée ou alors je fais des démarches pour me faire connaître. Il y a 2 ans, j’ai ainsi aidé ma commune à organiser un salon (avec l’aide de 2 amies auteures). Je ne participe qu’à des salons où l’auteur est invité et n’a pas de stand à payer.

Chaque année, il y a un événement, en France, qui s’appelle le « Printemps des Poètes ». C’est une des rares fois où les salons sont exclusivement réservés aux poètes. J’en fais en général un par an.

OUIIIIIII, écrire pour la jeunesse est un vrai plus ! Si ta couverture est bien colorée, tu attires davantage l’œil (même si le contenu est nul… malheureusement). Mes deux recueils pour les enfants ont été unanimement bien accueillis. Ils sont bien écrits et sans fautes mais leur couverture est blanche. Les illustrations sont pourtant vraiment magnifiques !!! Les prochains auront donc une couverture bien colorée 🙂

D’ailleurs, je ne te cache pas que mes meilleures ventes concernent mes livres pour les enfants. En revanche, la poésie, enfant ou adulte, c’est vraiment très dur à diffuser. J’ai décidé d’arrêter et de faire seulement des petites histoires « premières lectures »… enfin, si ma muse est d’accord car au final, tu l’auras compris, je ne commande pas grand-chose 😉

Jupiter : Être écrivain c’est déjà difficile en soi mais écrire de la poésie… WAOU à nouveau. Comment est-ce qu’on fait de nos jours pour promouvoir de la poésie ?

Sophie : On fait comme on peut ^^

Parfois, je ne fais même plus parce que je suis fatiguée des retours. Au début, j’étais fière et déterminée. Je voulais faire changer le regard. J’étais pleine d’optimisme et j’envoyais mes recueils à des magazines pour présentation, j’allais sur des salons avec des affiches ou des jeux poétiques… Aujourd’hui, je promeus le minimum syndical car je sais d’avance que c’est une perte d’énergie. Du coup, je compte sur les réseaux sociaux et les salons et je porte sur moi uniquement quelques livres (pas des tonnes) et mon plus beau sourire pour attirer les visiteurs !

Je t’avoue que depuis que j’écris des recueils pour les enfants, c’est bien plus facile ! Facile grâce aux préjugés. Beaucoup de gens sont remplis de préjugés sur la poésie. Mais dès que l’on touche au domaine enfantin, c’est moins stigmatisant car les lecteurs savent que le vocabulaire est adapté et que le contenu est forcément d’époque, moderne quoi !

Donc, pour répondre à ta question, pour promouvoir la poésie aujourd’hui, on essaie de la déringardiser en touchant un public jeune et branché 😉 : les enfants !

Jupiter : Est-ce que tu penses que la poésie est « mal-aimée » de nos jours ? Que faire pour remédier à ça ?

Sophie : AB-SO-LU-MENT ! C’est un art jugé complètement désuet, obsolète, ringard… Remarque, certains grands poètes classiques ont aussi galéré pour faire publier leurs œuvres (et les faire lire !) et certains l’ont fait en autoédition. La poésie a peut-être finalement toujours été « mal-aimée »… ?

Je comprends cela dit tout à fait ce point de vue. Moi-même, je lis peu de poésie car j’ai du mal à trouver des auteurs qui me portent vraiment avec des textes à la fois compréhensibles et émouvants. C’est un écrit pensé élitiste et certains poètes continuent à le croire aussi en utilisant des images guindées et un vocabulaire très recherché. Le lecteur d’aujourd’hui n’a pas envie de se prendre la tête. Il veut du plaisir, il a besoin de sentiments dans ce monde qui lui échappe un peu.

Pour remédier à ça, il faut d’abord que les poètes jouent le jeu en se modernisant. Rien ne dit qu’un poème d’aujourd’hui doit forcément ressembler à un poème d’hier dans sa forme et son sujet pour plaire ! Les poètes doivent actualiser leur vocabulaire et écrire plus avec leur cœur sans forcément compter les pieds dans leurs vers !

Il faut « désnobiser » la poésie ! Parler des sentiments d’aujourd’hui, des relations humaines, des aléas de ce monde, faire un peu de politique s’il le faut, et pourquoi pas créer un monde imaginaire avec des êtres farfelus…

N’oublions pas que les paroles des chansons sont avant tout des poèmes. Beaucoup de chanteurs français nous poussent la chansonnette sur des paroles très simples (bon, c’est vrai, ce n’est pas toujours hyper recherché) mais le public retient ces paroles parce qu’il les comprend. O.K., tu me diras que la musique joue aussi beaucoup dans le fait d’apprécier une chanson dans sa globalité. Personnellement, si une musique me plaît mais que les paroles sont cruches, je ne chanterai jamais dans ma douche ! Moi, je veux un truc qui résonne en moi et j’ose penser que c’est pareil pour les autres êtres du genre humain ^^

Jupiter : Quel est le regard des autres sur toi quand tu leur dis que tu écris ?

Sophie : Regard insignifiant, neutre, ou, tout l’inverse, admiratif. L’admiration est rare cependant ; dommage car c’est évidemment hyper plaisant ! Parfois, il y a de l’étonnement ou alors un regard un peu destructif qui dit « encore une ! Tout le monde écrit son livre maintenant ! ». En fait, il y a peu de gens qui rebondissent sur le sujet lorsque je dis ce que je fais dans la vie. Rares sont les personnes qui me demandent ce que j’écris, le genre, combien de livres j’ai publié, etc. Je pense que les gens sont méfiants par rapport à cette activité qu’ils jugent ne pas en être une, un truc que l’on fait en dilettante. En gros, certains pensent que je suis femme au foyer ! Ou ils pensent qu’écrire, c’est se mettre dans son canap’ en sirotant une boisson chaude. Je crois en fait que les gens sont vraiment mal informés sur cette activité. Du coup, elle n’est pas considérée comme en étant une. On passe pour une feignante, quoi ☹

Je rappelle que je suis aussi correctrice/écrivain public donc j’écris également pour les autres (particuliers, auteurs, magazines…). Et là, ça passe beaucoup mieux auprès de mes interlocuteurs et je suis soudain considérée comme une « vraie » travailleuse. Dingue, hein ?

Du coup, la plupart du temps, je ne dis pas forcément que j’écris des livres, ça évite ce regard que je n’aime pas percevoir de celui qui m’écoute !

Jupiter : Et quand, en plus, tu précises que tu écris de la poésie ?

Sophie : Alors là, je tombe par terre ^^

Sérieusement, je vais te distinguer 2 réactions. Celle du lecteur lambda ou de l’individu classique qui n’écrit pas et celle des auteurs.

* C’est important de te parler des auteurs parce que d’une certaine manière, ils sont aussi un peu responsables du dédain dont est victime la poésie, le roman étant considéré comme roi !

Nous sommes tous des « écrivains » (comprendre personnes qui écrivent). Pour moi, écrire 300 pages d’une histoire qui ne raconte rien et qui ne te transporte pas n’est pas un travail plus conséquent ou plus glorieux qu’écrire un poème de 25 vers qui lui va te faire transpirer d’émotion ! L’inverse est vrai aussi.

Pour les auteurs de longs récits (romans, essais, thrillers, etc.) ou jeunesse, pas tous mais pour beaucoup, sur les salons, j’ai l’impression de ne pas être considérée car je n’ai pas écrit le Saint Graal ROMAN pour lequel tu sembles avoir le droit de prétendre au titre d’écrivain. Et encore, j’ai l’impression que ce titre se mérite après avoir écrit plusieurs ouvrages. Sur les salons, je me déplace toujours pour voir ce que mes voisins ont publié. Hélas ! Je ne suis pas suivie par beaucoup dans cette initiative… Certains auteurs de romans (pas tous, pas tous, hein ! Il y en a des super méga sympas et bien câblés) me disent que la poésie leur paraît inaccessible parce qu’elle ne raconte pas d’histoire et n’a pas de personnages. Faux, dans mes poésies, la plupart du temps, je raconte une histoire (un fait) et il y a quasiment tout le temps des personnages. Bref. La poésie est souvent snobée par les auteurs des autres genres.

* Pour le commun des mortels, ce n’est pas sérieux. C’est en quelque sorte écrire n’importe quoi, des choses sans sens qui sortent de tes névroses. Un poète, c’est un névrosé. J’aurais tendance à dire l’inverse, c’est quelqu’un de profondément vivant qui regarde la vie, la raconte et n’a pas besoin de transformer la réalité pour être heureux. Un poète prend la vie comme elle est et met ses sentiments sur papier. Certaines personnes te diront : « la poésie, même les mioches en font » ! Fort heureusement, il y a aussi beaucoup de lecteurs qui ont très envie de découvrir de nouveaux poètes. Souvent, ce qui les bloque est la peur de ne pas comprendre ce qui est écrit car les préjugés sont encore très ancrés.

Bref. Tu l’auras compris, dire que j’écris de la poésie, c’est toute une aventure. À un moment, j’avais même honte de dire que j’en écrivais…

Jupiter : Qu’est-ce que tu fais face à ces regards ?

Sophie : Au début, je m’énervais. J’étais triste. Je me défendais. Je pensais que les gens me jugeaient moi. Erreur de débutante ! Ce n’est pas moi qu’ils jugent, c’est le genre littéraire. Maintenant, je gère tant bien que mal et j’essaie de rester philosophe. Mais ces regards sont malgré tout lourds à accepter car ils renvoient au sentiment d’utilité que l’on a besoin d’avoir dans la vie. Je ne me sens pas très utile ni valorisée dans cette sphère de ma vie… Et pourtant, je suis si fière d’avoir écrit d’aussi belles choses ! Désolée, quelle prétention…

Jupiter : Est-ce que tu penses qu’écrivain est un « vrai » métier ?

Sophie : Alors… Excellente question, Jupiter !

C’est un métier, oui. Regarde, je suis écrivain public et c’est même le plus vieux métier du monde (cf. les scribes de l’Égypte ancienne) ! Mais là est toute la différence. Le petit mot « public » te donne un statut social et un revenu déclaré. Tu enlèves ce mot et tu es juste écrivain, tu perds le statut reconnu par la société.

Mais écrivain, ce n‘est pas un « travail » au sens strict du terme, celui reconnu par la société française et qui t’amène à un résultat (d’ailleurs, l’écrivain passe parfois des heures stériles à tatillonner sans résultat). Lorsque l’on aura un numéro de sécurité sociale, une feuille de paie, une fiche d’impôt (et pas une déclaration dans les bénéfices non commerciaux), le droit aux Assedic, une cotisation à la retraite, etc., alors nous pourrons peut-être parler non plus de métier mais de « vrai » travail.

Quant à une réponse un peu plus ouverte, je te dirai que si tu génères des revenus qui te satisfont et que tu n’as pas besoin de travailler par ailleurs pour avoir un salaire convenable, tu peux considérer que c’est un métier.

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, lesquelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à tes habitudes, à ton caractère, à ton passé…

Sophie : 1/ J’écris avec le cœur. 2/ Je ne cherche pas à vendre pour vendre (même si tu as compris que j’aimerais vendre plus) ; j’aime la qualité ! 3/ Je suis en pleine construction/création de mon bonheur ; je suis donc en pleine évolution (croissance).

Jupiter :  De quoi es-tu la plus fière concernant ton parcours d’écrivain ?

Sophie : Euh… je suis tellement fière lorsque j’entends des compliments sur mes écrits ! C’est comme si on me disait que j’étais une jolie fleur en train de s’ouvrir ;)… moi qui n’ai jamais cherché à être publiée… c’est comme si, grâce à mes écrits, je prenais conscience de ma propre valeur d’individu !

Désolée, c’est hyper prétentieux… mais tant pis !

Jupiter : Hahaha je te rassure il n’y a rien de prétentieux là-dedans. On est tous en recherche de confiance en soi et c’est ce qu’écrire a l’air de t’apporter également, je trouve ça magnifique. 

Sophie : Hihi ! Merci 🙂

 

Merci infiniment à Sophie pour son temps, sa gentillesse et sa patience. C’est une personne que l’on gagne à connaître, comme un petit rayon de soleil et de sagesse qu’on aimerait emmener partout avec soi. Si vous avez des questions pour Sophie, n’hésitez pas à les poser dans les commentaires.

Vous pouvez retrouver Sophie sur Facebook : Sophie Garrec

2 réflexions sur “De la poésie au récit jeunesse : rencontre avec Sophie Garrec (Et oui, il y a encore des gens qui écrivent de la poésie et parviennent à être publiés !)

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