Ma névrose des chiffres de l’édition numérique

Récemment, j’ai fait une sacrée névrose en me lançant dans la recherche de divers chiffres sur l’édition numérique dans le monde. Est-ce que vous savez que c’est très difficile d’obtenir ces chiffres ? D’abord parce que la plupart des études marketing sur le sujet se basent sur du « déclaratif » c’est-à-dire uniquement sur ce que les gens disent et non pas sur les ventes officielles, ensuite parce que justement les chiffres officiels sont enfouis. Après avoir regroupé huit articles et deux études (une en anglais, une en allemand), j’ai fini par trouver quelques infos intéressantes. Pour vous, mes chers auto-édités, levons le voile sur ce que représente le numérique dans le monde et plus précisément en France, en Allemagne et aux Etats-Unis (les marchés qui sont les plus intéressants pour nous, auto-édités français).

Plusieurs informations avant de démarrer pour de bon cet article : les chiffres que je vous indique datent déjà d’il y a plusieurs années, les plus récents sont de 2018, parce que tout simplement ça prend du temps de mettre en place une étude marketing et de livrer les résultats, c’est pour ça qu’il n’y a pas de chiffres concernant 2019 encore. Les sources sont disponibles tout en bas de l’article si vous voulez aller jeter un coup d’œil à l’ensemble des données.

Et enfin, il s’agit d’un article de NEVROSE qui parle de CHIFFRES. Donc votre cerveau risque de bourdonner dès le premier paragraphe. Je préfère prévenir, c’est à vos risques et périls !

Parlons déjà du marché français !

En 2018, 20% des français ont déjà lu un livre numérique (contre 18% en 2016 donc ça a augmenté mais on grappille 1% par an seulement) et 5% envisagent de le faire au cours de l’année suivante, on peut donc estimer qu’en 2019, 25% des français auront lu un livre numérique (mais bon c’est du déclaratif les réponses heiiiiin). Attention, ils ont lu UN livre, ça ne veut pas dire qu’ils sont assidus, qu’ils ont tous une Kindle ou une Kobo ou une autre liseuse. En revanche, 44% des lecteurs numériques (donc 44% des 20% soit presque 9% des français) ont lu un livre il y a moins d’un mois. Donc là, on parle plutôt de lecteurs un peu plus réguliers.

Allez, des chiffres en vrac pour vous sur le marché de la lecture et du numérique :

  • les français lisent en moyenne 6,9h par semaine (sûrement la joie des transports parisiens qui fait augmenter cette moyenne hahaha)
  • 73% des français ont lu un livre l’année dernière (qu’il soit au format papier ou numérique)
  • 4% des ventes mondiales de livres sont faites en France (ça vous paraît beaucoup ? hahaha attendez de voir les USA
  • Les français dépensent presque 200 euros par an par foyer sur l’achat de livres (statistique de 2016, montant exact : 199,20€)
  • Il y a eu 13,2 millions d’ebooks vendus sur le marché français en 2017

Comme vous pouvez le voir sur le tableau ci-dessus (toutes les sources sont dispos en bas de l’article à nouveau, dont celle dont est tiré ce tableau), ce n’est pas la littérature qui a les plus grandes parts de chiffres d’affaires dans le numérique (contrairement aux croyances populaires), c’est bel et bien tout ce qui traite du professionnel et du domaine universitaire. Ce qui veut dire qu’au sein des 13,7 millions d’ebooks vendus, n’allez pas vous imaginez qu’il y a 13,7 millions de romans qui ont été vendus. Que nenni ! 75% des 13,7 millions d’ebooks, ce sont des ebooks qui traitent de sujets professionnels / universitaire. Pour la plupart des auteurs qui lisent ce blog, nous sommes dans la catégorie Littérature, soit 13% des ebooks vendus, ce qui fait 1,78 millions d’ebooks pour notre catégorie (adieu les 13 millions).

Alors ça, c’est pas un tableau super digeste non plus, j’en conviens (mais vous n’avez pas idée de combien je m’en suis farcie pendant ma névrose HAHAHA, ceci est un rire nerveux). Il traite aussi du chiffres d’affaires de l’édition numérique. Là ce qui est intéressant c’est de voir la part que représente la littérature numérique au sein du chiffre d’affaire total de la littérature (donc papier inclus). Donc au sein de la littérature, les ventes numériques représentent 4,22% du chiffre d’affaires. Et le revenu numérique, toutes catégories confondues, représente 7,60% des revenus de l’édition. Donc même s’il y a 20% de français qui ont lu un livre en numérique au cours de l’année, comme le livre numérique coûte moins cher que le livre papier, sa part de revenus est moins importante. Vous me suivez encore ? Donc nous, qui écrivons de la littérature, et qui vendons principalement en numérique en tant qu’auto-édité (sauf si vous faites des séances de dédicace régulièrement ou que vous avez trouvé le filon pour vous installer en librairie et vendre du livre papier, auquel cas vraiment n’hésitez pas à venir m’en parler, ce serait super de pouvoir partager votre expérience à travers ce blog à d’autres auteurs), nous sommes dans ces 4,22% des revenus de l’édition. (on parle toujours du marché français bien sûr) Voilà, si vous êtes encore vivants et que votre cerveau n’a pas cramé, on attaque la suite.

Le marché allemand

Alors le marché allemand est très intéressant, c’est d’ailleurs le marché le plus intéressant en Europe. Les allemands lisent en moyenne 5,7 heures de lecture par semaine  (par comparaison les gens passent 16,6h par semaine à regarder la télé hein…). 79% des allemands ont lu un livre en 2016. 9% des ventes TOTALES de livres DANS LE MONDE sont faites en Allemagne. Pour un pays qui a 88 millions d’habitants, c’est vraiment très fort. 32% des allemands ont acheté un livre en ligne en 2016, ce qui en fait l’un des pays où on lit le plus en numérique en Europe (avec le UK et le Danemark). On dépense en viron 144,7 euros par foyer pour l’achat de livres (chiffres de 2016) et là, phénomène de dingue, chiffre qui m’a le plus estomaqué : plus de 22% de la population allemande a lu plus de 10 livres au cours de l’année 2011 (oui le chiffre date je suis d’accord et oui on parle tous formats confondus, numérique + papier). On est sur un très gros marché numérique. Si vous voulez vous faire traduire, je vous conseille de tenter en premier lieu le marché allemand. Attention de vérifier que votre catégorie se vend bien tout de même, il y a des marchés qui sont plus propices au thriller, d’autres à la fantasy… allez zieuter amazon.de avant de vous lancer. Autre gros point positif de ce marché : les marchés Amazon.fr et Amazon.de sont connectés, ce qui signifie qu’avec votre compte Amazon.fr vous pouvez aller acheter sur Amazon.de sans avoir à changer quoi que ce soit. En quoi est-ce que c’est positif ? Ça vous permet de bénéficier d’un levier si besoin, par exemple de mobiliser vos proches ou votre base de lecteur pour qu’ils aillent emprunter le livre sur le marché allemand, ou carrément l’acheter, pour vous aider à monter dans le classement des ventes et à devenir visible. Ce n’est pas possible sur tous les marchés, par exemple sur le marché italien, on ne peut pas utiliser son compte français aussi facilement que ça pour acheter, il faut se localiser en Italie pour son appareil et son contenu, ce qui signifie une manipulation qui prend deux minutes, mais qu’il faut savoir faire et qui a des conséquences.

Le marché américain (vous le vouliez, le voilàààà)

Je sais que le marché américain, c’est celui qui fait le plus rêver, ne serait-ce pas qu’on se dit « olalala un marché de 300 millions d’habitants ». C’est aussi le marché des agents littéraires. Une fois son roman traduit, on peut contacter des agents, voir si l’un d’entre eux veut défendre notre roman et le proposer en maison d’édition. Sachant que les droits d’auteurs aux Etats-Unis sont bien plus élevés qu’en France (au plus bas 18% généralement contre 7% en France), ça fait rêver. Alors quelques chiffre en vrac sur ce marché :

  • les américains lisent en moyenne 5,7h par semaine
  • 73% des américains ont lu un livre au cours de l’année dernière
  • Il y a 90 millions de lectures numériques aux Etats-Unis (je sais, je sais, c’est dingue)
  • 30% des ventes de livres DANS LE MONDE sont faites aux Etats-Unis (ne faites pas de crise cardiaque… !)
  • En 2016, il y a eu 180 millions d’ebooks vendus aux Etats-Unis, en 2017 ça a un peu baissé avec 162 millions et on disait que le numérique s’essoufflait mais en 2018, je n’ai pas réussi à trouver le chiffre exact, mais tous les compteurs indiquent que le marché est remonté de manière drastique

A noter toutefois que se lancer sur le marché américain, c’est aussi s’exposer à une concurrence de dingue. Si on ne parle que d’Amazon, l’avantage c’est que les outils sont plus développés sur Amazon.com pour faire de la publicité et mettre en avant ses romans, mais ça ne change rien au fait que c’est une place de marché incroyable, avec des sorties par milliers, une concurrence féroce et que sortir du lot sur un tel marché, ce n’est pas aisé (mais ça peut vite être très rentable évidemment). C’est le premier marché du livre dans le monde, suivi par la Chine (17% des ventes de livres dans le monde) et l’Allemagne (9%).

Il faut aussi noter que suite aux chiffres de 2017, tout le monde se disait que le livre numérique allait commencer à stagner, qu’il ne gagnerait plus en parts de marchés et que le livre papier allait se maintenir bien au-dessus. Il y a encore peu de chiffres disponibles pour 2018 mais toutes les tendances montrent que finalement, le livre numérique a connu une nouvelle hausse et qu’il est reparti plus que jamais à la conquête de nouvelles parts de marchés.

Enfin, avant de se lancer sur un marché étranger, regardez bien plusieurs points :

  • les couvertures de vos concurrents, parce que selon le marché, il y a des types de couverture qui plaisent plus que d’autres, il sera peut-être nécessaire de refaire intégralement votre couverture (sans compter bien sûr le fait de l’adapter aux normes légales du pays)
  • les prix auxquels les livres sont vendus, par exemple sur le marché italien, j’ai découvert que les prix des romans de ma catégorie étaient beaucoup plus bas qu’en France (j’ai également fait une névrose sur les chiffres italiens pour l’édition numérique mais je vous en parle dans mon article sur la traduction en italien et ses résultats)
  • les moyens de levier dont vous disposez, testez avant si vous pouvez acheter un livre sur le marché étranger avec votre compte amazon français, pour pouvoir mobiliser votre communauté pour vous aider, voyez si vous avez la possibilité de faire de la publicité

J’ai essayé de vous résumer ma névrose assez rapidement, sans trop vous assommer. Si vous voulez poursuivre les recherches, je vous mets ci-dessous les sources et les liens qui peuvent vous aider.

Sources :

Chiffres clés du secteur du livre édition 2019 : http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Actualites/Edition-2019-des-chiffres-cles-du-secteur-du-livre
Infographie Global English Editing : https://geediting.com/world-reading-habits/
Chiffres clés marché du livre papier et ebook en Europe : https://www.idboox.com/etudes/chiffres-cles-marche-du-livre-papier-et-ebook-en-europe/
https://www.youscribe.com/BookReader/Index/2818302/?documentId=3046725
https://www.livreshebdo.fr/article/2018-en-12-themes-612-le-livre-numerique-en-panne
https://www.livreshebdo.fr/article/lectures-numeriques-lage-de-raison
https://www.livreshebdo.fr/article/allemagne-le-livre-numerique-en-forme-au-premier-semestre-2018?from=profile
Les chiffres de l’édition : https://www.sne.fr/app/uploads/2018/07/RS18_BatWEBSignet.pdf
https://www.wischenbart.com/upload/Ebook-Barometer2018_Press%20Release.pdf