Et si on se démarquait ?

Se démarquer : plus facile à dire, moins facile à faire. Nous sommes tous différents mais marquer réellement cette différence est parfois un geste difficile. Personne n’a envie d’être seul dans son groupe, de se démarquer au point d’être exclu, d’être montré du doigt, d’être critiqué. Plein de peurs interviennent quand on se sent « différent ». Et pourtant, ne pas l’être, n’est-ce pas s’empêcher d’être soi-même ? Et si on se démarquait, est-ce que vraiment on créerait cette catastrophe qu’on redoute tant ? 

 

Pourquoi est-ce qu’on cherche à rentrer dans le moule ?

Est-ce que vous vous êtes déjà demandé pourquoi est-ce que vous vouliez absolument partager les mêmes valeurs et les mêmes centres d’intérêt que les autres ? Pourquoi est-ce que vous n’osez pas dire à certains de vos amis que vous aimez le groupe de musique One Direction ? Ou que vous écoutez secrètement du Céline Dion ? Parce que vous avez peur de leur jugement, nous en parlions justement dans cet article. Vos amis n’aiment pas One Direction ou Céline Dion, ou encore mieux : ils aiment mais comme vous, ils n’osent pas le dire. La société veut qu’on se moque de ce type de goût (selon les cercles que vous fréquentez, bien sûr si vous faites partie d’une communauté dingue des One Direction, j’espère que vous pouvez parler librement de votre amour du groupe). Alors on se fond dans la masse, on évite le jugement, on fait comme les autres. On ne dit pas quand on est pas d’accord avec les cinq autres personnes avec lesquelles on discute, parce que franchement qui va écouter la seule voix qui est contre l’idée ? C’est bien connu que la majorité a toujours raison, non ?

Hum.

Mes poils se hérissent.

À quoi sert votre individualité si vous faites de votre mieux pour la filtrer, lui enlever tout ce qu’elle a de particulier, tout ça pour qu’elle épouse les codes de la société et les avis de vos proches ? Est-ce que vous ne pensez pas que notre différence est faite pour être embrassée ? Pour être montrée au grand jour ? Est-ce que ce ne serait pas mieux d’être aimé pour la personne que vous êtes, plutôt que pour celle que vous prétendez être ?

Arf, je sais, on se croirait dans un Disney : aimer l’autre pour celui qu’il est vraiment. Ou une série pleine de love story. Mais pour que ça arrive, encore faut-il que vous montriez votre vrai visage.

Pourquoi est-ce que vous voulez rentrer dans ce moule, alors ? Il y a certainement des raisons qui vous sont personnelles, liées à votre passé ou votre présent. Je vais parler des raisons qui peuvent s’appliquer à la majorité d’entre nous.

Etes-vous familier avec la pyramide de Maslow ?

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Pyramide de Maslow (désolée c’est en anglais)

La pyramide de Maslow est une pyramide des besoins, on la lit de bas en haut, le principe étant qu’on ne peut accomplir les besoins supérieurs qu’en ayant rempli les besoins inférieurs. Je m’intéresse particulièrement ici au troisième étage de la pyramide : le besoin social et le besoin d’appartenance. Cela signifie que nous avons besoin de donner et de recevoir de l’amour, de sentir que nous faisons partie d’un groupe, que nous sommes connectés les uns aux autres. C’est précisément un besoin auquel on s’intéresse beaucoup à l’adolescence. On en profite pour se forger l’idée que si nous faisons comme les personnes de notre groupe, elles nous aimeront en retour, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Mais pour certains d’entre nous, nous nous empêchons d’être nous-mêmes à cause de ça. Parce que nous nous sommes habitués à être une certaine personne pour notre groupe, c’est devenu notre identité. Or, nous avons peur que le jour où cette identité change, le jour où nous acceptons d’être nous-mêmes, que cet amour de notre groupe, cette connexion que nous avons avec les autres, nous soient retirés.

Et ça, ça fait très mal.

Et comme l’être humain n’est pas naturellement pour le changement (surtout le français, hein… !), il freine des quatre fers. Il ne sait pas quel sera le résultat de cette nouvelle identité, il est donc normal qu’il choisisse, la plupart du temps, de conserver son identité actuelle.

Attention, on ne change pas d’identité comme de chemise, bien sûr. Je parle simplement de retirer la carapace créée pour satisfaire notre besoin d’amour, pour se dévoiler enfin sous notre vrai jour. Et ce sentiment d’identité peut être très fort. J’ai notamment rencontré des personnes qui sortaient d’une longue lutte contre le cancer et qui, malgré la joie d’être en rémission totale, appréhendaient complètement ce changement. Eh bien oui, voilà des années qu’ils se battaient contre la maladie. C’était devenu une partie d’eux-mêmes, un bout de leur identité. Qui allaient-ils être sans cet attribut, sans cette maladie qui les avait pourtant rongé ? Est-ce qu’on les aimerait toujours ? Est-ce que ceux qui les avaient soutenus pendant cette période seraient toujours là ?

Je sais, ça paraît stupide vu de l’extérieur. Et je vous rassure : ils étaient ravis de ne plus être malade. Mais la question de l’identité se posait quand même.

C’est comme un grand coureur qui subitement ne peut plus courir. On ne lui a pas amputé une jambe, il fait simplement des entorses à répétition. Mais qui est-il sans la course ? Son identité va changer. Est-ce que ses connexions aussi ? Est-ce que les autres l’aimeront encore ?

Alors si vous affirmez tout à coup que vous aimez One Direction à votre groupe, vous aimeront-ils encore ? Est-ce que vous allez supporter leurs moqueries ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Est-ce que ce ne serait pas mieux de se taire ? Mais qu’est-ce que vous ne dites pas d’autre ? Qu’est-ce que vous vous empêchez de faire pour éviter de vous prendre des remarques, pour ne pas être trop différent des autres, pour suivre le chemin que la société vous a tracé ? Combien de fois est-ce que vous vous adaptez ? Combien de fois par jour vous refrénez vos envies, vos paroles et vos actions ?

 

Sortir de sa carapace…

Nous évoluons tous. La personne que nous étions il y a dix ans, n’est pas la même que celle que nous sommes aujourd’hui et il y a de très fortes probabilités pour que vous changiez encore pendant les dix années à venir. Ce n’est pas grave, c’est très bien, c’est normal. On évolue, on suit de nouveaux chemins, on adopte parfois de nouvelles valeurs, on vit en fonction du temps présent.

Notre identité évolue et devinez quoi ? Celles des personnes autour de nous aussi. Avec l’âge, on devient souvent plus tolérant, plus mature, plus ouvert d’esprit (ok, je suis d’accord ce n’est pas vrai de tout le monde). Si votre groupe n’est pas capable de vous accepter tel que vous êtes, peut-être (peut-être, hein) que vous avez besoin d’être entourés de personnes qui partagent plus de choses avec vous ? Peut-être que vous n’êtes pas obligés de rester avec les mêmes personnes juste parce que ça fait vingt ans qu’elles sont là. Si c’est la seule raison et que vous ne partagez plus rien aujourd’hui mis à part des souvenirs… est-ce que ce n’est pas un peu triste ? Vous pouvez conserver ce groupe, mais peut-être que vous avez besoin d’autres connexions, qui auront plus de sens pour vous.

Le sentiment d’appartenance, celui indiqué au troisième étage de la pyramide de Maslow, n’est véritablement accompli, à mes yeux, que le jour où on le ressent tout en étant soi-même. Et ça change tout. Il n’y a plus cette peur de ne plus être aimé du jour au lendemain (hmm ça vous dit quelque chose ?) par son « groupe ». Il n’y a plus ce besoin d’être sans cesse en connexion avec le groupe (besoin créé par la capacité à communiquer instantanément à distance entre autres). Et on peut être soi-même. Ils sont là, ils nous aiment, ils nous acceptent.

Oui, peut-être que si vous êtes vous-mêmes, vous allez changer de groupe. Ça ne veut pas dire que vous serez seuls. Il faudra juste aller à la rencontre d’autres personnes, qui vous accepteront telles que vous êtes. Il n’y a pas besoin d’avoir cent personnes autour de soi, parfois une seule suffit.

Ou bien… peut-être que les autres vont simplement vous trouver plus épanouies, qu’ils riront aux blagues que vous n’aviez jamais faites jusque-là, qu’ils apprécieront découvrir la sincérité de vos goûts et de votre mode de pensée. Peut-être même que le fait de sortir de votre carapace les encouragera à faire de même en retour. Parce que peut-être qu’eux aussi se cachent, avec la peur au ventre de mettre le nez dehors pour découvrir qu’on ne les aime plus.

Oui, j’ai mis beaucoup de « peut-être », parce que dans la relation humaine, on ne peut être sûr de rien.

 

Sortir pour se révéler

L’épanouissement qui naît du fait d’être soi-même, rejaillit sur plein de points dans la vie. Il y a plein de petites choses qu’on s’empêche de faire parfois, parce qu’on a peur du regard des autres, d’être montré du doigt ou de ne plus être aimé (tout ça étant intiment lié). Vous connaissez beaucoup de personnes qui dansent dans la file d’attente du Starbucks (oui, je sais, c’est facile de me pointer du doigt avec cet exemple Starbucksien) ? Est-ce que ça vous gêne ? Oui, vous allez regarder bizarrement la personne. Mais est-ce qu’elle vous dérange ? Est-ce que vous allez éprouver du désamour pour elle parce qu’elle danse ? Est-ce qu’au final, ça ne va pas vous amuser ? Et si elle fait ça naturellement, est-ce que ça ne va pas vous faire sourire de voir que quelqu’un est suffisamment à l’aise pour le faire ?

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Il y a plein de petites choses comme ça, qu’on s’empêche de faire, j’ai entendu des récits avec des exemples tout simples :

  • une personne qui a renoncé à aider une autre à porter ses bagages dans les escaliers, de peur que l’autre pense qu’elle allait la voler (si, si, si)
  • une autre qui cache à ses amis qu’elle a un passeport annuel pour Disney, parce que ses amis penseraient que ça fait trop « gamine » (mais elle n’en est même pas sûre parce qu’elle n’ose pas en parler)
  • une personne qui n’ose pas prendre les escaliers à côté des escalators, quand il n’y a personne dedans…
  • … de la même manière que beaucoup de personnes ne pensent pas à ouvrir la porte d’à côté en sortant d’une gare et s’engouffrent dans la seule ouverte, même s’il faut faire la queue, parce que bon sang si personne n’a enfoncé cette porte, c’est peut-être qu’il y a une raison, non ? Eh bien, non. Les autres ont simplement suivi les premiers.
  • j’ai le témoignage d’une personne qui n’osait pas s’habiller comme elle aimait, parce qu’elle était persuadée que ses copines n’apprécieraient pas
  • une autre ne veut pas prendre les transports, parce que tous ses collègues viennent au travail en voiture
  • une autre n’aime plus la natation, qu’elle pratique depuis douze ans, mais n’ose pas le dire, parce que qui est-elle sans ça ?

Des exemples tout petits. Il en existe des bien plus gigantesques. Je voulais vous montrer que c’est quelque chose qui touche même les petits gestes. Et bien sûr, ce n’est pas lié qu’au fait de se démarquer, de faire vivre notre individualité. C’est aussi et beaucoup, lié à la confiance en soi. C’est un ensemble de nœuds auxquels on touche les uns après les autres.

Le fait d’être soi-même rejaillit sur plein d’aspects, dont la créativité. Si vous n’avez plus peur de vos pensées et de vos actions, qu’est-ce qui vous empêche de laisser libre cours à votre créativité ? Rien. 

Il faut bien commencer quelque part. Alors si vous aimez danser dans les files d’attente, pourquoi ne pas le faire demain ? Si vous aimez One Direction, pourquoi ne pas l’écouter demain sans vous cacher ? Pourquoi ne pas chanter les paroles dans la rue ? Si vous avez envie d’aller jouer au badminton plutôt que de faire de la natation, pourquoi ne pas le faire ?

Quand quelqu’un créé son entreprise, il y a une question très importante qu’on lui pose : en quoi est-ce que votre entreprise est différente des autres (qui font la même chose) ? L’homme et les relations sociales ne sont pas des produits « à marketer » (même si bon, aujourd’hui, c’est le cas finalement), mais qu’est-ce qui vous différencie d’une autre personne ? Posez-vous la question. Réfléchissez à votre identité. A votre véritable identité, celle qui résonne en vous. Pas celle que vous inventez pour montrer à la société, pas celle que vous avez forgé pour éviter de subir les critiques. Les personnes qui ont accompli leurs rêves, sont souvent celles qui se sont démarquées. Je ne sais pas quelles sont vos exemples, personnellement je pense à Oprah en cet instant. Et vous ?

Pensez à vous. Parce qu’après tout, on n’a qu’une vie. Autant vivre la sienne, celle qu’on veut, pas celle que les autres inventent pour nous. 

Si le sujet vous intéresse et que vous voulez qu’on l’approfondisse ensemble, en privé ou à travers une interview sur le blog, n’hésitez pas à visiter la page A Propos pour savoir comment me contacter en privé :).