Choisir sa cible

Il y a quelque chose de fondamental, que je répète souvent, mais qui a du mal à rentrer dans la tête des gens (dans la mienne aussi bien sûr) : on ne peut pas plaire à tout le monde. Devinez quoi ? Il y a des gens qui n’ont pas apprécié Harry Potter. Il y en a qui adorent les films d’horreur et d’autres qui les détestent. Il y a des gens qui aiment la romance, d’autres qui n’en lisent pas. Il y a des gens qui vont aimer votre livre, et d’autres qui n’aimeront pas.

Je parle sans discuter de la qualité de l’ouvrage, de ses fautes d’orthographe, de ce qui entoure le livre. Je parle de votre histoire même, de son genre, de ses protagonistes, de leur évolution, du monde dans lequel vous avez placé tous vos éléments, de la manière dont vous avez raconté l’histoire. Il y aura des gens qui seront dingues de votre histoire, ils seront « fans ». Il y en a qui apprécieront et il y en a qui n’aimeront pas. Votre but, c’est d’atteindre vos fans, ce n’est pas d’atteindre toute la masse du public existant. C’est d’atteindre les personnes qui lisent le genre dans lequel vous écrivez, dans le style dans lequel vous écrivez. Parce que ce sont ceux-là qui vont apprécier votre livre, le commenter avec la meilleure note possible, et acheter le suivant.

« Oui mais au sein du grand public il y en a d’autres qui ne lisent pas forcément mon genre mais qui pourraient aimer, ce serait dommage de se couper d’eux. Tout comme Harry Potter était écrit pour les enfants et que finalement il a traversé les générations.« 

Je t’entends, ami auteur. Je t’entends. C’est une affaire de statistiques et de mathématiques en fait. Imaginons tu as écrit un thriller. C’est un thriller spécifique, il s’agit d’un thriller financier. Mais bon, le nombre de personnes qui lisent du thriller financier est loin d’être aussi important que le nombre de personnes qui lisent du thriller tout court, c’est logique, plus on va vers le spécifique, moins on a de monde. Alors tu te dis « je veux toucher le plus de personnes possibles, parce que je veux que mon livre soit lu, partagé et vendu autant que possible« . Et c’est normal, tout le monde a envie de ça franchement. Du coup, plutôt que de le mettre dans la catégorie très spécifique thriller financier, tu le mets en thriller tout court, en te disant que ça t’ouvrira plus de portes. C’est possible, franchement. Ça s’est déjà vu. Mais c’est risqué.

Pourquoi est-ce que c’est risqué ?

D’abord parce que le thriller tout court est une catégorie beaucoup plus concurrentielle que le thriller financier, logique puisqu’il y a plus de monde qui va ranger son livre dans cette section. Du coup, plutôt que de te battre avec tes collègues du thriller financier, où il y a certainement moins de sorties qu’en thriller, tu vas te battre avec la totalité des gens qui publient en thriller, ce qui inclue les auto-édités, mais aussi les maisons d’édition. Pour que ton livre soit visible et dans le top de sa catégorie, tu vas devoir faire beaucoup BEAUCOUP plus de ventes qu’en thriller financier. Les deux genres qui se vendent le plus sur Amazon sont le thriller et la romance. Le top 50 des meilleures ventes en est plein. Alors même si tu es dans le top 100 d’Amazon avec ton livre de thriller, tu ne seras peut-être que top 15 ou 20 de ta catégorie. Ce qui ne t’assure pas beaucoup de visibilité. Si tu as une Kindle ou que tu as testé de regarder à quoi ressemblait la boutique Kindle depuis une liseuse, tu verras que systématiquement, le top 3 des meilleures ventes est mis en avant, ensuite il faut scroller pour aller voir la suite du top (ou cliquer pour aller voir la totalité du top puis scroller à nouveau) et ensuite ils mettent en avant par catégorie qui t’intéressent les meilleures ventes, les dernières nouveautés, ou directement des livres sont en rapport avec ce que tu as lu précédemment et susceptibles de t’intéresser. Donc si tu es numéro 20 de ta catégorie et dans le top 100 Amazon, les gens vont devoir beaucoup scroller pour trouver ton livre. Mais effectivement si tout le monde scrollait, tu toucherais un plus large public.

Le deuxième point négatif de ne pas se mettre pile poil dans la catégorie qu’il te faut ? Tu te retrouves dans ta catégorie globale thriller (à noter que tout ceci est un exemple, je ne publie pas en thriller, j’utilise ces noms de catégorie pour l’exemple (ce sont des noms de catégories qui existent) et je me détache volontairement de la fantasy pour que l’exemple soit plus parlant). Donc tu te retrouves dans ta catégorie globale thriller, avec des gens qui lisent du thriller financier, mais aussi du thriller judiciaire, du thriller d’espionnage, du thriller médical… Ils voient ton livre, ils se disent « pourquoi pas ? » et là pas de chance, c’était pas du tout leur genre au final, pas que le livre soit mal écrit, pas qu’il y ait un problème avec la structure du récit, non le thriller financier c’est juste pas le genre qui les intéresse. Les intrigues liées à l’argent ? Ils en ont marre ou ils n’ont jamais aimé. Ça n’a rien à voir avec la teneur de l’histoire, c’était juste pas pour eux. Mais c’était dans la catégorie globale thriller, ils ont voulu essayer, finalement ils ont passé un sale moment et le lecteur, quand il a passé un sale moment, est beaucoup plus prompt à laisser un commentaire que quand il a passé un bon moment, parce qu’il a pour mission de « prévenir » le prochain lecteur de ce qui l’attend. Ce n’est pas pour fustiger le lecteur mécontent, ça arrive à tout le monde d’avoir eu une mauvaise lecture, non pas que l’ouvrage soit mauvais, mais ça ne convenait pas à notre style de lecture, à notre humeur du moment, à … ça arrive quoi ! Et oui, laisser des commentaires, c’est extrêmement important, tant pour l’auteur que pour le futur lecteur. On peut laisser un commentaire indiquant qu’on n’a pas apprécié le livre en expliquant pourquoi, parce qu’il peut permettre à un lecteur de passer son chemin. Ça ne veut pas dire qu’il faut « descendre » le livre. Si le roman se tient d’un bout à l’autre, qu’il est cohérent, sans fautes, qu’il est agréable à lire mais qu’il n’était juste pas le style dont on avait besoin, on peut dire tout ça. Le bon, comme le mauvais. Et dire « Il y a une scène particulièrement crue de sexe à un moment et j’ai arrêté ma lecture parce que c’était difficile pour moi de continuer après« . C’est un exemple, ça permet de prévenir les futurs lecteurs qui n’aiment pas les scènes crues de sexe, de passer leur chemin. Et tant mieux s’ils passent leur chemin, vous n’avez pas envie d’avoir plusieurs mauvais commentaires à ce sujet, vous avez envie que le lecteur qui n’aime pas les scènes crues de sexe soit tombé sur ce fameux commentaire qui prévient, pour qu’il passe son chemin et ne se retrouve pas à lire ce passage et à vous mettre un deuxième commentaire négatif à cause de ça par exemple (oui j’exagère, les lecteurs ne mettent pas des commentaires juste à cause d’une scène, à nouveau je fais ça pour expliquer mon point).

Donc vous avez déjà une personne qui est tombée sur ce livre alors qu’il ne lui convient pas, vous en aurez d’autres, parce que la catégorie est trop large pour ce que vous avez écrit. Vous avez écrit quelque chose de spécifique, mettez-le dans la catégorie spécifique à laquelle il correspond. C’est comme ça que vous allez toucher votre cible.

Et qu’est-ce qui arrive quand vous touchez votre cible ?

Eh bien c’est d’autant plus facile d’être numéro 1 de votre catégorie, et du coup d’être plus visible pour votre propre cible. Vous tombez sur des gens qui aiment le thriller financier, ce qui tombe bien puisque vous en écrivez. Ils adooooorent votre livre, puisque c’est un genre qu’ils lisent régulièrement et que le vôtre a ce petit truc différent de tous ceux qu’ils lisent habituellement. Et ils vous mettent des commentaires positifs. Vous avez donc un livre qui est numéro 1 de sa catégorie ou dans le top de sa catégorie, qui a plein de bons commentaires, qui est donc une référence solide dans sa catégorie et qui est mis en avant par Amazon en tant que top de sa catégorie. C’est pas formidable ? Non seulement vous êtes dans votre cœur de cible, mais en plus vous continuez de progresser car Amazon a repéré que vous étiez numéro 1 et Amazon met en avant le top de chaque catégorie. Vous avez plus confiance en vous et si vous continuez de grimper le classement global Amazon c’est génial, vous êtes bien identifié dans votre catégorie, les gens savent à quoi s’attendre. N’hésitez pas à faire en sorte que votre résumé et votre couverture soient vraiment orientés sur votre genre spécifique à vous, pour que les gens puissent l’identifier. Je sais vous vous dites encore « oui mais je vais faire fuir ceux qui n’aiment pas le genre alors que mon roman est différent des classiques du genre et ça aurait pu leur plaire« . Oui mais tu vas aussi t’épargner ceux qui n’aiment pas le genre. Et si ton roman a 50 commentaires et 5 étoiles et qu’il est dans le top, ne t’inquiète pas que les curieux vont cliquer, aller voir les commentaires et se dire « ok c’est pas mon genre habituel mais ça a l’air bien, je vais tenter« . Disons que eux, ce sont les « indécis » et que tu vas gagner les indécis à ta cause. En revanche, tu vas tenir bien éloigné de toi ceux qui n’aiment pas les thrillers financiers, parce que tu ne veux PAS qu’ils lisent ton livre, je te le dis.

Quelques exemples en vrac de ce qui peut arriver quand tu ne vas pas à ton cœur de cible : tu écris un roman de fantasy pour adolescents, mais c’est assez mature et tu te dis que les adultes pourraient le lire aussi (c’est ce que je fais par exemple, je mets certains de mes romans en adolescents et en adulte), et là que se passe-t-il ? Tu as des commentaires sur l’âge de tes personnages, ils sont trop jeunes et l’adulte ne s’identifie pas. Bon personnellement je mets dans mes résumés l’âge de mes protagonistes, pour que ce genre de choses ne se reproduisent pas. Autre exemple ? Récemment j’ai eu la chance d’avoir un de mes romans qui est devenu numéro 1 des ventes de toute la boutique Kindle pendant quelques jours. Eh ben j’avais les chocottes, je peux te le dire ! Parce qu’il y avait d’autant plus de risques que des personnes qui n’aiment pas le genre de mon livre tombent dessus, l’empruntent en se disant « attends il est numéro 1 des ventes je vais tester« , tout ça pour découvrir que c’était pas leur style et que ça n’allait pas. Bien sûr je suis super méga contente d’avoir été numéro 1 des ventes, c’est une chance de fou, ça a généré des ventes de dingue et on en parlera dans le bilan des ventes de septembre prochainement, mais ça veut aussi dire beaucoup plus de visibilité ouverte sur tout le public Kindle et pas juste le public « Young Adult Fantasy » de Kindle.

Chercher à ratisser large, en vue d’avoir le plus de public possible, ce n’est pas une bonne idée je pense (ce n’est que mon avis hein, je rappelle que je ne détiens pas les clefs de la vérité universelle). Et je crois que ce n’est pas vrai que pour les livres, c’est vrai pour la vie aussi d’une manière générale. On ne peut pas plaire à tout le monde, on ne peut pas être amis avec tout le monde. J’ai tendance à dire que j’aime tous les styles de musique, mais non ce n’est pas vrai : je n’aime pas le rap à part quelques rares chanteurs, je n’aime pas les vieux classiques, je n’aime pas la chanson française. Et ce n’est pas grave, ces genres de musique ont un public, LEUR public. Parce qu’il y a des choses qui nous correspondent, qui vibrent en nous, et d’autres pas. Parfois on sait pourquoi, parfois ça ne s’explique pas.

Ce n’est pas grave.

C’est ok.

Heureusement qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, heureusement qu’on n’est pas du genre à aimer tous les gens qu’on rencontre, sinon on aurait un carnet d’adresses affolant, on ne pourrait pas passer autant de temps qu’on voudrait avec chaque personne et puis sur quels sujets est-ce qu’on débattrait si tout plaisait à tout le monde ?

« T’as vu le dernier Tarantino ?« 

« Ah ouais, il était trop génial.« 

« Ouais, c’est clair.« 

Voilà. Ben devinez quoi ? Je n’ai pas aimé le dernier Tarantino, j’ai failli quitter la salle tellement je n’en pouvais plus. Et pourtant, c’est un réalisateur renommé de FOLIE. Je dois avoir un problème au cerveau pour ne pas avoir aimé, non ? Ben oui j’ai un problème au cerveau mais ça, c’est une autre histoire. Mais ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé que j’ai un problème au cerveau. C’est juste que ce n’était pas à mon goût. Et tous les goûts sont dans la nature. Je n’aime pas non plus les films d’horreur, est-ce que ça veut dire que les films d’horreur sont nuls ? Non, juste que ce n’est pas à mon goût.

Va à ton cœur de cible. Ne cherche pas à ratisser large. Accepte que parfois le lecteur qui ne correspond pas à ton ouvrage va se trouver sur le chemin de ton livre et laissera un commentaire qui indique qu’il n’a pas apprécier. Ce n’est pas une remise en cause de ton travail, c’est juste que ce n’est pas à son goût.

C’est ok.

Respire.

Ça ne veut pas dire que tu es mauvais, ça ne veut pas dire que tu n’es pas fait pour être écrivain, ça ne remet pas en cause tous tes choix au cours de la dernière année (oui parce que je sais que t’es capable de remonter jusqu’à ta naissance pour te demander ce qui cloche chez toi alors qu’il n’y a rien qui cloche, c’est juste que tu es en pleine crise de doutes et de confiance en toi). Ça veut dire que tu dois mieux cibler.

Réfléchis à ta cible, identifie-la. Et vise juste.