Et quand on te dit « écrivain ah ouais, et ton vrai métier ? »

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah COMBIEN ???!!! Combien sont-ils à vous avoir posé la question « ah ok, c’est cool et tu fais quoi à côté ? » après que vous ayez dit « je suis écrivain ».

« Bah non, écrivain c’est pas un métier. »

« Bah c’est ce que je fais au quotidien, c’est comme ça que je gagne ma vie. »

« Mais on gagne pas sa vie en étant écrivain. Comment tu fais pour t’en sortir ? T’as pris un job à côté ? »

Mais non mec, je viens de te dire que c’est mon métier à temps plein. D’ailleurs, j’ai jamais gagné aussi bien ma vie bon sang ! Pourquoi faut-il que tu continues dans ton délire, sans écouter un seul traître mot de ce que je viens de te dire ? POURQUOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ? crie mon cerveau. Bon il a arrêté de crier depuis longtemps, je vous rassure, il a accepté ce fait prodigieux : pour toute une couche de la population, écrivain, ce n’est pas un métier.

De la même manière qu’acteur, chanteur, guitariste, sculpteur, illustrateur, violoncelliste, ce n’est pas non plus un métier. Voilà, c’est dit, apparemment c’est la vérité universelle. Un métier, c’est un truc sûr, qui rapporte de l’argent tous les mois, où on doit obéir aux ordres de quelqu’un d’autre, potentiellement si on se fait chier ou que ça se passe mal, c’est d’autant mieux, c’est d’autant plus un métier. Parce que c’est bien connu qu’en France, il faut se plaindre de son travail. Ne t’aventure pas dans une discussion en disant que tu aimes ton job, on va tout de suite te trouver des arguments pour te démontrer le contraire. Non, mais je préfère te prévenir, des fois que l’idée te vienne. Même si tu es salarié. Si tu aimes ton job, disons-le clairement : TU N’ES PAS FRANCAIS. *cris de stupeur dans l’assemblée*

Je caricature bien sûr, tous les français ne sont pas comme ça.

Et pourtant, c’est dingue ce nombre de personnes qui continuent de penser qu’écrivain n’est pas un métier. Si c’est soumis à des variations de revenus : ce n’est pas un métier. S’il n’y a qu’une poignée qui s’en sort : ce n’est pas un métier.

Mais laissez les gens faire ce qu’ils veulent de leur vie ! (le vouvoiement c’est pour nos bons amis français aux pensées limitantes). Vous êtes bien contents d’avoir des livres sur les étalages des librairies, non ? Vous êtes bien contents d’aller voir un film au cinéma ? Devinez quoi, ce n’est pas pour rien qu’il y a un générique de fin : c’est parce que toutes les personnes citées ont participé au film. Pas juste les acteurs principaux et le réalisateur. Il y avait des éclairagistes, des maquilleurs, des gens assignés aux costumes, aux décors, aux effets spéciaux… Plein de métiers qu’on qualifierait de précaire en France (parce que bon, intermittent du spectacle c’est aussi bien vu qu’écrivain). Mais aux Etats-Unis quand on fait ça, c’est WAOU ! Ok, ils ont tendance à dire WAOU à tout-va, mais au moins ils ne passent pas leur temps à se limiter et à miner les rêves des autres.

Alors d’où vient cette pensée du français qu’écrivain n’est pas un métier ? Pourquoi, même quand on lui met son relevé bancaire sous le nez, il continue d’être sceptique ? Ma théorie, c’est qu’il projette bien sûr ses propres peurs sur nous. Il a peur de la précarité, peur d’être sans le sou, peur que ce succès retombe. Et direct, il est dans l’insécurité, il projette cette insécurité sur nous.

Vilaine peur que tu m’envoies. J’aimerais bien qu’un jour, les gens apprennent à faire la différence entre LEURS peurs, qui les concernent eux, qui sont liées à eux, et LES peurs d’une manière générale. Parce que mes peurs ne sont pas les mêmes que celles de mon interlocuteur. Je n’ai pas besoin qu’il me refile les siennes. J’ai déjà une peur terrible des serpents, de tous les trucs sans pattes (parce que bon franchement c’est pas normal ces machins sans pattes), pourquoi est-ce que je devrais en plus encaisser sa peur de la précarité ? Je sais que ça part d’un bon sentiment, qu’il ne veut que mon bien, mais pas de chance, on n’a pas la même vision du truc.

Alors fort heureusement, je me suis débarrassée de ces pensées parasites, elles tournoient parfois avec amusement dans mon crâne quand je suis face à un interlocuteur qui me dit « écrivain, vraiment ? mais tu gagnes ta vie avec ça ? ». Là, mon cerveau ricane intérieurement et je réponds : « oui ». Parce que s’étaler en explications ne sert à rien, je n’ai pas à me justifier. Une fois qu’on comprend que les autres ne font que projeter leurs peurs sur nous, c’est beaucoup plus facile de faire le tri. Il faut se poser les bonnes questions : est-ce que c’est une peur que je devrais avoir (parce que bon parfois il faut être réaliste quand même, les gens ont parfois raison, eh oui !) ? Est-ce que c’est sa peur personnelle, du fait qu’il a trois enfants, un crédit immobilier sur 30 ans et que l’aspect financier d’un tel métier le paralyse ? Hum, j’aurais tendance à dire que oui.

Les peurs des autres ne sont pas forcément à ignorer, ils ressentent vraiment de la compassion et de l’inquiétude pour vous. Mais par rapport à leurs propres croyances. Vous pouvez répondre et argumenter face à eux, si vous le souhaitez, après tout un bon débat n’a jamais fait de mal. Mais n’oubliez pas un point important : vous n’êtes pas en train de vous justifier, vous êtes en train de le rassurer, lui, par rapport à ses propres peurs. Ne laissez pas sa peur s’insinuer en vous. Vous voulez devenir écrivain ? Devenez écrivain. Allez voir des vidéos Goalcast, ou autres chaînes similaires, qui vous parlent des débuts d’acteurs célèbres, de chanteurs, d’artistes. Eux aussi avaient un entourage parfois sceptique. Ils n’étaient pas prédestinés à devenir acteurs, auteurs ou je ne sais quoi. Ils ont travaillé dur. Il y a aussi des vidéos de motivation, des speechs de leaders. J’aime beaucoup celle-ci par exemple (c’est un MUST SEE selon moi) : le speech de Denzel Washington sur Youtube.

Ne laissez pas les autres piétiner vos rêves, vous dire comment faire, comment vous comporter et quel métier vous devriez choisir plutôt que de poursuivre celui qui vous tient tant à cœur. Vous êtes responsables de vos priorités, de vos rêves, de vos envies. Vous seul savez quelle vie vous voulez vivre. C’est votre temps sur Terre qui est en jeu, c’est ce que vous allez faire de ce temps que la vie vous accorde qui importe. Est-ce que vous voulez le passer à vous conformer à ce que les autres attendent de vous ou est-ce que vous voulez enfin vivre vos propres aspirations ?

Rêvez, en grand.

Echouez, en grand. (« Fail big » dit Denzel Washington dans la vidéo)

Et recommencez :).