Les freins face à la publication : explications avec Mélanie Bouteiller

Mélanie Bouteiller a été publiée en maison d’édition pour son tome 1 de La Prophétie Elfique, intitulé Le Lointain. La maison d’édition avec laquelle elle avait signé a finalement fermé ses portes. Mélanie se tourne maintenant vers d’autres maisons d’édition et en profite pour nous parler de la peur d’être publié, un sujet que nous évoquions dans un article précédent. Mélanie en a profité pour rebondir sur la question et exposer les différents freins qu’elle ressentait face à la publication. Alors qu’est-ce que la peur d’être publié ? Comment se traduit-elle ? Pourquoi a-t-on peur ? Mélanie nous livre son point de vue avec bienveillance, humanité et transparence, parce que c’est comme ça qu’elle est 😊.

 

Jupiter : Qu’est-ce qui te fait peur dans le fait d’être publiée ?

Mélanie : La peur de l’inconnu : on ne peut pas savoir à l’avance si ça va marcher ou faire un flop… Du coup c’est ce qui me fait peur personnellement.

Jupiter : Qu’est-ce que qui te fait peur exactement là-dedans ? Uniquement l’aspect financier ou également le jugement des autres ?

Mélanie : Je pense que tout dépend de ce que l’on attend de ces ventes : si on espère en vivre ou seulement faire un complément de revenu. Avant de lire ton blog, je n’avais jamais pensé à vivre de l’écriture, mais maintenant que je vois ton expérience, ça donne à réfléchir… Tu es un véritable modèle pour moi 🙂 Si on regarde en termes de revenus, mon vécu avec ma précédente maison d’édition est ridicule comparé au tien (je touchais 10% sur les ventes de livres, 30% sur les ebooks, ce qui m’a fait gagner 110 euros en un an et demi de publication, tu as gagné 20 fois cette somme en seulement un mois avec ton premier tome auto-édité sur Amazon !!! Ça pose question…). Pour ce qui est du jugement des autres, l’avantage d’avoir déjà été publiée est que j’ai pu retravailler ce que les chroniqueurs ont relevé. Du coup je suis un peu plus confiante et m’inquiète moins de l’appréciation des lecteurs et des commentaires qu’ils pourraient mettre sur mon roman.

Je vois que certaines personnes, comme toi, arrivent à vivre de l’auto-édition, tandis que d’autres galèrent. Je me demande s’il n’y a pas une part de chance ? Comment est-ce que cela s’est passé pour toi quand dès les premiers jours de publication de ton premier roman, il était déjà dans le top 100 d’Amazon ?

Est-ce que Amazon « booste » les derniers arrivants pour leur donner un peu de visibilité et une chance de se faire remarquer par les lecteurs ?

Jupiter : Pour répondre sur mon premier roman, il est entré dans le top 100 Amazon au bout d’une douzaine de jours. On était en plein mois d’août, donc c’était un contexte assez particulier car il y avait très peu de sorties littéraires. Les gens patientent plutôt en septembre et en octobre pour sortir leurs romans. Amazon ne booste pas spécialement quoi que ce soit, mis à part à travers l’offre éclair. En revanche, ils mettent en avant les nouveautés. Il faut savoir qu’Amazon a l’historique de ce que tu as déjà acheté, il fait donc en sorte de te suggérer de nouvelles choses en rapport que tu pourrais apprécier sur ta page d’accueil que ce soit sur Amazon directement ou sur ta Kindle par exemple. Donc dans les nouveautés, tu peux recevoir quelque chose comme « nouveauté similaire à … [titre d’un livre que tu as lu récemment] ». Et les nouveautés sont également mises en avant par catégorie, si tu vas sur la catégorie de romans qui te plaît, tu trouveras un onglet « nouveautés ».

Mélanie : Parce que quand on n’est pas connu, ni par notre nom d’auteur, ni par le titre de la saga, du roman, je me demande comment un lecteur lambda peut tomber sur notre roman ? En plus, tu dis toi-même que tu n’en as pas parlé à ton entourage ni fait de pub ! Ce ne sont donc que des lecteurs inconnus qui ont acheté ton roman ! Personnellement, sur Amazon, je tape ce que je recherche, du coup cela m’échappe un peu au niveau de la visibilité ^^

Jupiter : Je pense qu’effectivement j’ai eu une grande part de chance. Le fait de publier à un moment où il n’y avait aucune autre sortie m’a été très bénéfique. Mais quand on s’auto-édite, il ne faut pas compter sur la visibilité que va nous apporter Amazon, on n’a aucune idée de cette visibilité. Il faut construire son réseau et créer sa communauté je pense.

Mélanie : Il y a aussi la hantise de ne pas réussir à vendre… Toujours du fait de cette visibilité qui m’échappe. Toi par exemple, tu as mis en ligne 3 romans entre août et novembre ! Moi, je n’ai actuellement qu’un roman à proposer, un à retravailler, et un entièrement à rédiger (sans compter trois autres romans qui ne sont que des ébauches et dont j’ignore si je mettrais un jour le point final…). Donc pour ma part, j’aurais peur que les ventes s’essoufflent. Qu’il y ait plusieurs ventes les deux premiers mois, avec des pics sur quelques jours, parce que j’en aurais parlé à mon entourage et qu’ils voudraient me soutenir et avoir mon roman dans leurs mains, mais que par la suite, il n’y ait plus rien… Ou pas grand-chose. Pas assez pour en vivre en tout cas ! Parce que l’auto-édition en plus de mon boulot actuel ne m’effraie pas du tout (même si cela me faisait 50 euros uniquement par mois, ça me ferait de « l’argent de poche », mais ce ne serait pas rentable, d’autant que je vais payer une grosse somme pour refaire la carte et la couverture, et encore, je ne compte même pas le coût des couvertures suivantes…), par contre, ce serait tout plaquer pour vivre de mes livres et que cela ne mène à rien qui m’inquiète ^^.

Jupiter : Effectivement, la courbe des ventes finira par s’essouffler à un moment ou un autre. Tout produit dispose d’une durée de vie malheureusement. Et plus on a de romans de disponible, plus on en vend car c’est un cercle vertueux : les gens qui apprécient le style de l’auteur voudront en avoir plus, ils iront donc vérifier s’il y a d’autres romans écrits par la même personne. Alors je comprends qu’avec un roman, on ait peur que les ventes s’essoufflent. Mais si tu as un job à côté, ça reste un bon moyen de débuter. L’idée n’est pas forcément de faire comme moi et de tout plaquer du jour au lendemain pour être écrivain à temps plein. D’abord parce que ça ne correspond pas au caractère de tout le monde, ensuite parce qu’il faut tout de même avoir un plan financier pour s’en sortir. Mais du coup, si l’auto-édition en plus de ton job actuel ne te fait pas peur… pourquoi est-ce que tu ne fonces pas ? Qu’est-ce qui fait que tu t’orientes plutôt vers une maison d’édition ?

Mélanie : Je n’ai rien à perdre à tenter les Maisons d’Édition. Au pire, je n’ai aucune nouvelle et je dois en comprendre que c’est refusé… Sinon je peux espérer avoir des explications constructives et améliorer encore mon roman ! Au mieux, c’est positif, et ça, ça fait quand même du bien au moral ! 😉 De se dire que ce que l’on écrit plaît, c’est toujours agréable ! Après, même si j’ai des réponses positives, tout dépendra du contrat qui me sera proposé. J’espère trouver mieux que ce que j’ai vécu de 2014 à 2016. J’entends par là toucher un plus gros pourcentage ; ou que le roman paraisse dans les librairies et grandes surfaces ; qu’une grande Maison me contacte ; pouvoir participer à des salons du livre sans avoir à avancer l’argent de mes romans. Tout cela pour espérer plus de visibilité, générer plus de ventes, et obtenir de meilleurs revenus que ceux que j’ai pu percevoir jusque-là.

Je n’arrive pas à imaginer ce que cela donnerait pour ma part si je quittais mon CDI (de 1200 euros, ce n’est pas la folie non plus, mais c’est fixe, je suis sûre de les toucher et c’est rassurant). J’ai toujours écrit en parallèle de mes études ou de mon travail, donc avec irrégularité et sur des petites plages horaires… Le fait d’être disponible H24 pour écrire, m’organiser comme je l’entends,… Je me dis que ce serait probablement la solution pour écrire réellement, plusieurs pages par jour, et non pas 3 paragraphes par semaine… Cela me permettrait de me mettre réellement à rédiger mon tome 3, puis le deux histoires que j’ai en tête qui n’ont rien à voir avec Le Lointain ! Côté rédaction, je suis un peu rouillée : cela fait 3 ans que j’ai terminé mon tome 2, et je n’ai pas vraiment rédigé, inventé depuis. (J’ai totalement réécrit les 5 derniers chapitres de mon tome 1 cet été et jusqu’à fin octobre, ça compte ? ^^ ) Je ne me sens pas capable de me fixer un objectif comme « écrire un roman en un mois », ou encore « écrire 5000 mots par jour », comme toi. J’ai vu que cela correspondait à un peu plus de 7 pages A4 en Times New Roman 12… Et je ne me rappelle absolument pas de mon rythme d’écriture quand j’ai écrit mes deux premiers tomes. Je n’avais clairement aucun rythme, je pouvais même passer 4 mois sans ouvrir mon traitement de texte ! C’est donc ce côté régularité de l’écriture que je soulève. Je pense que, comme tu le fais, il faut sortir régulièrement des romans pour se maintenir à flot. Si tu n’avais écrit que Ryvenn, publié en août, et puis plus rien, ta situation aurait sûrement été très différente aussi.

Jupiter : J’ai tout quitté parce que justement je trouvais que je n’avançais pas au rythme que je voulais en conservant mon CDI. Alors, c’est sûr, c’était sécurisant d’avoir ce travail salarié à côté. C’était de l’argent qui tombait tous les mois sans que je me pose de questions. Mais je m’ennuyais fermement au travail, je n’étais pas épanouie et je savais que ce n’était pas ce que je voulais faire. Je voulais écrire à temps plein, je me disais que si je ne le faisais pas, si je n’essayais pas et que je continuais d’avancer à pas de tortues en essayant de me persuader que si, je faisais de mon mieux pour atteindre mon rêve… c’était me mentir à moi-même. Je ne faisais pas mon maximum. Je pouvais faire mieux. C’est pour ça que j’ai tout plaqué, c’est pour écrire à temps plein, me donner les moyens de réaliser ce que je voulais, voir si c’était possible. Par contre, j’avais prévu un plan de secours, je m’étais donnée six mois pour m’en sortir et si ça ne fonctionnait pas, je retournais à un job de salariée illico presto parce que financièrement c’était déjà très compliqué d’assumer six mois sans salaire. Mais j’avais la certitude que si je n’essayais pas, j’aurais des regrets. Et je ne voulais pas vivre avec l’idée que j’étais passée à côté de mon rêve. Maintenant, j’ai tout de même passé plusieurs années à écrire tous les jours, sur le temps que je pouvais prendre le matin pour le faire et j’aurais pu m’auto-publier en conservant ce rythme, avec le job de salarié à côté. C’est simplement qu’à mes yeux ce n’était pas suffisant.

Mélanie : Tu as été très courageuse de tout plaquer pour te lancer exclusivement dans l’écriture. Un jour, peut-être, je trouverai ce courage ! En attendant, je pense avoir mis en relief tout ce qui m’inquiète encore. Et à moins de tenter, je n’aurais jamais de réponse à ces interrogations.

Jupiter : Mais du coup, qu’est-ce qui fait que tu ne tentes pas ? Car jusque-là, je ne vois rien de bloquant.

Mélanie : Je ne suis pas fermée à cette éventualité ! Si je n’obtiens que des réponses négatives des Maisons d’Édition, je me lance, c’est certain ! Si les réponses positives que j’obtiens ne me donnent pas satisfaction au niveau des contrats proposés je me lance aussi 🙂 Si par contre j’obtiens une réponse positive avec un contrat intéressant d’une Maison d’Édition qui me convient, alors je passerai par un éditeur. Maintenant que mon manuscrit a été envoyé, il ne me reste plus qu’à attendre les retours (ou silences éloquents…) D’ici cet été je devrais être fixée !

Jupiter : Qu’est-ce qui fait que tu ne te dis pas « tiens je vais le publier en auto-édition tout en l’envoyant aux maisons d’édition » ? Penses-tu que l’un exclut l’autre ?

Mélanie : Tout d’abord, la couverture est encore au stade d’ébauche avec l’illustratrice. Mon roman est donc terminé d’un point de vue écriture, mais pas finalisé pour être publié dès à présent. Le manuscrit est désormais entre les mains des comités de lecture et des éditeurs, et la création de la couverture, aux soins de l’illustratrice à qui j’ai fait appel. Actuellement, il ne me reste plus qu’à attendre les verdicts et le premier croquis.

Je me fixe jusqu’à septembre pour espérer une réponse positive. Cela correspond au moment où nous déménagerons, mon conjoint et moi, et cela me semble être le bon moment pour un changement radical. Si je n’ai pas de réponse positive d’ici la fin de notre installation, alors je me lancerai dans l’auto-édition, en même temps que je rechercherai un nouvel emploi !

Si j’avais dû répondre à cette question avant l’envoi du manuscrit, et en admettant que l’illustration était déjà prête, j’avoue que j’aurais sûrement pensé qu’une fois auto-édité, il était trop tard pour tenter les maisons d’édition. Ce pour quoi j’ai fait les choses dans l’autre sens.

De même que, désormais que le manuscrit est en train d’être « jugé », je ne me vois pas me lancer dans les démarches d’auto-édition (qui m’ont tout l’air d’être un sacré casse-tête), pour avoir une réponse positive deux mois plus tard.

Ce qui me dérange dans le fait de procéder de cette manière, et que l’auto-édition ne soit pas un choix radical et convaincu de ma part, c’est l’impression de choisir l’auto-édition en dernier recours, « si ça tourne mal ». Comme si « échouer » auprès des maisons d’édition faisait que mon manuscrit ne mériterait pas d’être publié, ou comme si les réponses négatives discréditaient sa parution. De ce côté-là, je me raccroche au fait d’avoir déjà été choisie par un éditeur. Même s’il a dû fermer par la suite, je sais que mon roman a plu. Je m’autorise donc à lui donner une deuxième chance d’être publié, par mes soins, s’il ne trouve pas preneur avant.

 

Merci infiniment à Mélanie de s’être livrée !  Vous pouvez la retrouver sur les réseaux sociaux pour suivre son actualité :

Instagram : Einalemboubou

Facebook : Mélanie Bouteiller – Auteur

4 réflexions sur “Les freins face à la publication : explications avec Mélanie Bouteiller

  1. Anaïs dit :

    Super échanges et vraiment très instructif ! Je me retrouve beaucoup dans les propos de Mélanie… Bien que je ne suis qu’aux prémices de mon tout premier roman, je me pose déjà la question de l’auto-édition si j’arrive à le terminer. Mon rythme d’écriture est lui aussi complètement irrégulier, à cause de mon travail qui me prend beaucoup de temps. J’aurais également trop peur de tout plaquer pour m’y mettre à fond. Là pour le coup je te tire mon chapeau !

    Aimé par 2 personnes

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