Le flop de la traduction italienne

En avril 2019, je me suis lancée dans l’idée de faire traduire mes romans. Mon plan était le suivant : m’installer à terme sur les marchés allemands et anglophones, qui sont les plus porteurs sur Amazon. Mais d’abord, il fallait tester et pour ça, j’ai choisi le marché italien, histoire de faire mes erreurs sur un marché moins porteur.

En avril, ma formidable traductrice s’est donc lancée et a traduit le tome 1 de la série Akalie O’Lys. Je l’ai ensuite confiée à une de ses connaissances, qui l’a relu pour le corriger. J’ai ensuite fait modifier la couverture et début juillet, j’ai lancé le roman sur le marché italien (amazon.it) accompagné d’une publicité Instagram destinée à ce marché, qui a duré une semaine. J’ai mobilisé quelques amis pour qu’ils achètent le roman sur le marché italien, mais c’était un petit peu compliqué, car Amazon.fr et Amazon.it ne communiquent pas, c’est-à-dire qu’on est obligé de changer sa localisation pour pouvoir acheter un ebook sur le marché italien (il faut résider quelque part en Italie).

Commençons par les erreurs ! J’ai actuellement 5 commentaires sur Amazon.fr pour le titre « la chiave dei portali » (traduction de la clef des portails), donc un qui n’a qu’une seule étoile et qui provient de quelqu’un qui n’a même pas acheté le livre, mais qui critique le fait qu’il y avait… *roulements de tambour* des fautes dans le résumé.

Le truc de fou, c’est qu’il a raison (même si bon, mettre un commentaire alors qu’on n’a pas lu le roman et juste pour critiquer le résumé, c’est quand même un chouilla abusif, mais bon à nouveau, il avait raison).

Alors remontons le pourquoi du comment c’est arrivé. J’ai donc lancé une publicité sur Instagram le jour de la sortie du livre, publicité qui n’a pas aussi bien marché que les précédentes que j’avais pu faire, j’avais mis ça sur le fait que je m’attaquais à l’Italie et que peut-être, le marché ne répondait pas de la même manière que le marché français. Le post était en italien, avec le résumé du livre. Une connaissance, qui est un auteur natif de l’Italie, a réagi à mon post pour me dire qu’il y avait des erreurs dans la traduction. J’ai serré les dents, ne sachant pas qui croire : l’auteur, natif de là-bas, ou ma traductrice, qui avait l’air d’avoir fait un excellent job mais que je ne connaissais absolument pas ? Qui plus est, entre temps, un ami traducteur m’avait un peu remonté le cerveau sur le fait qu’il y avait beaucoup d’arnaques à la traduction, avec des traducteurs qui passent le roman dans la moulinette Google, copie-colle, et ne se pose pas plus de questions. Même si j’avais utilisé une correctrice, j’avais utilisé une correctrice amie de la traductrice.

Je vais tout de suite vous rassurer sur un point : ma traductrice est extrêmement compétente, honnête et travaille efficacement et parfaitement. Sa correctrice l’est tout autant. Mon cerveau a bouillonné, hésitant à corriger ce que l’auteur me disait de corriger et j’ai finalement cédé et corrigé.

Erreur fatale. Alors attention, ce n’est pas la faute de l’auteur en question qui m’a remonté ce qu’il pensait être des fautes, c’est bien mon erreur de l’avoir cru. Il parle sûrement très bien italien, mais plus probablement un dialecte (il y a plein de dialectes en Italie) et moi j’ai suivi le mouvement, alors que pour info, je parle plutôt bien l’italien aussi, mais bon je ne suis pas native et j’ai tendance à vite remettre en question mes capacités linguistiques. J’ai donc écouté cet auteur, j’ai apporté les modifications au résumé qu’il m’indiquait et… j’ai reporté ces modifications sur le résumé de la page produit Amazon.

J’ai relancé ma publicité avec ces modifications, sans être certaine de mon coup. La publicité n’a donc pas eu la même portée qu’habituellement : beaucoup moins de likes, d’enregistrements ou d’achats. Le livre ne décollait pas sur Amazon, c’était étrange. Un mois après le lancement, pas vraiment de changement, quelques personnes avaient laissé un avis très positif et puis tout à coup je reçois un email de ma traductrice qui était passée sur la page Amazon du livre et qui m’alerte sur le fait que j’ai un commentaire 1 étoile, le fameux commentaire sur les fautes dans le résumé, ce qui fait qu’elle a relu le résumé et m’a pointé du doigt les fautes qui étaient dedans (tout en s’excusant platement en pensant que c’était de sa faute, alors que bah PAS DU TOUT mais je l’ai immédiatement rassuré à ce sujet bien sûr). Evidemment, les fautes qu’elle a pointé du doigt étaient toutes des modifications de l’auteur en question (à nouveau, je ne l’accuse pas, je suis vraiment persuadée que ça partait d’une très bonne intention et il a pris du temps pour corriger ce qu’il pensait être des fautes). J’ai donc remodifié, mais un mois s’était déjà écoulé, ce qui veut dire que l’effet « sortie du roman » était déjà passé. Néanmoins, je ne me suis pas affolée, j’étais partie sur ce marché avec l’idée que j’y ferais des erreurs et que ça m’apprendrait pour la suite.

Ce n’est pas la seule erreur que j’ai faite, j’ai commencé très fort en fait en me trompant sur le marché de publication dès le premier jour, ce qui fait que j’ai dû dépublier mon livre. En fait, sur la première page KDP pour publier son livre, la première ligne concerne la langue dans laquelle on publie, par défaut elle est sur français dans mon cas, j’ai oublié de la basculer en italien, ce qui fait que mon livre apparaissait dans « livres en français » sur le marché italien. Dommage, hein ? J’ai dépublié et dû recommencer depuis le début car ce ne n’est pas un paramètre qu’on peut modifier après publication du roman. Mais c’est comme ça qu’on apprend.

Autre erreur ? Le prix. J’ai mis mon roman en vente à 5,99€, comme en France. J’étais de très loin la plus chère sur le marché, j’ai donc baissé à 2,99€ après avoir observé les autres prix des concurrents de ma catégorie. J’en ai profité pour faire une névrose sur les chiffres des différents marchés européens et mondiaux pour la lecture numérique : l’Italie n’est pas encore aussi numérique que la France (c’est pour dire…) et la fantasy est un bon secteur, mais pas aussi porteur qu’en France non plus.

Une fois toutes ces erreurs corrigées (langue finale, prix, erreurs de traduction mais de mon propre fait), le roman a commencé à se stabiliser. Malgré toutes ces erreurs, je suis régulièrement dans le top 10 de ma catégorie et dans le top 2000 de la boutique Kindle Italie, 5 mois après la sortie du roman, ce qui est un assez bon score étant donné que je n’ai pas remis de livres sur ce marché depuis. Disons que mon livre n’est pas tombé dans les oubliettes alors qu’il y avait quand même beaucoup de raisons pour que ce soit le cas. J’ai cinq commentaires, un seul mauvais (le fameux 1 étoile, les autres sont des 5 étoiles, ce qui montre bien que la traduction est au top, merci encore à ma formidable traductrice, ne lésinez pas sur la traduction car c’est vraiment LE point important). Je suis allée jusqu’à la troisième place de ma catégorie. Je vous mets le classement au moment où j’écris ces mots (15 décembre, 5 mois et demi après la sortie) :

Classement de La chiave dei portali sur le marché italien au 15 décembre 2019

En termes financiers, étant donné que j’ai baissé le prix de l’ebook, rembourser ce que ça m’a coûté me prend beaucoup plus de temps. Les coûts ont été :

  • Traduction : 2000€
  • Correction de la traduction : 500€
  • Modification de la couverture : ma graphiste m’a adorablement offert cette partie
  • Publicité Instagram : 90€ (il serait intéressant d’en relancer une pour voir les effets maintenant que tout a été corrigé)

Qu’est-ce que ça m’a rapporté ? Si je parle de flop, c’est parce que je compare avec la sortie du tome 1 de la série Ryvenn (la dernière empathe), sur le marché français, qui avait fait 2000 euros dès son premier mois de sortie. Néanmoins, je continue d’avoir des pages lues régulièrement pour la chiave dei portali, ainsi que des achats. Donc le « flop » est lié au fait que, comparé à mes autres romans, celui-ci est de très loin celui qui me rapporte le moins (alors qu’il est celui qui a coûté le plus d’argent). Mais pour un test, je suis déjà très heureuse qu’il rapporte quelque chose. Je suis à un montant de 515 euros de redevances au 30 novembre, soit très loin des 2590 euros que ça m’a coûté. Je ne vous mets pas de tableau de KDP car sur ces durées de 5 mois, il n’y aura rien de lisible. Grosso modo j’ai encore des pages lues à peu près tous les jours et je vends un ebook un jour sur deux. Pour ce qui est du livre broché, je n’en ai vendu en tout et pour tout qu’un seul !

Que retenir alors ? D’abord que je suis très heureuse d’avoir fait des erreurs comme celles-ci sur un marché où ce n’était pas grave à mes yeux si je me grillais. Je vais donc mieux étudier la politique des prix des prochains marchés dans lesquels j’investis (UK, USA, Allemagne, toutes les traductions sont en cours). Je vais appliquer une stratégie marketing de lancement, avec publicité Facebook à l’appui mais aussi en publiant le tome 1 de la série en semaine 1, le tome 2 en semaine 3 et le tome 3 en semaine 6, pour augmenter la visibilité. Je dois donc attendre qu’une trilogie complète soit traduite, ce qui veut aussi dire un gros investissement financier sans savoir si ça va marcher, mais je pense qu’il faut essayer. De toute façon, dans la vie, il faut essayer et apprendre de ses erreurs pour faire mieux la fois suivante. Je vais également faire confiance à mes traducteurs, j’aurais dû revenir vers ma traductrice immédiatement plutôt que d’hésiter, mais ce sont des erreurs de débutant, c’est comme ça !

Enfin, d’avoir vu comment ça fonctionnait sur un marché étranger m’a fait passer le cap de la « première fois ». Je suis sortie de ma zone de confort du marché français (parce que quand même, à ce stade, je sais comment utiliser KDP pour publier sur le marché français), j’ai mis un pied dans le bain de la traduction, j’ai pu comprendre les rouages, le fonctionnement, je me sens donc beaucoup mieux préparée pour les prochains marchés ! Je n’abandonne pas le marché italien complètement, je le laisse de côté pour l’instant car je préfère concentrer mes efforts financiers sur des marchés plus porteurs, mais je compléterai au minimum la trilogie, pour ne pas laisser ceux qui ont lu le tome 1 sans la suite. Qui sait ? Peut-être que ça relancera les ventes. Peut-être que c’est un marché sur lequel je m’installerai à plus long terme. Je ne perds absolument pas espoir à ce sujet.

Pour les projets, je compte lancer en 2020 sur le marché allemand la série Akalie O’Lys. Sur les marchés anglophones, j’ai prévu de lancer la série Faith Ezreal, même si le tome 1 d’Akalie O’Lys est déjà traduit en anglais, je pense que Faith a plus de potentiel. Je suis également en train de me former à l’utilisation de la publicité Facebook pour accompagner ces lancements, car ce sont des marchés beaucoup plus concurrentiels que le marché français et je pense qu’il sera nécessaire d’appuyer la sortie avec de la publicité. Qui plus est, sur les marchés anglophones, il est possible de faire des opérations de promotion sur Amazon par soi-même (ce qui n’est pas le cas en France à part pour mettre le livre gratuit). C’est donc aussi un sujet qu’il faut que j’étudie.

Je reviendrai évidemment vers vous au fur et à mesure de mes avancées sur les sujets de traduction et de lancement en Allemagne, au UK et aux USA. Ce qui est certain, c’est que je persévérerai pendant un long moment pour essayer de m’installer au minimum sur un marché étranger, c’est une ambition que j’ai, elle prendra le temps qu’il faudra, mais je ne lâcherai pas :). Je pense que c’est quelque chose de faisable et j’aimerais bien y parvenir. Je vais sûrement beaucoup tâtonner au début, mais c’est comme tout : il faut expérimenter, faire ses erreurs, apprendre et recommencer avec de nouveaux paramètres. J’ai hâte de m’y mettre et de vous tenir informés !

Illustration par la merveilleuse @desmotsdanslamarge