S’engager à aller au bout (de son roman, de son projet, de son envie du moment)

C’est un sujet autour duquel j’ai tourné toute la semaine et j’avais envie de le partager avec vous ce dimanche. Je tiens à prévenir que son ton est plus dur que mes autres articles. Alors si vous n’êtes pas prêts à vous prendre une claque dans la gueule, ne le lisez pas :). Ça ne veut pas dire que tout le monde aura ce sentiment en le lisant, simplement que ça peut « piquer ».

Est-ce que vous savez ce qu’est l’engagement ? S’engager à faire quelque chose, que ce soit pour soi ou pour quelqu’un ? 

C’est une discussion que j’ai eu notamment avec Pierre-Etienne Bram cette semaine, mais aussi avec Cindy M. par un autre biais et bien d’autres personnes. Cette semaine tournait autour du sujet de l’engagement, allez savoir pourquoi ! 

L’engagement, c’est une « action de se lier par une promesse » selon le Larousse. Il y a donc une forte notion d’obligation derrière. J’aime aussi beaucoup le terme anglais « commitment », dont la définition est similaire, on y retrouve cette notion d’obligation.

Alors par tous les chocolats chauds du monde (mon dieu à moi), pourquoi est-ce que c’est si difficile à respecter pour certaines personnes ? Voyons ça en détails. 

 

Il y a deux types d’engagements à mes yeux : ceux qu’on prend pour soi et ceux qu’on prend pour les autres. Je vais aborder en premier lieu ce qu’on prend pour les autres, tout simplement parce que c’est le plus simple à traiter.

Est-ce que ça vous est déjà arrivé de demander à quelqu’un un service, que la personne s’engage à le faire et que finalement, pour X raisons, elle ne puisse pas ? Sûrement. Ça arrive à tout le monde et il n’y a pas de mal à ça. Et qu’est-ce que ça vous a fait ? Réfléchissez aux émotions qui vous ont traversés. C’est un brin agaçant, non ? Eh bien la réciproque est vraie aussi : si on vous demande un service et que finalement vous ne pouvez pas assumer votre engagement, l’autre personne aussi est agacée (ou autre sentiment, généralement assez négatif). Ce qui amène à une seule et unique conclusion à mes yeux quand il s’agit de s’engager envers les autres : ne le faites que si vous êtes certain de pouvoir remplir votre obligation. Alors, bien sûr,  il y a des cas de force majeure. Bien sûr qu’il y aura une fois où il semblait que vous pouviez et finalement il y a eu une urgence. Et bien sûr que l’autre se montrera compréhensif. Mais différenciez bien urgence d’excuses. Ne pas avoir le temps, c’est une excuse. Avoir sa grand-mère à l’hôpital, c’est une urgence (attention au nombre de grands-mères que vous avez, j’en connais qui en ont déjà six qui sont passées à l’hôpital…). Avant de vous engager, renseignez-vous sur la teneur exacte du service ou du travail qu’on vous demande. C’est vrai pour la vie personnelle, c’est vrai pour la vie professionnelle aussi. Assurez-vous d’avoir bien compris les termes, assurez-vous d’avoir compris ce dont l’autre a besoin et assurez-vous d’être à même de remplir les conditions demandées. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez proposer un compromis. Ou refuser. Il n’y a pas de mal à refuser de rendre service. C’est au contraire une qualité de savoir dire non quand on sait qu’on ne pourra pas remplir son obligation. Cela vous rend plus crédible, bien plus crédible que de dire oui et de finalement faillir à sa mission.

Maintenant que le point de l’engagement envers les autres est écarté, parlons de votre engagement envers vous-même.

Ah.

C’est le moment où ça commence à piquer.

Déjà, si vous êtes du genre à dire oui pour rendre service aux autres mais que finalement vous ne le faites pas parce que vous avez une bonne excuse… Et je ne doute pas qu’elle paraisse valable à vos yeux, je ne doute pas de votre sincérité en fait, je pense que vous vous engagez avec joie et bonne humeur, que vous avez envie de rendre service mais que vous vous rendez compte ensuite que ce n’est pas possible. Vous faites de votre mieux mais au final vous n’y arrivez pas. Soit parce que ce n’était pas clair ce dont la personne avait besoin, soit parce que vous avez mal compris, soit parce que vous avez été pris par autre chose, une autre priorité. Pas de problème, vraiment je ne doute pas que ça partait d’une bonne intention et que vous y croyiez au moment de dire oui. Mais peut-être qu’il faut revoir ce moment où vous dites « oui ». Et réfléchir à ce que vous pourriez faire de différent soit pour tenir votre engagement, soit pour mieux le comprendre, soit pour vous rendre compte plus tôt que vous ne pourrez pas le tenir.

Mais si vous n’arrivez pas à tenir vos engagements envers les autres, je suis assez certaine que vous n’arrivez pas non plus à les tenir envers vous-même. Pourquoi ? Parce que c’est souvent plus facile de faire quelque chose pour les autres, (parce qu’on va recevoir des remerciements, parce qu’on sait qu’on va aider quelqu’un, parce que c’est agréable, parce que ça nous procure des sentiments de bonheur et de plaisir), que pour soi. Parce qu’il n’y a que nous-même dans l’équation. On ne va pas aider quelqu’un, on ne va pas se remercier soi-même (bien que je vous encourage à vous récompenser) et c’est plus dur de se motiver juste de soi-même à soi-même. Il faut se faire violence parfois.

Oui. C’est vrai.

Mais si c’était facile, tout le monde le ferait, non ? 

Si c’était facile de se mettre au sport et d’en faire cinq fois par semaine, tout le monde le ferait, non ?

Si c’était facile de manger sainement tous les jours, de se préparer tous ses repas à la maison, de manger frais, tout le monde le ferait, non ?

Si c’était facile d’écrire 5 000 mots tous les jours, tout le monde le ferait, non ?

Si c’était facile de prendre une heure, tous les matins ou tous les soirs, avant ou après le travail, pour écrire son roman, tout le monde le ferait, non ?

Ce n’est pas si facile. Mais il y en a qui le font, il y en a qui y arrivent. Pourquoi ? Parce qu’ils se sont engagés envers eux-mêmes et ils respectent cet engagement. Pour la majorité des gens, l’engagement ce n’est pas une chose si simple. Prenons l’exemple du sport : Matteo (c’était histoire de choisir un prénom) a décidé de se mettre au sport et de manger sainement. Il veut perdre ses six kilos qu’il considère qu’il a en trop, se muscler et avoir des abdominaux qui ressemblent à une tablette de chocolat Milka (très bon choix Matteo). Pour lui, se mettre au sport se traduit par aller trois à cinq fois à la salle de sport ou courir. Pour lui, manger sainement signifie se cuisiner lui-même ses repas avant de s’assurer de ce qu’il mange. Le premier jour, ça se passe au top, c’est comme les résolutions du nouvel an : Matteo est à fond. Il se prépare un super petit dej, il va à la salle de sport, il  a prévu son déjeuner, il rentre et il se prépare son dîner. Au top, Matteo. Les trois jours suivants sont absolument parfaits. Puis vient le quatrième jour. Matteo sort tard du travail et il n’a pas le temps de se préparer à manger. Il prend un truc dans le restaurant libanais en bas de chez lui. Ce n’est pas gras, il a pris du riz et du poulet et bon il a craqué pour des baklavas en dessert, finalement c’est peut-être un peu gras quand même. Bon c’est pas grave, non ? Il a mangé sainement les autres jours. Sauf que le lendemain, fatigué d’avoir travaillé tard, il n’arrive pas à se lever à temps pour aller à la salle de sport. Pas grave non plus, n’est-ce pas ? Il se prépare un bon petit déjeuner, c’est déjà ça. Mais maintenant, il sait qu’il peut faire des écarts. Il s’est déjà dit que « ce n’est pas trop grave ». Il va à la salle la fois suivante. Puis la fois d’après non. Puis petit à petit, ça se décante. Et tout redevient comme avant : adieu la nourriture saine dont il rêvait, adieu les abdominaux en chocolat, la salle de sport le remercie pour l’abonnement qu’il paie et pour son absence sur les machines, ça fait de l’argent quand même et plus de place pour les autres.

Je crois qu’on est nombreux à être passés par là. Je suis passée par là, je n’ai vraiment pas peur de le reconnaître. Et j’ai mis du temps à comprendre où je faisais des erreurs. Bien sûr que ce n’est pas grave de rater une séance de sport ou de faire un écart de repas dans la semaine. C’est grave quand ça devient une habitude parce que les progrès se font alors moins rapides, on voit moins vite le résultat et petit à petit, on lâche tout. À quoi bon fournir tous ces efforts si c’est pour ne pas avancer au final ?

Et c’est pareil avec l’écriture. Pourquoi est-ce que je compare le fait de faire du sport et le fait d’écrire ? Parce que dans les deux cas c’est un travail de longue haleine, qui requiert une forte notion d’engagement. On ne va pas obtenir des abdominaux en béton du jour au lendemain, de la même manière qu’un roman ne va pas s’écrire en un clin d’œil. Il faut du temps, il faut s’astreindre à une discipline (une discipline qui vous convient quand même, ne soyez pas trop dur avec vous-même, il y a un juste milieu, un équilibre à trouver).

Arrêtez les excuses, elles sont bonnes pour les autres. Oui, vous allez vouloir faire autre chose. Oui, il y a des jours vous n’aurez pas envie, vous ne serez pas dans l’humeur de faire du sport ou d’écrire. Vous savez pourquoi on parle d’engagement dans une relation amoureuse ? Parce qu’une relation amoureuse c’est aussi du travail, c’est être persévérant et patient, c’est s’engager envers l’autre. Et est-ce que ça dure trois semaines ? Ou trois jours ? Non, ça dure plusieurs années et parfois pour toute la vie.

L’engagement s’inscrit dans le temps. 

Je vais poser une question importante : est-ce que vous êtes engagés ou est-ce que vous êtes intéressés par ce que vous faites ? Parce que ça fait toute la différence. Si vous êtes intéressés par l’idée de finir votre roman, vous allez trouver toutes les excuses, toutes les raisons qui font que vous n’y arriverez pas, que vous pouvez repousser cette tâche. Si vous êtes engagés, vous allez laisser tomber les excuses, vous allez trouver le temps qu’il vous faut et vous aller vraiment le faire. 

Parce que quand on est engagé, on ne baisse pas les bras au moindre obstacle. Si on manque de connaissances, on les apprend. Si on manque de compétences, on les obtient. Il n’y a pas d’obstacles, il n’y a que des solutions à trouver. Votre point de vue sur une situation, sur un projet, change selon que vous êtes engagés ou intéressés. L’engagement c’est la notion d’obligation. Ce n’est pas « je ne peux pas ou je ne vais pas y arriver« , c’est « je dois y arriver« . Et c’est difficile de passer de l’intérêt à l’engagement, parce que ça veut dire qu’on laisse partir toutes les excuses qui nous berçaient et nous permettaient de nous dire que ça n’arriverait jamais. Et en fait, c’est flippant de se dire qu’on va VRAIMENT essayer et que peut-être, ON VA Y ARRIVER.

Vous savez, tous ces rêves que vous avez écrit sur un bout de papier en espérant un jour les accomplir ? Il est temps de vous poser la question : est-ce qu’ils vous intéressent ou est-ce que vous êtes prêts à vous engager pour les réaliser ? Et si vous êtes prêts, j’ai une autre question pour vous : c’est quoi le plan ? Lancez-vous, trouvez les étapes qui vous amèneront à réaliser votre rêve, votre envie, votre projet. Et soyez engagés.

Ce qui nous amène à un autre sujet, que je traiterai dans un prochain article : la vie est courte. Est-ce que vous voulez vraiment la passer à faire uniquement des choses en étant intéressé ? Quand vous serez au bout de votre vie, est-ce que vous aurez des regrets ? Est-ce que la vie finalement, ce n’est pas passer le temps jusqu’à sa mort ? Et dans ce cas, est-ce que vous êtes vraiment en train de « passer le temps » comme vous le souhaitiez ? Notre temps est limité malheureusement, ce serait peut-être bien de le passer à faire des choses qui vous plaisent, qui vous transportent, qui vous engagent… (hum hum oui on y revient hein ?)

 

Bon bien sûr, sur une note plus douce, il n’y a aucune obligation d’être engagés si vous n’avez pas envie de l’être. Et puis je rappelle que ces articles que j’écris ne sont que le reflet de mon opinion personnelle, basée sur mon expérience personnelle, en aucun une vérité universelle, c’est simplement ce en quoi je crois. Vous avez peut-être un avis différent et c’est très bien 🙂 Je pense, à titre personnel, que c’est ce qui fait que j’ai réussi à réaliser mon rêve et à vivre de mon écriture : parce que du jour au lendemain, j’ai décidé que j’étais engagée. J’ai arrêté les excuses du genre « je suis fatiguée » ou « j’ai du travail au bureau, il vaut mieux que j’utilise ce temps pour avancer » (ce qui en plus était un mensonge à moi-même car je n’ai quasiment jamais fait une seule heure supplémentaire de travail dans mon dernier CDI) ou « ce que j’écris c’est de la merde » parce que devinez quoi ? Se rabaisser c’est aussi une excuse pour se convaincre qu’on ne va pas y arriver. La plupart du temps, on est son propre obstacle. Est-ce que ça en vaut la peine d’être son propre obstacle ? Non. Oui ça fait peur, oui il y a des doutes, mais ça vaut la peine de s’engager. Parce que c’est comme ça qu’on commence à accomplir ce qu’on voulait accomplir.

J’ai quitté mon travail pour n’avoir aucune autre possibilité que celle d’être engagée. (Attention j’avais quand même un plan B si ça se passait mal, je ne vous conseille pas non plus de tout quitter si c’est pour vous enfoncer dans des problèmes financiers. Le risque c’est bien, le risque sans réfléchir c’est moins bien.) Et c’est ce jour-là que j’ai compris la différence entre être engagée et être intéressée.

Avant, j’étais intéressée. J’avais des excuses, des circonstances, des histoires que je me racontais à moi-même pour penser à mes buts dans la vie mais pour me conforter dans l’idée que ce n’était pas ma faute si je ne les atteignais pas.

Aujourd’hui, je suis engagée. Je n’ai plus d’excuses. Je n’ai plus d’histoires à me raconter. Je n’ai pas de circonstances qui font que je ne peux pas le faire. Je le fais. Point barre. Je vais au bout. Point barre. Et je ne laisse rien m’arrêter. (enfin dans le respect d’autrui hein, je ne suis pas un bulldozer non plus hihihi)

Et vous ? 

 

7 réflexions sur “S’engager à aller au bout (de son roman, de son projet, de son envie du moment)

  1. Mélanie dit :

    Je te verrai bien écrire un livre de « coaching » pour se motiver à tenir ses bonnes résolutions, s’engager, arrêter de se donner des excuses,… 😉 tu es toujours de bon conseil, tu me reboostes malgré toi quand je te lis ❤ (je suis intéressée… je me fixe des objectifs et des projets dans ma vie, reste plus qu'à m'engager donc). En général je viens à bout de ce que j'entreprends, mais je reconnais qu'avant d'y parvenir je procrastine beaucoup… Ma devise quand je retravaillais mon tome 1 c'était "doucement mais sûrement" ^^' Le fait que Christelle ait pioché mon nom le week-end dernier m'a relancée sur mon tome 2 ^^ je vais essayer de le retravailler plus vite que le premier pour pouvoir vraiment me concentrer sur le 3 ! Tu sais que quand je me lève plus tôt que d'habitude pour me plonger dans mon manuscrit, je pense à toi ? 😉 Allez je lis un peu et je me remets sur mon roman !

    Aimé par 1 personne

    • Jupiter Phaeton dit :

      Hello Mélanie ! Merci beaucoup pour ton commentaire ! Hahaha je ne sais pas si j’arriverais à écrire un livre de coaching mais je te remercie de songer que j’en suis capable. Mais j’aurais du mal à tenir un livre de bout en bout sur le sujet parce que je pense que ce sont des tous petits sujets à gauche et à droite qui m’intéressent, je n’ai pas de « méthode » à proposer.
      Félicitations pour le travail que tu es en train d’effectuer sur ton tome 2 puis sur le 2 ! J’ai tellement hâte de te lire ! Et c’est gentil de penser à moi quand tu te lèves tôt hihihi !

      J'aime

  2. chasseusedebonnesnouvelles dit :

    Bonjour,

    J’ai décidé de me mettre à l’écriture d’un roman, mais j’avoue que devant l’ampleur de la tâche j’ai parfois envie de laisser tomber ! J’essaie de me motiver en me disant que dans la vie on n’a rien sans rien, mais je me demande comment font les écrivains pour se motiver !

    Aimé par 1 personne

    • Jupiter Phaeton dit :

      Bonjour Chasseuse de Bonnes Nouvelles (j’aime l’idée derrière ce pseudo !) ! Merci pour ton message. Je crois qu’il faut découper son roman en petites étapes pour sentir qu’on avance, car effectivement c’est quelque chose d’une grande ampleur. Il faut y aller petit à petit, jour après jour, en se donnant un objectif qui peut être au temps passé dessus par jour, au nombre de mots, ou autre chose. Si par jour ce n’est pas possible en raison du temps disponible à accorder au livre, ça peut être par semaine 🙂 Et pour se motiver, rien de tel que d’avoir dans ses contacts d’autres amis écrivains qui peuvent te donner un coup de boost quand tu en as besoin, et surtout : un ou plusieurs lecteurs auxquels tu envoies ton avancée régulièrement, pour qu’ils te réclament la suite et te donnent envie de continuer.

      Aimé par 1 personne

      • chasseusedebonnesnouvelles dit :

        Bonsoir Jupiter, merci pour tes conseils ! Il est vrai que je manque de temps à consacrer quotidiennement à l’écriture, ce qui rend la chose plus difficile. Tu as raison, je vais essayer de me fixer un temps par semaine. En revanche, je n’ai pas d’amis écrivains !

        Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s