Du jeu de rôle à l’écriture de roman : interview de Fred Marty

Fred Marty, auteur de Les Aventures de Sherona et Les Chroniques de Gabriel, verse dans l’écriture depuis qu’il a 13 ans ! À fond dans le jeu de rôle, il concevait déjà des histoires. Je ne connais le jeu de rôle que de très loin, n’ayant jamais joué moi-même et peut-être que le seul exemple de bribes de partie que j’ai c’est une scène dans Stranger Things. Heureusement, Fred Marty est là pour éclairer nos lumières sur ce point, mais aussi bien sûr pour nous parler de son parcours d’écrivain. Je peux vous dire après avoir réalisé cette interview, que le jeu de rôle, ça a l’air sacrément formateur pour rédiger un scénario par la suite !

 

Vous pouvez trouver les livres ici.

 

Jupiter : Depuis quand écris-tu ?

Fred Marty : Ha, je ne sais jamais comment répondre à ça 🙂
Des romans « pour de vrai » c’est en 2011 que je m’y suis mis. Par contre, je crée des scénars de JDR depuis très longtemps, pas rédigés puisque utilisés uniquement par mes joueurs et moi, mais je conçois des histoires depuis les années 90, grosso modo. Il me semble que la première fois où je me suis dit que je voulais écrire, c’était pour faire un livre dont vous êtes le héros et j’avais 13 ans (en 89 donc).

Jupiter : Oh tu as fait du JDR ? Tu en fais toujours ? J’ai toujours rêvé de m’y mettre. Est-ce que tu peux expliquer à nos lecteurs de quoi il s’agit ? Et en quoi est-ce que c’est très complexe ?

Fred Marty : Vous avez plusieurs jeunes gens autour d’une table, mais ils ne vont pas jouer au Monopoly™. L’un d’eux a une fonction appelée Maître de Jeu (MJ) et il a préparé un scénario par exemple de James Bond, un jeu de rôles qui s’inspire des films du même nom.

Le Maître de Jeu est le seul à connaître le scénario, avec par exemple un scénario classique de film de James Bond, avec un Grand Méchant qui veut dominer le monde, une femme fatale, des gadgets, des dangers, etc.

Chacun des autres joueurs interprète un personnage. Par exemple un joueur interprétera James Bond, un autre son cousin, un autre encore Félix Leiter son ami de la CIA, etc.

À l’inverse du théâtre, les rôles ne sont pas écrits.

Le Maître de Jeu va présenter une situation aux joueurs, ceux-ci vont réagir à cette situation, le Maître de Jeu va à son tour réagir aux actions des personnages en tenant compte de son scénario, etc. Tout cela se passe par le dialogue.

Ce qui est complexe pour le MJ est de s’adapter à tout ce que les joueurs vont imaginer pendant la partie. Il existe plein de systèmes de règles différents, plus ou moins compliqués, pour s’y mettre progressivement, donc ce n’est pas super difficile pour le joueur.

Jupiter : Est-ce que tu peux nous donner un exemple d’action et de ce que ça donne pour qu’on s’imagine un peu mieux ?

Fred Marty : Un exemple un peu bateau : les personnages veulent entrer dans une ville médiévale. Les portes sont fermées, il y a deux gardes à l’air patibulaire mais presque devant la lourde herse. Ils sont en cotte de maille et portent une hallebarde. Ils arrêtent tous ceux qui veulent entrer, leur parlent et les envoient bouler.

En tant que MJ, je décris cette scène aux joueurs (avec plus de détails sur l’ambiance et tout) et leur dit « que faites-vous ? »

Dans un livre dont vous êtes le héros, tu aurais « parler aux gardes, allez au 1. Essayer d’escalader le mur hors de leur vue, allez au 2 », etc. Ici c’est à eux de décider. Si l’un d’entre eux décide d’approcher, on joue la scène comme au théâtre. Le joueur incarne son personnage, moi je joue le rôle des deux gardes et on parle.

Si ça se passe mal et qu’on doit arriver à de la bagarre, par exemple, on fait appel aux règles de jeu. Chaque joueur a une fiche de perso qui indique s’il est costaud, agile, s’il sait se battre, lancer des boules de feu, et ainsi de suite. Ces règles permettent de rendre le jeu un minimum objectif, ce n’est pas le MJ qui décide si le coup porte ou pas.

Voici un autre exemple qui montre comment le Maître de Jeu doit parfois improviser. Les joueurs étaient dans un village de type médiéval avec un tueur en série. Il laissait des morceaux de réglisse rouge sur ses victimes. Il n’y avait qu’une boulangère les préparant dans tout le village.

Dans mon scénar, j’avais 2 lignes concernant cette femme : « Elle s’appelle machin. Si on lui pose la question, elle dira avoir des habitués des réglisses rouges et donnera ces 5 noms ». C’est tout, elle n’avait aucune importance dans l’histoire. Mes joueurs ont imaginé que les réglisses étaient empoisonnés, voire magiques et ont pensé qu’elle était dans le coup. Ils m’ont dit qu’ils allaient la suivre, regarder où elle vit, peut-être aller cambrioler sa maison pour trouver des indices…

Donc je dois inventer à la volée ce qu’elle fait à la fin de sa journée, où elle vit (j’en ai aucune idée), si elle habite sur place, si elle a une famille, comment ça marche dans ce monde médiéval, improviser un plan de la maison parce qu’on me demande comment se placer et s’il y a des fenêtres, etc. Et ça, il faut le faire sans que les joueurs ne s’en rendent compte. Sinon ils pensent « Ah ! Fred n’a rien sur elle dans son scénar, c’est donc une fausse piste ». 😊

C’est entre autres là où la personnalité du MJ joue beaucoup. Ce que tu vas inventer à la volée en dit beaucoup sur ta personnalité en fait.

Jupiter : C’est super détaillé ce que tu me décris, et très improvisé, ça nécessite beaucoup d’imagination et de talent ! Et comme tu dis, ça en révèle beaucoup sur ta personnalité… mais euh est-ce qu’on peut repérer les psychopathes à travers ce jeu ? Si le MJ passe son temps à parler de trucs sanglants ? *rires*

Fred Marty : Si le MJ prend un malin plaisir à te mettre des scènes sanglantes pour te mettre mal à l’aise, il y a peut-être quelque chose à creuser 😀

Jupiter : Est-ce que tu préférais être joueur ou Maître de Jeu ? Il me semble que c’est le Maître de Jeu qui a besoin d’avoir le plus d’imagination, non ?

Fred Marty : MJ de très loin. J’ai dû faire ça 90 % de mon temps sur ces 30 dernières années. J’aime bien interpréter des histoires, jouer l’arbitre et faire en sorte que tout le monde s’amuse (et moi aussi accessoirement).

Jupiter : Les amis avec lesquels tu jouais, se sont-ils également mis à l’écriture ?

Fred Marty : Non. C’est là où les réseaux sociaux m’ont beaucoup aidé justement. Si j’avais dû me limiter à mon entourage, je n’aurais eu personne pour m’accompagner.

Jupiter : Pour le jeu de rôle ? Tu as rencontré des camarades de jeu de rôle en ligne, c’est ça ? (pas sûre d’avoir bien compris ta réponse désolée !)

Fred Marty : Aucun de mes amis rôlistes ne s’est mis à l’écriture. Donc quand je voulais écrire un roman, personne ne pouvait vraiment m’aider à avancer, à comprendre comment ça marche, etc. J’ai rencontré un grand nombre de personnes sur Twitter qui m’ont énormément apporté à ce niveau. Donc, au final, on critique beaucoup les réseaux sociaux et il y a de quoi, mais si on les utilise bien on peut se retrouver à parler avec des gens bienveillants et compétents sur absolument n’importe quel sujet, où qu’ils se trouvent. Et c’est plutôt fabuleux quand on y pense. En tout cas, je vois la différence entre avant et après (tout comme le fait d’écrire / faire du JDR avant et après Internet).

Pour les rôlistes, ce sont des potes IRL d’abord que je pervertis honteusement:p

Jupiter : Comment ton entourage percevait-il ou perçoit-il encore cette passion du JDR ?

Fred Marty : Je suis un peu le dernier des Mohicans. C’était assez masculin comme passion fin années 80, début années 90, même si j’ai eu le plaisir d’avoir plusieurs fois des filles / femmes à mes tables. Ça semblera cliché, mais tu as des paliers dans la vie des gens où tu les perds pour ce genre d’activité.

D’abord, tu as ceux qui ont une copine et n’ont plus le temps (souvenir ému d’un pote se désistant pour les parties, prétextant que sa copine ne voulait pas. Or, je connaissais bien la miss en question, à qui j’en ai parlé et qui l’a pourri parce qu’elle n’avait rien contre et qu’elle aurait même été bien contente qu’il lui lâche la grappe un soir par semaine en jouant avec nous (cette phrase est affreusement longue et alambiquée :D))

Après, tu as le palier plus violent de la fin des études et du début de la vie professionnelle où il ne reste plus grand monde. Les rares survivants s’en vont quand ils deviennent parents. Je suis le seul cinglé marié et père de famille qui veut toujours lancer des dés autour d’une table pendant 8 heures d’affilée 🙂

Jupiter : Est-ce que tu te vois composer un ouvrage à plusieurs mains, un peu comme le JDR ?

Fred Marty : J’ai écrit une nouvelle à 4 mains avec une amie (La dernière mouche avant la fin du Monde), publiée depuis quelques mois, et on avait le projet de faire un roman ensuite. Ça demande un temps colossal et il faut s’assurer des disponibilités et de la motivation des 2 pendant plusieurs mois. C’est génial à faire, je suis d’ailleurs hyper fier de la nouvelle qu’on a commise, mais je ne pourrai le faire qu’avec très peu de personnes. Sans compter qu’il faut que le style soit compatible et qu’on s’accorde sur l’histoire.

Jupiter : Est-ce qu’il y avait des difficultés dans le fait de passer de l’écriture de JDR à celle d’un roman ? Est-ce qu’il y a des « codes d’écriture » que tu as eu du mal à maîtriser ?

Fred Marty : Oui, dans l’écriture, je suis obligé de tout décider. Alors qu’en JDR, je scénarise. Je décide de tout l’environnement, des motivations de tous les protagonistes et ensuite je m’adapte aux événements. Ça aide dans l’écriture parce que je ne me perds jamais dans mes intrigues, je suis capable de retomber tout le temps sur mes pattes à cause de cette habitude d’envisager plein de possibilités. Mais j’ai trouvé ça un peu terne de ne pas être « challengé » par des joueurs imaginatifs qui me poussent dans des directions auxquelles je n’aurais pas pensé tout seul. Et comme j’ai beaucoup joué avec les mêmes personnes, je faisais aussi attention à ne pas répéter de schémas prévisibles. Là aussi, ça aide pour l’écriture, je pense toujours « attends, ce coup-là du personnage qui n’a l’air de rien mais qui sait tout, je l’ai déjà fait dans un autre bouquin. Faut me renouveler ».

Jupiter : Est-ce que tu peux nous parler un peu plus en détails de l’univers de tes romans ?

Fred Marty : Pour Gabriel, c’est une histoire d’univers parallèle où les créatures des mythes et légendes se trouvent de l’autre côté. À certains endroits, le voile entre les mondes est plus fin et c’est ainsi que sont nées nos histoires de monstres. Dans beaucoup d’univers fantastiques, les éléments surnaturels sont déjà connus de certains initiés (ex : les bars à démons / vampires). Ici, je voulais commencer l’histoire plus tôt, donc pratiquement personne ne peut aider les personnages à comprendre ce qu’il se passe.

J’ai cherché aussi des éléments surnaturels différents des habituels vampires, loups-garous et autres sorcières. Du coup, je suis allé piocher dans certains mythes régionaux français et j’ai surtout creusé la mythologie basque. Plus la série avance, plus ces éléments sont présents. Quasi personne ne connaît ces légendes-là et c’est une bonne occasion de surprendre le lecteur.

Quant à Sherona, j’ai commencé par définir ce dont je ne voulais pas : pas d’elfes, pas de nains, pas de hobbits, pas d’ancienne civilisation plus avancée qui a laissé des runes et des objets magiques que personne ne comprend (mais y a des dragons, parce que bon…des dragons quoi !). On est sur un niveau technologique de début Moyen Âge, à peine sorti de l’Antiquité et c’est le plus évolué qu’il y ait eu.

Ensuite, j’ai choisi différentes civilisations pour construire mon univers qui est un empire qu’un homme a assemblé de force. Les cultures « régionales » existent toujours et cohabitent. Je suis allé piocher chez les islandais, les mayas, les incas, les perses, les russes et les japonais.

Contrairement à un Tolkien ou G.R.R. Martin, je pars des personnages pour faire découvrir l’univers et je ne dévoile pas tout dès le début. Sherona ne sait pas grand-chose du monde qui l’entoure, comme 99 % de ses contemporains. Son meilleur ami, Jasper, en sait plus et il a l’ambition de cartographier le monde qui est plutôt dangereux donc on ne voyage pas comme ça. Et les cultures régionales se mélangent mal. Au fur et à mesure de la série, un peu comme le Disque Monde, je vais enrichir l’univers et le faire découvrir au lecteur.

Enfin, l’univers de Sherona est construit sur plusieurs mensonges majeurs. Pour des raisons différentes, ils sont tous en train de s’écrouler et le monde va changer dramatiquement. À chaque tome, je décide de quel mensonge majeur je vais parler et duquel je parlerai au prochain pour distiller des indices.

Jupiter : Est-ce qu’on retrouve un peu du JDR dans tes romans ?

Fred Marty : Beaucoup. Sur Sherona, c’est carrément une campagne de JDR novellisée et relocalisée dans un univers maison. Quant à Gabriel, on m’a dit une fois qu’on entendait rouler les dés en lisant mon livre :p

Donc oui, ça se voit dans la façon de gérer des temps rapides et d’autres plus lents, notamment.

Jupiter : Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Fred Marty : En 2011, j’en ai eu ras le bol de ce que je vivais. J’ai remis à plat absolument tout ce que j’aimais, ce que je voulais vivre, où, quand, comment… la totale. Certains appelleront ça une crise de la quarantaine avant l’heure, mais c’était plus profond qu’avoir envie d’une Ferrari avec une blonde au gros pare-choc sur le siège passager. Dans ce contexte, j’ai eu envie de mener enfin à bien un projet d’écriture, je tournais autour depuis très longtemps sans jamais avoir réussi à finir.

Je me suis beaucoup battu avec moi-même pour ça, j’ai suivi une masterclass de Christopher Vogler en 2012 à Lyon (sa première en Europe) pour apprendre la méthode du Voyage du Héros et ça m’a considérablement aidé pour terminer mon premier roman.

Jupiter : Est-ce que tu peux nous parler de ce qui a provoqué ce ras le bol ?

Fred Marty : Ne pas oser faire ce que je voulais et suivre le seul chemin qui me semblait possible. Oser prendre des risques.

Jupiter : Je ne connais pas Christopher Vogler (j’ai googlé depuis bien sûr mais pour nos lecteurs…), est-ce que tu peux nous expliquer en quoi consiste cette méthode si ce n’est pas confidentiel ?

En quelques phrases, Vogler s’appuie sur un travail universitaire, appelé le voyage du héros (ou monomythe), écrit par Joseph Campbell qui s’est aperçu que plein d’histoires contées de tout temps dans nos civilisations avaient une structure narrative commune.

Vogler recevait les propositions de script pour Disney et s’était fait un fascicule de 8 pages pour détecter les problèmes de récit et voir si les scripts tenaient la route ou pas. Quand il s’est aperçu que tout le monde se refourguait son manuel, il en a fait une méthode d’écriture, adaptée aux romans et aux œuvres cinématographiques.

Aujourd’hui, c’est très très utilisé dans le cinéma au point que cette méthode est décriée, car on pourrait lui reprocher de trop normaliser le récit. Après, chacun en fait ce qu’il veut au final, donc ce n’est pas un travers inhérent à la méthode.

Les vidéos de présentation de cette méthode par Alexandre Astier pour cette formation de 2012 sont toujours en ligne : https://vimeo.com/44396142. C’est 6 fois 5 minutes, c’est hyper pédagogique (c’est Astier aussi…) et on comprend vite l’intérêt.

Pour en voir une application très simple, revoyez le film Matrix. Ça suit Vogler à la lettre et les transitions entre les étapes sont très marquées.

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté comme métier ?

Fred Marty : Je suis responsable informatique dans une start-up qui marche très très bien et grandit beaucoup, donc je ne m’ennuie pas. J’écris la nuit, une fois mon travail d’informaticien fait et une fois mon travail de papa et mari fait aussi : p

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu édité par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Fred Marty : C’est complètement un choix l’auto-édition. Dans mon premier roman (les Chroniques de Gabriel T.1), celui commencé en 2011, j’ai tellement galéré pour le finir que je craignais vraiment que le proposer à des éditeurs ne me coupe dans mon élan. Je n’ai aucune formation, aucune référence et les maisons d’édition sont saturées de manuscrits (dont plein de très bons, faut pas croire). Donc j’ai voulu faire ma vie en indépendant, aller jusqu’au bout du projet et donc publier moi-même. Et je ne le regrette pas, j’aime beaucoup cet aspect. Je n’ai pas le temps de faire tout ce que je voudrais, mais ce côté freelance me plaît énormément.

A côté de ça, il y a un titre qui devrait sortir en papier chez un éditeur car c’est un livre assez particulier (livre dont vous êtes le héros). La campagne Ulule pour financer sa sortie avec plein d’autres LDVELH est en ligne :

https://fr.ulule.com/livres-jeux-posidonia-2019/

Du coup, je vise d’être un auteur hybride qui choisit de faire ou de faire faire selon la situation 🙂

Jupiter : Par quelle plateforme es-tu passé pour l’auto-édition ? Amazon ? Tu avais benchmarké l’ensemble ?

Fred Marty : J’ai testé l’ensemble pendant un an. Amazon faisait 90 % des ventes. Passer en exclu m’a ouvert le programme KDP qui vend plus que les autres plateformes…y a pas photo. On peut déplorer l’omniprésence d’une plateforme, mais c’est un fait.

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Fred Marty : Je cherche à écrire des livres plutôt positifs où on passe un bon moment, avec des personnages fouillés, de l’humour, et je recherche pas mal une certaine accessibilité. Je ne veux pas faire de la fantasy où tu te prends un cours d’histoire géo en intro pour tout comprendre. A côté de ça, il y a beaucoup de choses plus compliquées, conscientes ou pas de ma part, en particulier quand il y a une histoire d’amour entre deux personnages. Je ne mets pas en avant le physique, j’en ai marre que hommes et femmes aient toujours des caractéristiques absolument exceptionnelles sur ce plan dans 90 % des livres. C’est plus profond que ça et plus psychologique aussi. Il y a pas mal de choses autour de la famille, de l’amitié, et de la distinction entre choisir les gens avec qui on est plutôt que ceux avec qui on est censé être.

Après, je ne vais pas m’auto-analyser, c’est plus intéressant (et très instructif, voire déroutant) que ce soit des lecteurs qui en parlent 😉

Jupiter : Est-ce que tu traites des sujets qui ont provoqué ton ras-le-bol ?

Fred Marty : Pas directement. En tout cas, je n’y réfléchis pas comme ça, je suppose que c’est plus ou moins transverse à tout ce que je fais dans l’écriture, c’est imbriqué dans ma manière de penser, d’une certaine manière.

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes romans ? Es-tu satisfait sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Fred Marty : ça se passe très bien pour Sherona. Pour de la fantasy auto-éditée, j’atteins des scores équivalents à des maisons d’édition (pas les top players hein) et je ne m’y attendais pas. Sur Gabriel, le démarrage fut plus lent, mais il a un problème de « positionnement marketing » si on peut dire avec un pied dans le young adult et un pied dans l’adult, selon les points de vue. Chose à laquelle je ne m’étais pas intéressé le moins du monde à l’écriture, j’avais autre chose à penser : p

Jupiter : Bravo pour tes ventes ! Est-ce que tu serais ok pour nous indiquer combien tu en as vendu ?

Fred Marty : J’approche les 200 sur Gabriel et les 500 sur Sherona.

L’un dans l’autre, ça se passe plutôt bien. Pour la promotion, par contre, je me cherche encore. Je ne supporte pas les auteurs qui parlent H24 de leurs livres et s’émerveillent du 53e commentaire de leur livre. ça me saoule avec une force… Qu’on soit heureux des retours à la parution, c’est complètement normal et c’est chouette de voir que ça se passe bien. Mais au bout d’un moment, faut arrêter de prendre les gens pour des idiots en faisant penser qu’on a des étoiles dans les yeux à chaque fois 🙂

Jupiter : Qu’est-ce que tu as testé pour la promotion jusque-là ?

Fred Marty : J’ai fait quelques pubs sponsorisées Facebook. En fait, je comprends que ce réseau existe surtout pour les trentenaires et plus. Les vingtenaires (ça se dit?) l’utilisent déjà bien moins et les millenials carrément pas. Du coup, si je promeus Gaby sur ce réseau, je ne toucherai personne.

Je tweet de temps en temps sur mes sorties, en essayant de dire des choses intéressantes et un peu plus sophistiquées que « achetez ma came, c’est trop bien ». Mais je n’arrive pas à mesurer la portée concrète.

Après, il y a la question des salons du livre et des service press auprès des blogueuses (oui, il y a 90 % de femmes, donc ça m’amuse de féminiser le nom). J’ai pas mal expérimenté là-dessus et je suis en pleine réflexion sur les blogs en particulier. Entre autres sur ce qui se passe sur Instagram.

Jupiter : Tu parles de la sphère bookstagram ? (et je ne sais pas si ça se dit les vingtenaires…)

Fred Marty : C’est ça. J’ai l’impression que les Instagrammeuses sont plus prescriptrices que sur d’autres réseaux sociaux en ce moment. Mais ça change tellement vite…

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, lesquelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à tes habitudes, à ton caractère, à ton passé…

Fred Marty : J’ai un style d’écriture fluide et qui se lit bien et dans lequel on entre facilement. Ça me fait très plaisir parce que c’est important pour moi.

Mon passé (qui est aussi mon présent, en fait) de rôliste et maître de jeu fait que je me considère presque plus comme un scénariste qu’un romancier. En tout cas, je construis mes histoires comme ça et ça donne un résultat assez spécifique, au final.

Enfin, le fait d’écrire finalement à 42 ans fait une différence par rapport à ce que j’aurai pu dire à 20 ans. Surtout dans les liens entre les personnages, et pas seulement homme / femme.

Jupiter : De quoi es-tu le plus fier concernant ton parcours d’écrivain ?

Fred Marty : D’y être enfin arrivé. D’avoir fini le premier roman et d’être lancé pour enfin pouvoir raconter tout ce que j’ai envie de dire.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Fred Marty : Arrêtez de croire que c’est facile pour tout le monde sauf vous. Cessez de comparer votre premier jet aux textes très travaillés de votre auteur préféré, vous vous faites du mal pour rien, et heureusement que votre brouillon n’est pas (encore) au niveau de Stephen King ou Neil Gaiman 🙂

Même avec de l’expérience, on passe tous par des phases où on n’aime pas ce qu’on écrit et où on doute. Vous n’êtes pas tous seuls.

 

Merci à Fred Marty pour son temps, ses réponses, son humour et sa franchise ! C’était rafraîchissant de lire ses réponses lors de cette interview.

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