Les excuses (en veux-tu en voilà !)

Il y a plusieurs types d’excuses : les excuses sincères, que l’on donne lorsqu’on a commis une erreur, qu’on a blessé quelqu’un et qu’effectivement, on est désolé.

Nous ne parlerons pas de celles-ci aujourd’hui.

Aujourd’hui, nous aborderons un autre type d’excuses : celles qu’on se donne à soi-même. C’est une forme de… mensonge, eh bien oui, disons-le. Et souvent, c’est parce qu’on a peur de faire quelque chose, ou que ce n’est pas notre priorité, qu’on se donne des excuses. Il y a mille et une peurs qui peuvent se cacher derrière un « ah oui mais j’ai pas le temps ». Que vous adressiez ce « oui je n’ai pas le temps » à vous ou à un tiers, je tiens à vous dire quelque chose de très important : vous avez le temps. Effectivement, il y a une quantité de temps limité dans la journée et vous ne pouvez pas tout faire. Ce n’est pas que vous n’avez pas le temps, c’est que vous avez choisi de prioriser autre chose. Ce qui n’est pas un mal, ce qui n’est pas une erreur, c’est simplement la réalité. Alors choisissez plutôt cette formulation si vous voulez être le plus honnête avec vous-même et avec autrui : « Je n’ai pas pris le temps ».

Et j’entends déjà toutes vos « excuses » sur le fait qu’une journée c’est rapide et que quand on est maman de deux enfants, qu’on travaille en plus, eh bien c’est compliqué de rajouter quoi que ce soit. Aucun problème, je vous rejoins totalement. Non seulement les mères sont des héroïnes à mes yeux, qui sont capables de faire tellement de choses en une seule journée qu’on se demande comment elles font pour ne pas tomber par terre en plein milieu, par manque d’énergie ou le cerveau vrillé par le nombre de tâches et de missions qui y vrombissent à l’infini, mais en plus, devinez quoi ? Elles ont le sens des priorités. Souvent (je dis souvent parce que je ne veux pas faire une généralité absolue), leur priorité c’est leurs enfants, leur famille, leur foyer. Et c’est très bien comme ça, il n’y a pas de mal DU TOUT. C’est un fait, il faut l’accepter, on en parlait justement dans l’article sur les priorités. C’est normal, que si la famille est prioritaire, ce soit ce qui prend le plus de temps à une maman dans sa journée, non ?

Si vous n’avez pas défini vos priorités, effectivement, je comprends que vous disiez « je n’ai pas le temps ». C’est tout simplement parce que vous ne savez pas quels sont vos objectifs, qu’est-ce que vous voulez faire de votre vie. En somme, vous donnez du temps à droite et à gauche, sans que ce soit vraiment construit de manière à vous amener à un point précis. Vous avez plein de projets formidables, vous voulez donner du temps à tout et tout le monde, sauf que vous voilà face à cette chose incroyable, qui nous concerne tous : le temps n’est pas extensible (sauf pour Hermione Granger qui détient un sablier de folie). Il faut prioriser. Et accepter que prioriser nous empêche de dire oui à tout le monde.

Je m’égare car cet article ne porte pas sur les priorités mais sur les excuses. Si « je n’ai pas le temps » est l’excuse numéro 1 pour plein de choses : se mettre au sport, écrire un roman, manger sainement (« je n’ai pas le temps de faire la cuisine), apprendre à jouer du piano, apprendre l’espagnol, faire du bénévolat, que sais-je encore ! (votre liste est la bienvenue) eh bien si c’est l’excuse numéro 1 c’est parce que c’est la plus simple. Moi, quand on me dit « je n’ai pas le temps », je corrige toujours en « tu n’as pas pris le temps » ou « pas de soucis, ce n’est pas ta priorité ». Mais je ne laisse pas végéter à l’infini parce que la situation devient frustrante pour les deux parties : pour celui ou celle qui a demandé un service (comme de relire un manuscrit par exemple), qui est dans l’attente, et celui ou celle qui a accepté, qui se sent pressé et peut-être oppressé par cette tâche, qui trotte dans sa tête et qu’il ne parvient pas à accomplir.

Ouvrez le dialogue dans ce type de situation, libérez-vous de cette tension et de cette frustration : demandez quelles sont les priorités de la personne, à quoi est-ce qu’elle dédie son temps en ce moment ? Et ne vous offusquez pas si vous ne faites pas partie de ses priorités, c’est bien normal non ? On ne peut pas être la priorité d’autrui à temps plein. Dites-vous bien que prononcer la phrase « je n’ai pas pris le temps » c’est aussi vous rappeler que vous avez d’autres priorités, que vous assumez ces priorités et que petit à petit vous les imprimez dans votre cerveau. Ainsi, la fois suivante, plutôt que d’accepter les yeux fermés de rendre un service (notez que je vous encourage à rendre des services de temps à autre, simplement ceux que vous êtes capables d’assumer et de mener jusqu’au bout), vous réfléchirez à si vous avez le temps ou non. Sachez que si les premières fois ce sera un peu déroutant pour vous et pour votre interlocuteur, cela sera très bénéfique à long terme : vous allez gagner en crédibilité. Réfléchissez-y : qu’est-ce que vous pensez des personnes qui disent oui à tout, même quand elles n’ont pas le temps ? Celles qui rédigent les compte-rendus des réunions avec du retard ? Qui arrivent d’ailleurs en retard aux réunions ? Qui acceptent une mission ou une tâche mais ne parviennent pas à la gérer de front avec le reste ? Et en parallèle, qu’est-ce que vous pensez de ceux qui vous disent non et vous le justifie ? C’est important de justifier votre non, pour que la personne en face de vous prenne conscience que vous ne dites pas un non ferme juste pour le plaisir de dire non. Dites-lui exactement ce qui se passera si vous dites oui et que vous allez au bout de ce qu’elle vous demande. Si c’est dans le cadre de votre travail et qu’on vous demande « Hey Jupiter, il faudrait sortir les chiffres de vente pour le séminaire la semaine prochaine et en faire une présentation powerpoint. » Et là, vous regardez votre liste de tâches et vous savez, d’instinct, que vous n’allez pas vous en sortir. Et bien il y a une très bonne réponse à la personne qui vous a demandé ça, la vérité tout simplement : « Ecoute, j’ai déjà trois autres dossiers urgents à traiter, je ne serai pas capable d’inclure également la présentation pour la semaine prochaine. Si je le fais, ce sera au détriment des autres tâches. Si tu penses que c’est prioritaire, je te remercie de voir directement avec ma supérieure hiérarchique si je dois reprioriser mes tâches« . Si vous préférez, vous pouvez vous-même prendre le temps d’envoyer un email à votre chef, avec la personne qui vous a interpellé en copie, en lui demandant si elle pense que c’est prioritaire. Les gens ne se rendent pas forcément compte de votre charge de travail, alors n’oubliez pas d’inclure le nombre d’heures ou de jours de travail que chaque tâche que vous avez en cours nécessite. Personnellement, j’éprouve beaucoup plus de respect pour les personnes qui savent me dire non. Je n’ai pas besoin d’une justification détaillée pour le comprendre, néanmoins je vous conseille de le faire au début (de détailler avec les tâches et le nombre d’heures nécessaires) car vous vous sentirez plus légitime de dire non. Mais avec le temps, vous prendrez confiance, les gens prendront l’habitude. Et surtout, votre temps aura pris de la valeur. Si vous dites « non, je suis prise par d’autres priorités », vous ajoutez à votre crédibilité. Vous êtes capables de gérer votre temps, capables de dire non. Evidemment, ne le dites pas sèchement :). Mettez les formes, ça passe toujours mieux.

Pour finir ce sujet (qui comme vous l’aurez compris me tient à cœur vu mon pavé sur la question), je veux juste vous faire part de mon ressenti quand quelqu’un me dit « je n’ai pas le temps ». Je n’ai pas l’impression que la personne est débordée, je n’ai pas l’impression que parce qu’elle n’a pas le temps, ça fait d’elle quelqu’un de plus important. En revanche, j’ai l’impression qu’elle ne sait pas gérer ses priorités, qu’elle ne sait pas choisir ce qui est important pour elle et qu’elle s’engage dans des choses qu’elle ne pourra pas mener au bout : je n’ai pas envie de travailler avec une telle personne.

Bon, trêve de plaisanteries. Il y a plein d’autres excuses qui vont vous parler ci-dessous :

  • Je n’ai pas de talent
  • Personne ne me lira
  • Mais si les gens n’aiment pas ?
  • Et si je n’arrive pas à vendre ?
  • Et si je n’arrive pas au bout ?
  • Mais je fais des fautes
  • Si je n’y arrive pas ?
  • Et si j’y arrive ? (aaaaah la cruelle question du changement d’identité !)

Toutes ces phrases, que je qualifie à titre personnel d’excuses (car elles sont un motif pour renoncer), peuvent être rapprochées d’une peur ou de manque de confiance en soi. On a souvent peur d’échouer, peur de réussir, peur du changement, peur de l’inconnu, peur du regard des autres… Il y en a des peurs, n’est-ce pas ? Et d’une manière ou d’une autre, on peut toutes les relier à la confiance en soi. Et puis vous imaginez tout de suite les conséquences (toutes désastreuses) qu’auraient un échec.

Fantastique.

Et si maintenant on imaginait les retombées positives qu’il pourrait y avoir si vous réussissiez ? Plutôt que de s’entêter à imaginer tout ce qui pourrait mal se passer, tout ce que vous pourriez ne pas réussir, pourquoi ne pas voir ce qu’il se passerait si par exemple, vous écriviez ce roman que vous voulez écrire depuis tant d’années et que vous alliez au bout ? Si vous publiez enfin ce manuscrit qui traîne dans votre tiroir mais que vous ne voulez montrer à personne ?

Parce que si écrire fait partie de vos priorités, pourquoi utilisez-vous de telles excuses pour sans cesse repousser cette tâche ? Oui, écrire est un travail de longue haleine, oui il nécessite de la détermination. Et oui, comme pour tous les rêves, le chemin est semé d’embûches. Mais cessez un instant de voir les obstacles, cessez un instant d’imaginer ce qui va aller de travers.

Fermez les yeux.

Visualisez ce qu’il se passerait si ça marchait.

Alors, ça ne vous donne pas envie ? Ça ne vaut pas le coup de renoncer à vos excuses et de tenter votre chance ?

Et surtout, qu’est-ce qui serait le pire ? De le faire ? Ou de vivre avec cette question qui tournerait en boucle dans votre « et si je l’avais fait ? »… ?

Ne repoussez pas vos rêves avec des excuses. Vivez-les.

N’hésitez pas à venir me parler de vos peurs, de ce que j’appelle des « excuses », par email (voir page A propos) ou dans les commentaires.

 

Si vous voulez un petit bout de mon expérience personnelle… :

J’ai arrêté de me poser des questions, j’ai arrêté de me dire que ça ne marcherait pas, que je ne vendrais pas, qu’on allait me dire que je n’avais pas de talent, que je pouvais retourner à mon job de salariée parce que franchement, je ne ferais jamais d’écrivain mon métier. J’ai repoussé les personnes qui me disaient qu’on ne vit pas de ses écrits. J’ai repoussé mes peurs, mes doutes et j’ai tenté ma chance.

Aujourd’hui, je suis écrivain à temps plein.

Ce n’est peut-être pas votre rêve, vous en avez peut-être un autre, je serais ravie que vous m’en parliez. Je crois fermement que quand on fait de son rêve sa priorité, qu’on repousse les diverses excuses, qui sont parfois tout simplement des mœurs et des préjugés de la société, on peut avancer. On peut franchir une étape de plus, on peut progresser vers son rêve et commencer vraiment à le vivre, plutôt que de le repousser sans cesse.

 

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