Saurel, prof et écrivain : la fantasy s’invite dans vos cours de français

Si vous croyiez qu’un prof de français ne jure que par Maupassant, Homère et Zola et qu’il est incapable de lire de la fantasy, je vous remercie de revenir sur ce préjugé immédiatement. J’ai la chance et l’honneur de vous présenter l’interview de Saurel, prof de français, auteur de Ne nous laissez pas seulsNe nous laissez pas seuls et de Le siège de Kerdoar. Comme beaucoup d’auteurs, Saurel allie son métier et son activité d’écrivain. Il nous parle de son expérience, de l’auto-édition et bien sûr de ses livres. Sa plume est fluide, agréable, riche en vocabulaire, ce qui vous laisse imaginer la saveur de ses romans… Quoi ? Vous n’avez pas encore testé ? C’est le moment de vous laisser tenter.

 

Jupiter : Depuis quand écris-tu ?

Saurel : J’ai commencé à écrire à douze ou treize ans des « histoires » et des ébauches de romans sur des feuilles de brouillon. Je m’inspirais d’œuvres qui me passionnaient : de BD et de romans comme Croc-Blanc et, plus tard, Le Seigneur des Anneaux. J’écrivais de l’Heroic Fantasy, un genre sur lequel je suis revenu dernièrement et qui, au fond, me correspond le mieux. Ces textes me paraissent aujourd’hui bien maladroits et, pourtant, je suis assez nostalgique de cette période où j’écrivais sans me poser de questions techniques (style, intrigues, enchaînement des épisodes), simplement en me laissant porter par des personnages et une histoire qui me plaisaient. Au lycée, j’ai été interne – ce ne sont pas les plus belles années de ma vie – et j’ai laissé tomber mes manuscrits. Mes camarades de chambre détestaient la lecture, me trouvaient « bizarre ». Je craignais de le paraître plus encore en écrivant le soir, après les cours. Pendant les week-ends ou les vacances, je me suis mis à faire du sport, à remplir de temps à autre les pages d’un journal intime, à composer des poèmes, ce que j’ai continué à faire en fac de lettres. Ce n’est qu’à la fin de mes études que l’envie d’écrire des romans m’a repris. Mais, finies les facilités, la liberté dans l’écriture ! J’avais lu des auteurs classiques et je me posais beaucoup de questions de style. Ce retour à ma passion de toujours a été très laborieux et il n’y a rien de pire que d’avoir des idées plein la tête et de ne pas pouvoir les coucher sur le papier !

Jupiter : Tu avais lu des auteurs classiques ? Quels auteurs ? Et comment se traduisait ce blocage ? Tu voulais écrire mais tu avais l’impression qu’il fallait organiser et réfléchir à ce qui allait sortir de ta plume (enfin de nos jours ça sort plutôt du clavier…) ?

Saurel : Oui, j’avais consacré plusieurs années à me plonger dans les auteurs de l’Antiquité (Homère, Virgile, etc.) et à essayer tant bien que mal de les traduire. Je lisais les grands romans du XIXe (Balzac, Flaubert, Zola, etc.). Je me posais des questions très basiques sur l’agencement de mes phrases et le choix des mots. Mes textes consistaient en des bouts de paragraphes, des pages raturées que j’essayais de raccorder entre elles. Je prenais pour modèle des auteurs immenses qui m’écrasaient de leur génie, comme on peut l’imaginer, et mon style manquait de naturel et de simplicité. J’avais la tête pleine de lectures faites sans ordre et de langues apprises à tout-va. Tout cela avait besoin de décanter.

Jupiter : Quel a été ton déclic pour te mettre à écrire ? Y a-t-il un événement en particulier qui t’a donné envie ?

Saurel : Difficile de répondre. Beaucoup de processus en nous nous échappent. Certes, il y a des événements personnels, familiaux, qui nous ont amenés à l’écriture, mais la plupart du temps nous n’en avons pas conscience. J’ai passé mon enfance et mon adolescence dans un département rural, loin de tout. J’ai grandi dans un petit coin de campagne préservé, un vrai paradis. Mais avec peu de copains, peu d’activités et de distractions à un âge où l’on a envie de s’amuser. Je me suis beaucoup ennuyé. Que ce soit au collège ou au lycée, j’ai trouvé mes camarades de classe vulgaires et brutaux et éprouvé le besoin de me protéger des autres en me réfugiant dans un monde bien à moi, de mettre en scène des héros puissants auxquels je pouvais m’identifier. À la base de mon inspiration, il y a souvent quelque chose qui me laisse insatisfait. Je comble un manque grâce à la fiction.

Jupiter : Est-ce que c’est indiscret de te demander quel âge tu as ? Est-ce que tu penses que même adulte, on comble un manque grâce à la fiction comme tu le dis ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui débute dans l’adolescence et qu’on garde par habitude ?

Saurel : Non, ce n’est pas indiscret. J’approche de la quarantaine. Pour répondre aux deux questions suivantes, je crois que les deux affirmations sont exactes. On soigne grâce à l’écriture des blessures anciennes, des plaies qui ne se sont jamais refermées, et, même adulte, on a besoin de combler toutes sortes de manques. Si j’étais un homme épanoui, je n’éprouverais pas le besoin d’inventer des mondes, des histoires où la vie est plus intense. Je me reconnais beaucoup dans le roi Nominoë de mon roman, qui a longtemps rongé son frein et, une fois sorti de son cachot, a soif de revanche. Cette séquence, jaillie du plus profond de moi-même, où il gravit les escaliers du donjon, a été pour moi un moment de jubilation intense.

Jupiter : Cette scène faisait-elle écho à un sentiment ou une scène particulière de ta vie ?

Saurel : Probablement. Mais, encore une fois, je ne me suis pas dit « Je vais exprimer là-dedans une soif de revanche personnelle et le mieux serait de présenter un courageux guerrier prêt à en découdre avec tous ses ennemis. » Non. La scène s’est imposée à moi quand j’ai préparé le scénario de mon roman. Je l’ai réécrite plusieurs fois, avec une joie qui grandissait à mesure que j’approchais de la séquence telle que je la voyais dans mon imagination.

Jupiter : Peux-tu me décrire brièvement ton parcours d’études, puis ton parcours professionnel ?

Saurel : Mes études m’ont amené à beaucoup voyager. J’ai passé d’abord un bac S, mais les maths ne m’intéressaient pas du tout. J’ai tout plaqué pour m’inscrire en fac de lettres. J’ai étudié dans le sud de la France, à Lyon, en Bretagne et en Italie. Après un voyage d’un mois en Chine, j’ai préparé les concours de l’enseignement en candidat libre à Paris. Je suis devenu prof dans un petit collège de province et, récemment, en lycée.

Jupiter : Tu es prof de… lettres ? (je tente ma chance)

Saurel : Exact.

Jupiter : As-tu choisi l’auto-édition ou es-tu édité par une maison d’édition ? Pourquoi ?

Saurel : Comme je l’explique un peu plus bas, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à différentes maisons d’édition, sans résultats. C’est pourquoi je m’intéresse davantage à l’auto-édition. J’ai publié deux romans sur Amazon et Kobo.

Jupiter : Est-ce que tu écris à temps plein ? Si oui, que faisais-tu avant d’écrire ? Si non, que fais-tu à côté ?

Saurel : Je n’écris malheureusement pas à temps plein, même si c’est mon vœu le plus cher et que j’aimerais me consacrer entièrement à ma passion. Je suis prof en collège et lycée. Un métier qui a beaucoup d’avantages et où l’on prend plaisir à échanger avec des élèves autour de livres, à préparer des cours pour les former. Ces dernières années, néanmoins, j’ai eu affaire à des classes difficiles, des élèves que rien n’intéresse et qui recherchent le conflit. J’ai de plus en plus de mal à faire ce métier. Heureusement que j’ai de longues vacances pour me plonger dans mes histoires de chevaliers errants, de princesses et de monstres !

Jupiter : J’ai plein de questions suite à cette réponse *rires* prépare-toi !

Qu’est-ce qu’il te manque pour faire de l’écriture un métier à temps plein ? Est-ce que c’est uniquement l’aspect financier ? Est-ce que tu as déjà réfléchi à ce que tu ferais de tes journées si demain tu étais écrivain à temps plein ? Comment est-ce que tu imagines ça ?

L’enseignement c’est quelque chose d’exceptionnel à mes yeux, à chaque fois que je découvre un enseignant, je me dis : « bon sang mais quel courage ». Est-ce que c’était une vocation pour toi ? Comme tu as la chance de pouvoir observer la prochaine génération, est-ce que tu ressens beaucoup de différences avec cette nouvelle génération dans la manière d’aborder le livre, la lecture et l’enseignement ?

Saurel : Je suis prêt… C’est effectivement l’aspect financier qui m’empêche de me consacrer à l’écriture à temps plein. J’ai contracté des dettes ces dernières années et il m’a fallu faire des heures supplémentaires pour les rembourser. Aujourd’hui, je suis plus à l’aise et, quitte à vivre chichement, je songe de plus en plus à me consacrer uniquement à ma passion. Je diviserais alors ma semaine en deux moitiés : trois jours entièrement dédiés à l’écriture et trois à la lecture et à une étude approfondie d’auteurs qui me permettraient de m’améliorer en tant qu’écrivain. Voilà pour la semaine idéale… Mais j’ai beaucoup de mal à me discipliner. J’ai des périodes d’exaltation où je me consacre à des dizaines de projets – et me disperse – et d’autres où je suis assez… amorphe. On ne se refait pas.

L’enseignement n’était pas une vocation pour moi. Je me suis découvert une passion pour les langues anciennes aux alentours de dix-huit ans et me suis lancé à corps perdu dans des études de lettres classiques, sans vraiment me demander où cela me mènerait. Mes diplômes en poche, il m’a bien fallu gagner ma vie. Mes premières années dans l’enseignement ont été très difficiles. Je suis passé de cours passionnants à la fac au brouhaha des salles de classe. Puis, je me suis adapté à mon métier, j’ai pris un certain plaisir à élaborer mes cours, mes rapports avec mes différentes classes se sont améliorés. Aujourd’hui, cependant, je suis fatigué, usé par ce métier, et je songe tout simplement à démissionner. Les élèves sont de plus en plus durs. La plupart ne viennent en cours que pour bavarder et s’amuser avec leurs copains et l’on ne peut rien attendre des parents ou de notre hiérarchie. Triste constat… La nouvelle génération a une capacité de concentration extrêmement limitée et n’accepte aucune forme de contraintes. L’enseignant doit déployer une énergie considérable pour capter l’attention de sa classe, varier sans cesse les activités et les modalités pédagogiques (cours dialogués, temps d’écriture, séquences vidéo, etc.). La plupart des élèves, même en lycée, sont incapables de lire des classiques et même de la littérature contemporaine. Il leur manque du vocabulaire et ils décrochent au bout de quelques pages.

Il n’en reste pas moins que la mythologie passionne les élèves de tous âges, de même que les histoires de chevaliers. Il y a également des ado que l’on voit toujours un livre à la main et qui prennent plaisir à échanger avec leur prof de français après les cours. Les gros lecteurs existent toujours. Je suis donc persuadé que la littérature a malgré tout de beaux jours devant elle. Une partie des jeunes se plongera toujours avec délice dans de bons romans.

Jupiter : Tu dis que tu songes de plus en plus à te consacrer à temps plein à l’écriture, est-ce que tu te vois démissionner à court terme ? moyen terme ? Est-ce qu’il y aurait des ajustements à faire dans ton quotidien pour y parvenir ? Est-ce que tu dirais que ça en vaut la peine ?

Saurel : L’Éducation nationale est une administration très lourde. On peut demander des temps partiels, mais il est difficile de les obtenir. D’une manière générale, le peu de temps que l’on consacre à ce métier empêche de faire autre chose à côté. Après avoir supporté des quatrièmes ne serait-ce qu’une heure, on ne peut pas se plonger dans les romans que l’on écrits. Je compte effectivement démissionner à court terme. Là encore, c’est une démarche complexe pour obtenir très peu de droits. Il faut demander sa démission par lettre et le rectorat peut ne pas l’accepter. J’ai la chance d’avoir des lycéens charmants cette année, mais j’aurai quelques heures de collège l’année prochaine. Je crains qu’un ado en crise ne me pousse à l’abandon de poste. En plein cours, je risque de ramasser mes affaires et de laisser toute une classe en plan en claquant la porte !

Ce ne serait pas très grave… J’aurais alors la possibilité de vivre dans une maison familiale, plutôt que de payer un loyer et des impôts qui absorbent tout mon salaire. Je pourrais me consacrer entièrement à ma passion et ça, ça n’a pas de prix.

Donc, oui, je compte bien, sous peu, me consacrer à l’écriture à temps plein.

Jupiter : Peux-tu me parler de tes romans ? Combien y en a-t-il ? Écris-tu toujours le même genre ou y a-t-il des genres différents ? Comment t’est venue l’idée de ton premier roman ?

Saurel : De tout ce que j’ai écrit, je n’ai gardé que deux romans et quelques poèmes. L’un de ces deux romans est psychologique, l’autre relève de l’imaginaire, de la Fantasy.

Je n’ai pas vraiment terminé les « histoires » que j’écrivais adolescent. Elles partaient dans tous les sens et s’enrichissaient sans cesse de nouvelles trouvailles. L’idée de mon premier roman m’est venu d’une amourette quand j’étais étudiant en Bretagne. J’avais vécu des moments intenses et j’ai voulu en tirer une sorte de « romance ». C’est un texte long et très inégal dont je relis certains passages avec plaisir, mais qu’il me faudrait reprendre.

J’en viens aux deux romans que j’ai mis en ligne sur Amazon : Ne nous laissez pas seuls et Le Siège de Kerdoar. Le premier s’inspire de mon expérience d’enseignant. Plutôt que de placer des éléments de mon vécu et de chercher ensuite à les combiner, au petit bonheur, comme je procédais auparavant, j’ai fait se rencontrer un prof imbu de sa personne et un élève qui manque d’affection et cherche à se faire remarquer. J’ai laissé l’histoire se développer : deux récits alternent avec un adolescent qui subit des moqueries et un harcèlement de plus en plus cruels, et son prof de français qui ne voit rien à cause de ses problèmes de couple.

Dans mon dernier roman, je suis revenu à mes premières amours : la Fantasy. J’aime beaucoup la mythologie et les épopées anciennes, Le Seigneurs des anneaux et Le Trône de Fer de George R. R. Martin. J’ai imaginé ainsi une cité portuaire attaquée par un monstre gigantesque, ai multiplié les rebondissements, les trahisons, les courses-poursuites, les duels et les batailles. On croit à plusieurs moments que tout est perdu, mais on se rend compte très vite que le roi de Kerdoar et sa fille n’ont pas dit leur dernier mot.

Je me suis donc consacré à des genres assez différents. J’ai commencé par la Fantasy, ai fait un long détour avant d’y revenir. Enfin, je crois avoir trouvé mon style et ma voie. Il se faisait temps !

Jupiter : Est-ce qu’il y a un autre roman en préparation ? Combien de temps te prend l’écriture d’un roman ? Quand écris-tu ? Est-ce que tu as mis en place des habitudes spécifiques, est-ce que tu t’imposes un rythme particulier ?

Saurel : J’essaie d’écrire un roman par an. J’ai respecté les délais pour Ne nous laissez pas seuls, mais pas pour Le Siège de Kerdoar, pour lequel il m’a fallu deux années environ. J’écris assez lentement. Je travaille d’abord à la main, tape ensuite le manuscrit à l’ordinateur et l’imprime plusieurs fois pour y apporter d’interminables corrections. Il m’arrive de me prendre la tête toute une matinée sur un paragraphe et je crains de relire mes romans, une fois publié, de peur d’y trouver des éléments qui ne me plaisent pas. J’écris pendant les vacances du lundi au vendredi. Je laisse mes pensées se déployer en buvant mon café, fais un peu d’exercices au grand air et m’installe devant mes feuilles ou mon ordinateur. Je fais une sieste après le déjeuner – je suis un gros dormeur – et me remets au travail jusqu’à dix, onze heures, ou minuit, en faisant des pauses de temps à autre. Ces périodes de création intense m’épuisent et sont suivies de semaines où je n’écris pas. De toute façon, je n’en ai pas le temps, puisque je fais cours…

J’ai dans mes tiroirs de nombreux manuscrits que je compte peaufiner : une nouvelle très sombre sur une soirée entre trentenaires qui tourne au cauchemar, une romance à Venise où j’ai été avec Erasmus quand j’étais étudiant et le parcours initiatique d’un guerrier aux cheveux violacés qui doit rentrer au service d’une déesse-mère. Mais c’est surtout à une grande œuvre de Fantasy en trois tomes que j’aimerais me consacrer : la révolte d’un peuple de montagnards contre l’oppression d’un immense empire. J’aimerai écrire aussi un roman sur un monde post-apocalyptique. Beaucoup de projets en somme !

Jupiter : Que cherches-tu à transmettre au lecteur quand tu écris ?

Saurel : Je ne cherche pas à faire passer un message à mes lecteurs. J’éprouve d’abord un besoin, une émotion très vive. Je suis alors dans un état que je qualifierais de « musical ». Je vois comme des séquences de film, des personnages qui deviennent de plus en plus précis. Je fais connaissance avec eux et les étudie au maximum. Dans mes premières œuvres, j’ignorais souverainement toute classification. Aujourd’hui, je tiens compte davantage d’un lectorat potentiel et essaie de coller à un genre et à ses codes. Je ne cherche pas, cependant, à ce qu’il se dégage une morale de mes romans. La littérature ou le cinéma engagés me laissent assez indifférent. Mon but est avant tout de procurer à mes lecteurs quelques heures d’évasion, de leur faire vivre des émotions plus fortes, plus intenses que dans la vie de tous les jours. De mon travail, il émane forcément des valeurs, mais de manière implicite. Dans mon dernier roman, par exemple, il est question d’amour filial, de transmission, de courage et de fidélité.

Jupiter : Comment se passent les ventes de tes romans ? Es-tu satisfait sur ce point ? Que fais-tu pour promouvoir tes romans ?

Saurel : Je ne peux pas dire que je sois satisfait des ventes de mes romans. Elles sont pour le moins confidentielles. En plus de dix ans, j’ai envoyé beaucoup de manuscrits à des maisons d’édition et reçu autant, ou presque, de lettres toutes faites, du type : « Nous avons le regret de vous annoncer que votre manuscrit n’a pas retenu l’attention de notre comité de lecture. » Je crois que l’édition classique croule sous des manuscrits de toutes sortes qui, la plupart du temps, ne sont pas lus. Des amis ayant travaillé dans le milieu m’ont raconté qu’on y rejette des textes pour une faute d’orthographe ou la présentation de la page de garde. Certains apprécient un roman qui n’a pas été relié, perdent les premiers feuillets sur des bureaux encombrés et renoncent à retrouver les coordonnées de l’auteur. Tout passe à la trappe ! Je crois, surtout, que les maisons d’édition traditionnelles sont très frileuses et qu’elles ne sont pas prêtes, quoi qu’elles en disent, à faire confiance à de parfaits inconnus. Elles comptent sur des valeurs sûres. Le copinage joue également un grand rôle.

Je crois davantage à l’auto-édition sur Amazon ou Kobo. Ces plates-formes donnent leur chance à tout le monde. L’auteur installé y est mis sur le même plan que le nouveau venu. Il s’agit simplement de plaire au lecteur. C’est le système américain dans ce qu’il a de meilleur. La loi du marché. Personnellement, cela me pose certaines difficultés. Pour produire un e-book ou un livre broché de qualité, il faut s’entourer ou acquérir des compétences en tant que créateur de couvertures, de correcteur et de publicitaire. On doit tout faire soi-même. Je n’ai malheureusement pas l’argent pour payer des professionnels pour les aspects les plus délicats du travail et je dois reconnaître que mes couvertures laissent beaucoup à désirer. Mais je vais faire des progrès. Promis !

Pour promouvoir mes romans, j’ai créé un blog sur lequel je raconte la genèse de mes différents textes et tire des conclusions sur ce que mes romans m’ont appris sur l’écriture. Sur ce blog, je publie également des nouvelles et des poèmes. Cela peut permettre à des lecteurs potentiels de découvrir mon style et mon univers.

Jupiter : Peux-tu nous donner le lien de ce blog ?

Avis aux graphistes, bêta-lecteurs et correcteurs professionnels : n’hésitez pas à contacter Saurel, ce serait l’occasion de l’aider et de mettre à profit vos connaissances.

Saurel : Bien sûr : http://francois-saurel.over-blog.com/

Jupiter : Quand on voit qu’aux Etats-Unis maintenant, Amazon fait partie intégrante du circuit de diffusion et de distribution et qu’ils s’apprêtent à ouvrir des grandes librairies en 2019 aux Etats-Unis, où ils comptent proposer notamment les meilleures ventes Amazon, qu’elles soient auto-édités ou éditées… Il y a tout de même de grands changements dans l’édition par rapport à il y a dix ans. La liseuse est maintenant un réel concurrent au livre papier dans les pays anglo-saxons, elle reste en marge en France (15% du lectorat). Qu’est-ce que tu imagines pour l’avenir de l’édition et de l’auto-édition ?

Saurel : Je ne me suis pas assez intéressé à la question pour te donner une réponse précise. Je pense néanmoins que l’auto-édition offre de grandes opportunités. Lors d’un séjour en Angleterre, j’ai été surpris du nombre de personnes qui avaient une liseuse en main dans les transports en commun.  Cela va forcément arriver en France. Longtemps j’ai cru que les lecteurs ne se raccrochaient qu’aux auteurs installés et donc aux grandes maisons d’éditions. Mais je me rends compte à présent que de parfaits inconnus, grâce à l’auto-édition, peuvent rivaliser avec les écrivains des beaux quartiers qui bénéficient des grands réseaux de distributions. Le monde change très vite. Il faut tenter sa chance !

Jupiter : Si tu devais mettre en avant trois de tes particularités, quelles seraient-elles ? Elles peuvent être liées à l’écriture, à ton caractère, à ton passé…

Saurel : Tous mes proches s’accordent sur un point : je suis un grand rêveur. « Tu planes ! », me répète-t-on depuis mon enfance et les choses ne sont pas allées en s’arrangeant… Je suis sans cesse plongé dans mes pensées. C’est une lecture qui me passionne et à laquelle je repense, des réflexions qui me viennent sur n’importe quel sujet, mais surtout un roman en cours dont j’imagine la suite. Je suis assez difficile à vivre. Pendant des semaines, plus rien n’existe autour de moi. Le retour à la réalité, avec le travail et les tracas du quotidien, peut alors s’avérer douloureux !

Deuxième particularité : mon goût pour la nature et les paysages de montagne. Une promenade au printemps est pour moi un émerveillement de chaque instant : je flâne, je m’arrête de temps à autre pour observer une fleur ou regarder voltiger un papillon. Dans mes romans, on retrouve souvent des châteaux inaccessibles et des personnages qui escaladent des pentes escarpées.

Concernant l’écriture, je crois avoir une certaine capacité à me plonger dans le monde que je décris. Dans mon dernier roman, j’ai pour ainsi dire vécu dans la cité qui sert de cadre à l’intrigue. Une belle expérience. Je me mets facilement dans la peau de mes personnages. Ils ont tendance, d’ailleurs, à déteindre sur moi et à influer sur mon caractère.

Rêveries, nature, importance de la fiction… on arrive à trois !

Jupiter : De quoi es-tu le plus fier concernant ton parcours d’écrivain ?

Saurel : Ceux qui liront cette interview trouveront qu’après plus de dix ans de travail je me satisfais de peu de choses, mais un compliment sur un blog, il y a quelques années, m’a procuré plus de plaisir que l’obtention d’un examen ou ma première paye. Et de loin ! Il en va de même de cinq étoiles obtenues sur Kobo ou d’un lecteur, il y a quelque temps, qui a lu mon dernier roman en une nuit. En plus de ces retours positifs, je relis toujours avec beaucoup de plaisir un poème « épique » que j’ai écrit il y a une douzaine d’années et qui me correspond parfaitement. J’ai éprouvé également une immense fierté à terminer Le Siège de Kerdoar. C’était un projet que j’avais à cœur et que je craignais de ne pas pouvoir mener à bien. Le roman vient de paraître sur Amazon. Je suis sur un petit nuage.

Jupiter : Y a-t-il un conseil que tu aimerais donner aux auteurs qui débutent ?

Saurel : Je suis mal placé pour donner des conseils. S’il existe des trucs pour réussir, je ne les ai pas trouvés ! En revanche, je peux évoquer ce qui me paraît essentiel dans l’élaboration d’un roman et que l’on a trop tendance à laisser de côté : le travail. Tout simplement. Rien n’est plus exigeant que l’écriture et je vois beaucoup de jeunes auteurs, dans l’auto-édition, qui publient des manuscrits écrits à la va-vite, à peine relus. Pour réussir, il faut du talent, mais aussi de la patience. L’inspiration est fondamentale, mais il ne faut négliger ni la grammaire, ni l’orthographe, et il est nécessaire de reprendre un texte plusieurs fois pour arriver à une œuvre aboutie.

 

Saurel : Avec mon métier, j’évite les réseaux sociaux. J’ai peur d’être repéré et harcelé par mes élèves. J’ai des collègues qui se sont retrouvés dans des histoires invraisemblables pour avoir laissé traîner des photos sur Internet. Je laisse en lien mon blog et une adresse mail. Je réponds toujours, et aussi vite que possible, à tous les messages et commentaires que l’on m’envoie. Et avec le plus grand plaisir !

Blog : http://francois-saurel.over-blog.com/

Mail : saurelfrancois3@gmail.com

Saurel : Je suis également sur Wattpad sous le pseudo de Saurel3. J’y ai commencé une petite histoire : De tout petits aventuriers. Ce sont deux enfants devenus minuscules qui viennent en aide à une fourmilière menacée par de redoutables araignées. Ces derniers temps, j’ai laissé de côté ce récit, mais je compte bien m’y remettre si des lecteurs sont intéressés.

 

Merci à Saurel pour son temps et ses réponses, sa plume est fluide, son vocabulaire est riche et agréable, ça promet de belles lectures !