La critique gratuite

La critique, c’est avant tout une question de goût (ne l’oubliez pas !). Mais aujourd’hui, on parle de la critique gratuite (et dans cette illustration, il y a déjà bien plus de mots que dans une critique gratuite !)
Illustration par @desmotsdanslamarge

Ah, mon amie la critique ! J’en avais parlé dans un article précédent. Nous vivons dans un monde où tout est sujet à critiques. C’est dingue, non ? On peut critiquer les vêtements que quelqu’un porte, on peut critiquer la lessive qu’on a acheté et on peut faire ça ouvertement, en face à face avec les gens, et observer leur réaction. Mais on peut aussi faire ça sur internet, caché derrière son écran, en démontant le produit ou la personne visée. La critique n’a jamais été aussi simple. Malheureusement, elle n’a jamais été aussi peu constructive non plus. Combien de commentaires Youtube voit-on fleurir à base « t moche » (ouais parce qu’il faut pas abuser sur l’orthographe non plus, on va pas écrire « t’es » en entier, ça prend trop de temps) ou de « t gay » (parce qu’apparemment c’est une insulte ? j’aimerais bien qu’on m’explique en quoi c’en est une) ou encore mieux « tu pues » (ouais c’est clair qu’on peut sentir les odeurs avec un écran interposé).

Les gens ont apparemment perdu tout sens des conventions et du respect. Ok, libre à eux. On ne peut pas les contrôler ces gens-là. Leur répondre est une perte de temps de toute façon, ils n’ont pas d’arguments, ils ne feront que répondre la même chose en boucle. Ils se sentent protégés par la magie d’internet. Et vous savez pourquoi ils critiquent comme ça ? Ils font des attaques gratuites ?

Parce qu’ils n’ont pas confiance en eux.

Ouais, je sais. Vous aussi. Et ça ne vous empêche pas de vous comporter respectueusement. Eh bien, il y a des gens qui évacuent leur manque de confiance en eux en rabaissant les autres et en les attaquant gratuitement. Génial, hein ? (oui cette phrase était sarcastique) Je ne pense pas qu’ils se sentent mieux de le faire, mais c’est plus facile que de se remettre en question et de prendre les choses en main pour changer sa vie et la vision qu’on a de soi.

Un point important pour vous : la critique gratuite, comme ça, ça ne vaut pas la peine de se battre contre. Déjà, on ne contrôle pas les autres, on ne contrôle pas les « haters ». Les « haters » ne sont pas ouverts au discours argumenté de toute façon, alors il vaut mieux laisser couler. Et comment laisse-t-on couler ? Parce que c’est bien là le problème. Je prends le pari qu’il y a un paquet d’hypersensibles qui lisent ce blog (je suis prête à faire 100 burpees si j’ai tort et ok, certes, j’adore les burpees donc c’est pas vraiment une punition, vous pouvez trouver autre chose comme punition (d’ailleurs le terme burpunition a été inventé spécialement pour moi mais c’est une autre histoire dont nous parlerons une prochaine fois, hein)). Deux parenthèses plus tard, je disais donc que les hypersensibles et ceux qui n’ont pas confiance en eux (je vous rassure, on est légion à ce sujet), ont tendance à absorber tout de même la critique gratuite dirigée contre eux. Parce que quand c’est dirigé contre les autres, en revanche, vous êtes les premiers à dire mais noooon c’est pas argumenté, c’est pas construit, c’est juste un hater qui passait par là, il a même pas lu ton livre, ne prête pas attention à ce qu’il dit. Yeap. J’entends même votre voix confiante, je vous entends en train de rassurer l’ami à qui c’est arrivé. Parce que c’est bien connu que quand ça arrive aux autres, vous êtes capable de prendre du recul et de vous dire « non c’est une attaque gratuite, pas argumentée », alors que quand ça vous arrive à vous, c’est un peu la fin du monde.

Pourquoi est-ce que vous vous traitez différemment de la manière dont vous traitez les autres pour commencer ? Pourquoi de votre point de vue, les autres ont plus de chances de réussir que vous ? (si je suis sûre que vous l’avez déjà pensé, vous encouragez votre ami parce que vous trouvez qu’il a du potentiel, mais vous par contre, vous êtes persuadé que ça ne va jamais marcher) Pourquoi est-ce que les critiques gratuites qu’on adresse aux autres ne sont rien d’autres que des critiques gratuites auxquelles il ne faut pas prêter attention ? Et pourquoi quand c’est à votre tour de la recevoir, vous n’arrivez pas à vous en défaire, elle vous trotte dans la tête cette critique, pendant plusieurs heures, peut-être plusieurs jours, jusqu’à ce que de meilleures critiques viennent la remplacer ?

Ne faites pas dépendre votre bonheur des autres. Parce que c’est exactement ce que vous faites en faisant dépendre votre humeur des critiques que vous recevez. Le bonheur, ce n’est rien d’autre que ça : un état, une humeur. Et je suis assez persuadée que le bonheur est créé à partir de la résolution des problèmes, que c’est le fait de résoudre un problème qui nous procure ce sentiment agréable. Et c’est la non-résolution des problèmes qui nous rend malheureux. Vous n’avez jamais eu ce sentiment ? Quand un problème traîne depuis longtemps et que vous ne vous y êtes pas attaqués, mais il est là, il trotte dans votre tête et vous savez que vous devez vous en occuper. Et un jour, enfin, vous le faites, et d’un seul coup il y a un poids qui quitte vos épaules. C’est pas génial ?

Et vous savez quoi ? Dans la vie, on peut choisir nos propres problèmes.

En tout cas, c’est ma croyance que la plupart du temps, on peut choisir nos propres problèmes. Et quand il y a des choses qui nous tombent dessus, qu’elles soient terribles ou non, qu’on n’a pas sciemment choisi de recevoir, on peut tout de même choisir la manière dont on y réagit, l’importance qu’on y accorde et si c’est un problème pour nous ou non.

Alors, si on peut choisir nos propres problèmes, comme je le crois, pourquoi est-ce que vous faites de ces critiques gratuites un problème ? Pourquoi est-ce que vous y accordez de l’importance ? Les problèmes que vous choisissez (« problème » n’étant jamais qu’un terme pour dire « les choses auxquelles vous accordez de l’importance) ne devraient pas être des problèmes que vous ne contrôlez pas, parce que vous serez toujours déçus et malheureux si c’est le cas. Si votre problème c’est « je veux que tout le monde aime mon livre », bah je suis navrée de vous dire que ça va être la catastrophe pour vous. Tout le monde n’aimera pas votre livre, il y a peut-être une grande majorité de gens qui l’aimera, mais vous allez vous focaliser PILE POIL sur ceux qui ne l’auront pas aimé, parce que vous avez décidé d’accorder de l’importance à ça et que « tout le monde » eh bien c’est ce que ça veut dire : la moindre critique négative, même constructive, vous mettra dans le pire des états. Vous ne devriez pas avoir des problèmes basés sur les autres. Je sais que ça paraît très difficile parce qu’on vit dans un monde où tout le monde attend l’opinion des autres, où certains choisissent les vêtements qu’ils vont mettre le matin juste parce qu’ils savent qu’ils vont croiser X et que X n’aime pas les salopettes alors il ne faut pas mettre une salopette, parce qu’il va faire une remarque négative et que les remarques négatives vous font du mal. De la même manière que certaines personnes n’expriment pas leur opinion sur des sujets qui leur tiennent pourtant à cœur, parce qu’elles ont peur du jugement des autres.

Ce n’est pas facile, je le sais. Mais il faut vous libérer du jugement des autres, surtout de la critique non constructive. J’avais déjà parlé de la critique constructive dans mon précédent article, je ne reviendrai donc pas dessus, mis à part que c’est la seule critique à laquelle vous devriez prêter de l’importance. Il y a plein de chroniqueurs et chroniqueuses qui font de très belles critiques argumentées, même quand elles sont négatives, qui savent mettre en avant les points forts du livre et simplement expliquer ce qui ne leur a pas plu. Ces gens font un travail formidable et cet article n’a évidemment rien à voir avec leur travail. Et quand ils critiquent négativement, ça ne veut pas dire que vous êtes mauvais, c’est une question de goût. Je n’ai pas aimé le dernier film de Quentin Tarantino, que j’ai trouvé trop long, où j’ai eu l’impression qu’on me baladait pendant deux heures, pour qu’on arrive enfin aux 15 minutes de la fin. Est-ce que ça veut dire que Quentin Tarantino est un mauvais réalisateur ? Je ne pense pas, non. Est-ce que le film était pourri ? Non, je ne peux pas dire ça non plus. C’était un film construit, les images étaient époustouflantes, les dialogues avaient leur importance, les scènes étaient détaillées, travaillées. Ce n’était juste pas à mon goût. Comme ceux qui n’ont pas aimé Harry Potter : Harry Potter n’était pas à leur goût. Est-ce que ça fait de JK Rowling une mauvaise autrice ? Je ne pense pas non plus.

Les problèmes que vous choisissez dans votre vie doivent pouvoir être résolus par vous-mêmes. Ce qui signifie qu’ils ne doivent pas reposer sur les autres ou sur des choses que vous ne contrôlez pas : comme l’avis sur vos livres. Vous ne contrôlez pas l’opinion des gens, vous ne contrôlez pas non plus la manière dont ils vont rédiger cette opinion. Alors arrêtez de vous prendre la tête dessus. À partir de maintenant, tout de suite, dites-vous bien que la critique gratuite, non argumentée, ne devrait pas avoir d’importance à vos yeux. Je veux bien que la critique argumentée soit prise en compte, parce que c’est toujours bien de se remettre en question sur certains sujets, mais elle doit servir à vous améliorer, pas à vous mettre plus bas que terre pendant cinq heures, à vous auto-flageller et à vous répéter que jamais vous ne serez un bon auteur.

Vous connaissez ce petit moment au début d’une relation où deux personnes s’échangent des textos ? Et à peine le texto est parti, on attend la réponse de l’autre. Quand il ne répond pas tout de suite ou que ça prend du temps, on est malheureux. S’il ne répond pas du tout, c’est encore pire. Pourquoi ? Parce qu’on a donné de l’importance à cette relation, on en a fait un problème (à nouveau, « problème » dans le sens quelque chose auquel on donne de l’importance) dont on ne contrôle pas la résolution. On n’est pas à la place de la personne à l’autre bout du téléphone, on ne sait pas si cette personne est occupée, si elle a oublié son téléphone, ou je ne sais quoi encore. Mais on s’est senti malheureux quand même. Alors je ne veux pas dire qu’il ne faut pas donner de l’importance à son conjoint, au contraire, bien sûr qu’il faut lui en donner, mais pas au détriment de votre bonheur.

Mais revenons à nos moutons, cessez de donner de l’importance à la critique non constructive. Vous savez que j’ai plein de commentaires 1 étoile sur Amazon à cause de la fin de mes romans ? Parce que ce sont des fins un peu abrupts et à suspense et ça ne plaît pas à tout le monde. Du coup, frustrés à la fin du livre, les gens vont directement sur Amazon et BIM, sanction ! 1 étoile ! Parce que c’est dégueulasse de finir comme ça. Pas d’argument, juste un petit mot sur la fin et un déversement de frustration. Pourtant, tous mes livres (ou presque) sont des fins à suspense, on pourrait croire que les gens se seraient habitués ou feraient attention à éviter mes livres depuis le temps. Mais non, y en a qui continuent, même pas après avoir écrit des commentaires du genre « je ne lirai plus jamais un roman de Jupiter Phaeton » (si si, véridique).

Est-ce que je vais arrêter de faire des fins à suspense pour autant ? Non, parce que c’est une question de goût. On ne peut pas plaire à tout le monde.

Est-ce que je me mets au plus mal quand je reçois un commentaire de ce type ? Non, déjà parce que j’ai décidé de ne plus prêter attention aux commentaires, je ne vais donc pas les lire, ceux dont je vous parle sont des commentaires qu’on m’a remonté (oui parce que même si je ne veux pas les lire, ils trouvent le moyen de venir à moi quand même) et je réalise que maintenant, avec le temps, à force de ne pas les lire, j’ai pris beaucoup de recul. Ce n’est plus un problème pour moi. De toute façon je pense que la notation est mal faite pour ce qui concerne les livres sur Amazon. On ne peut pas mettre 1 étoile à un livre qui se tient d’un bout à l’autre, qui est correctement construit, qui est bien écrit, où l’orthographe est respectée. Aujourd’hui, les gens ne notent plus le produit dans son ensemble, ils notent simplement l’histoire. L’histoire peut plaire, elle peut ne pas plaire. Sinon ils notent leur sensation à la fin (la frustration), ou encore parfois ils notent même l’auteur, qu’ils n’apprécient pas, ou qu’ils apprécient beaucoup, et ça influence leur note. C’est difficile d’être objectif quand on critique. Alors pourquoi vous attardez sur des critiques qui ne le sont pas du tout ? Pourquoi est-ce que quand votre ami Youtuber reçoit un commentaire « tu pues », vous êtes capables de lui dire que ça n’a aucune importance et que quand vous recevez un commentaire du genre « c’est nul » avec zéro argument également, vous êtes six pieds sous terre ?

Ne donnez pas de l’importance aux critiques non constructives. Ne le faites pas, tout simplement. Vous ne les contrôlez pas. Vous n’avez pas de temps à perdre. On ne peut pas donner de l’importance à tout dans la vie. Choisissez ce à quoi vous voulez donner de l’importance. Choisissez vos problèmes. La critique gratuite n’a pas à en faire partie. Ce serait bien mieux de donner de l’importance à votre prochain manuscrit, qui essuiera, lui aussi, des critiques négatives non constructives. Et vous savez quoi ? Vous ne leur donnerez pas d’importance à ces attaques gratuites. Si, si. C’est un ordre. 🙂