Par L'auto-édition c'est pas pour les moutons Quand je vous parle de moi et de mes délires

Auto-éditée et fière

Voilà quelques semaines déjà que j’en parle, j’avais pour projet d’ouvrir ma maison d’édition, d’abord pour des raisons fiscales (j’ai dépassé les plafonds de revenus autorisés pour mon statut juridique actuel), mais aussi parce que j’aimerais, à terme, pouvoir accompagner des auteurs dans le monde du livre, de manière un peu plus poussée que ce que je fais déjà aujourd’hui. Pour l’instant, je m’occupe de basculer mes propres romans dans la maison d’édition, de faire mes propres erreurs avec, pour ensuite être prête pour publier d’autres auteurs. Je déblaie le terrain et je le prépare pour les auteurs qui voudront tenter leur chance avec moi.

Cette maison d’édition s’appelle Panda Jones. L’illustration ne représente pas le logo mais elle vous donne un avant-goût. Je vous dévoilerai le logo en 2020, ainsi que le site internet et tous les visuels qui accompagneront l’ouverture de cette maison d’édition. Panda Jones est le super-héros des pandas, qui va superviser les six collections de la maison d’édition et du coup, six pandas, car à chaque collection son panda ! Je ne peux pas vous donner beaucoup plus d’informations pour l’instant, mais je vous tiendrai informée à mesure que les changements interviendront. Je vous parlerai aussi de comment faire pour ouvrir une maison d’édition, et pourquoi l’ouvrir. Mais il y avait un sujet plus important que je voulais évoquer aujourd’hui.

Je crois que le monde du livre est en plein changement, des changements qui arrivent vite, face à des acteurs du secteur qui ne peuvent pas changer aussi rapidement, ou qui n’ont pas voulu se remettre en question suffisamment tôt sur certains sujets. J’entends partout qu’on blâme Amazon. Amazon est un acteur qui a offert aux auto-édités une manière simple et efficace de s’auto-publier, sans avancer le moindre euro, avec à la clef la plus grande plateforme de diffusion numérique au monde. Difficile de le voir comme le grand méchant à mes yeux, alors qu’il est celui grâce à qui je vis de ma passion depuis plus d’un an. Peut-être qu’il y a des choses à améliorer chez Amazon, sûrement même, c’est une société en perpétuelle évolution. Mais si je regarde le secteur du livre et plus particulièrement des auto-édités, je n’ai pas trouvé de plateforme plus accessible que celle-ci. Ils se sont imposés dans le secteur, parce qu’ils ont proposé des services qu’aucun autre acteur n’avait proposé jusque-là. Si le consommateur suit la vague Amazon, c’est qu’il y trouve son compte : c’est simple, c’est rapide, c’est efficace. Alors oui, Amazon peut sûrement faire des efforts sur plein de points de sa politique, mais plutôt que de blâmer un acteur gigantesque du marché, pourquoi ne pas l’aider à s’améliorer ?

C’est pourquoi, même en tant que maison d’édition, je compte continuer de travailler avec Amazon et KDP, je compte laisser les livres dans l’abonnement Kindle. Je vais juste rajouter de nouveaux créneaux de diffusion. Mes romans seront ainsi bientôt commandables en librairie, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. Je vais également m’impliquer de plus en plus dans les discussions qu’il peut y avoir sur le sujet de l’auto-édition, de l’édition, du monde du livre en général. J’ai la sensation qu’il y a un virage à prendre qui n’a pas été pris. Sous quelle forme doit-il se prendre ? Je ne sais pas. Mais l’industrie du livre se plaint : les libraires se plaignent, les éditeurs se plaignent, les auteurs se plaignent… Et pourtant, le changement ne vient pas. Parce que se plaindre et blâmer Amazon pour tous les maux de la Terre, ce n’est pas ce qui va changer le milieu. Amazon est là, on ne le fera pas partir (je n’ai pas envie qu’il parte à titre personnel), alors plutôt que de se concentrer sur eux, pourquoi ne pas se concentrer sur ce que nous pouvons améliorer ? Pourquoi ne pas changer l’organisation des librairies ? Proposer des classifications différentes, pour attirer le lecteur. Plutôt que de ranger par ordre alphabétique par nom d’auteur comme c’est le cas depuis des années. Pourquoi ne pas proposer plus d’animations ? Pourquoi ne pas intégrer plus le lecteur ? Pourquoi ne pas lui proposer de laisser son avis, faire un mur d’avis dans une librairie ? Un mur de coups de cœur où chaque lecteur peut laisser son petit message pour inciter d’autres personnes à aller lire l’ouvrage ? Quand j’entre dans une librairie, c’est pour découvrir de nouveaux titres. Or, je ne trouve que les titres évidents, ceux dont tout le monde parle déjà. Je comprends pourquoi : la librairie a besoin de vendre pour vivre. Mais il y doit y avoir un moyen de faire autrement. Il doit exister un moyen de redonner de l’essor à l’industrie du livre en France.

Je ne pense pas qu’une seule personne puisse changer les choses. Mais je crois qu’il faut sérieusement réfléchir à la question, arrêter de camper sur ses positions et se demander pourquoi rien n’a changé dans l’industrie du livre depuis des années, alors que le monde évolue, que la technologie évolue, que les manières de consommer évoluent. Amazon a pris le virage, Amazon EST le virage. Pourquoi le reste de l’industrie du livre n’a-t-elle pas pris de virage ?

J’aimerais surtout changer l’opinion des gens sur l’auto-édition. J’entends des personnes se montrer condescendantes, j’entends partout “mais t’as forcément un métier à côté, on ne vit pas de l’écriture et sûrement pas en tant qu’auto-éditée” ou encore “ah t’es auto-éditée parce que t’as été refusée dans toutes les maisons d’édition ?“. Je comprends ces phrases, je comprends ce qui se cache derrière : c’est l’image de l’amateurisme dans l’auto-édition. C’est parce que la reconnaissance, selon les mœurs, passe forcément par la publication en maison d’édition. Eh bien j’aimerais dire que ce temps est révolu, car l’auto-édition est en pleine révolution, en pleine professionnalisation, parce que les écrivains ne vont plus vers l’auto-édition parce que c’est le seul choix qui leur reste aujourd’hui. Ils y vont parce que c’est plus rapide, parce qu’ils sont libres de prendre leurs décisions sur la couverture, la mise en page, le résumé, le fond de l’histoire. Ils y vont parce que les redevances par exemplaire vendu sont plus importantes. Ils y vont parce que c’est simple, c’est accessible. Ils y vont parce que c’est possible d’en vivre, c’est devenu une réalité. Et la France, quand il est question du livre, continue de vivre dans le passé. Elle voit l’auto-édition comme elle l’était il y a 15, 20 ans. Elle n’a pas suivi le changement.

Si j’ai envie de changer l’image que les gens se font de l’auto-édition, c’est pour les auteurs. Parce que même ceux qui réussissent sont en proie au doute, sont la victime de messages condescendants, qui brisent leur estime d’eux-mêmes. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas normal que des personnes qui ont eu le courage de publier leurs ouvrages et de se frotter à l’avis des lecteurs, aient peur de dire qu’ils sont écrivains auto-édités, parce que le jugement des autres les paralysent. Parce qu’ils s’attendent à des remarques du style “ah, ok, donc t’es pas vraiment édité, t’es pas vraiment écrivain“, comme si les auto-édités étaient une sous-catégorie des auteurs, une catégorie dont personne n’a envie d’entendre parler. D’où vient ce dénigrement de l’auto-édité ? Du passé. L’auto-édition n’est plus ce qu’elle était il y a des années de cela. Nous avons tous progressé ensemble, alors pourquoi est-ce que la majorité ne veut pas le voir ? Bien sûr qu’il y a des contre-exemples, mais il y en a aussi dans l’édition classique. Nous sommes en train d’ouvrir la voie aux prochains auteurs, nous sommes en train d’enfoncer les portes fermées, de faire voler en éclats les préjugés. Les gens qui nous critiquent ne sont pas au courant de comment se passe réellement l’auto-édition, du travail fourni, du nombre de personnes qui travaillent sur un ouvrage. Ils n’y voient que le manque de prestige. Parce que c’est prestigieux d’être publié en maison d’édition.

Eh bien, disons la vérité : j’ai été contactée par trois maisons d’édition française. J’ai discuté avec eux, j’ai essayé d’être ouverte d’esprit, d’être tolérante face à leur condescendance et la supériorité qu’ils affichaient. J’ai énoncé mes conditions. Ils m’ont ri au nez. Une seule est allée jusqu’à me faire une proposition financière. J’ai dit non. Je n’irai pas vers une maison d’édition qui n’est pas capable de m’offrir ce que je veux. Je veux bien faire des compromis, mais pas quand ces compromis manquent de respect. Et c’est ce que je ressens en écrivant ce billet : le manque de respect vis-à-vis des auto-édités. Il ne vient pas de tout le monde, mais il est présent. On peut lire sur Twitter des threads entiers destinés uniquement à démolir les auto-édités. On peut écouter des interviews de libraire qui crachent sur le sujet. Je dis non.

Même si j’ouvre ma maison d’édition, je reste auto-éditée. Ce n’est qu’une structure juridique que je dois ouvrir pour respecter les lois de l’état français, mais c’est toujours moi qui ai les rênes, c’est toujours moi qui décide de ce que je veux faire de mon histoire, de mes livres, de comment je veux communiquer dessus. Je suis auto-éditée et je suis fière de l’être. Je suis fière de vivre de ma passion depuis plus d’un an grâce à l’auto-édition. Je suis fière de voir des auteurs se lancer à leur tour et monter dans le top 100 Amazon. Je suis fière d’en accompagner certains et d’avoir pu prendre part ne serait-ce qu’un tout petit peu à leur succès, parce que c’est une aventure que nous vivons tous ensemble. Je suis fière de dire que je ne suis pas la seule à vivre de mes revenus d’auto-édités, car nous sommes beaucoup plus nombreux que ce que les mœurs, les éditeurs, les libraires et même les journalistes pensent.

L’auto-édition est en pleine évolution et révolution. Nous sommes en marche et nous allons faire voler en éclats tout ce que vous pensiez savoir et connaître des auto-édités. Nous sommes exigeants envers nous-mêmes et envers les gens avec lesquels nous travaillons. Nous faisons des erreurs, comme tout le monde, et nous nous en servons pour nous améliorer et faire mieux la fois suivante.

Je suis révoltée, amusée et admirative à la fois. Révoltée des critiques gratuites que font les gens sur un mode de publication dont ils ignorent tout. Amusée de voir ceux qui n’y connaissent rien se permettre de donner une opinion. Admirative des auteurs qui se lancent, qui se frottent aux lecteurs, qui se mettent à nu. J’ai de l’espoir pour le milieu du livre en France, j’ai de l’espoir pour les générations d’auteurs qui débarquent, qu’ils aient 70, 50, 30, 20 ou 15 ans. J’ai l’espoir que nous, les auto-édités, allons ouvrir le chemin à la prochaine génération, pour qu’au moment de choisir la manière de se publier, ils ne disent pas “ah non, l’auto-édition c’est pour ceux qui n’ont pas réussi” et qu’ils se posent vraiment la question “je m’auto-édite ou je passe par une voie traditionnelle ?“. Parce que la voie traditionnelle correspond à certains profils, je ne la renie pas et je ne la critique pas. Mais la voie de l’auto-édition correspond aussi à beaucoup de personnes, qui refusent de la regarder, de peur d’être critiqué, de peur de ne pas se sentir légitime dans leur démarche, parfois même de peur de paraître prétentieux, parce que si les maisons d’édition les refusent, c’est qu’ils n’ont pas le talent, n’est-ce pas ? Pas du tout. De la même manière qu’on peut être refusé après un entretien dans une entreprise, on peut être refusé par une maison d’édition sans que cela ne remette en cause nos compétences. Et en aucun cas ce refus ne devrait nous empêcher de tenter notre chance ailleurs, dans une autre maison d’édition ou via l’auto-édition. Les One Direction n’ont pas gagné X Factor UK. Le manuscrit de JK Rowling n’a pas été accepté dès la première sollicitation. On riait au nez d’Arnold Schwarzenegger quand il disait qu’il voulait devenir un acteur américain. Ils ont persévéré malgré tout, malgré l’avis du public ou des maisons d’édition. Et devons-nous parler de E.L. James, l’autrice de Cinquante nuances de Grey ? Elle s’est d’abord auto-éditée, avant de vendre les droits pour pouvoir toucher un public encore plus grand. Et Anna Todd, l’autrice d’After ? Elle a commencé sur Wattpad. Ces gens ont démarré sans l’appui d’une maison d’édition et ont réussi de manière merveilleuse. L’auto-édition et l’édition classique peuvent cohabiter. On peut les mêler, les mélanger, démarrer avec l’un, poursuivre avec l’autre. On peut aussi suivre la même voie tout du long de l’aventure.

Je suis auto-éditée et je suis fière de l’être.

*lance une armée de pandas sans bambou sur les haters*

Last modified: 10 décembre 2019
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