Nous ne sommes pas exceptionnels

Je sais, ça fait mal à entendre. On a tous envie d’être exceptionnels, on aimerait tous se dire « moi, je suis différent, j’ai un truc en plus que les autres n’ont pas« . La vérité ? Nous sommes tous standards, moyens. Oui, on est tous différents, mais nous ne sommes pas exceptionnels.

Ce sont les médias et les réseaux sociaux qui veulent nous donner l’impression qu’être exceptionnel, c’est la norme. Après tout, tout ce qu’on voit passer aujourd’hui est exceptionnel. Les dernières photos du tour du monde de cette personne que vous suivez sur Instagram ? Cette photo de ce couple sous la cascade quelque part en Amérique du Sud ? Ce corps parfait d’une Instafit girl ? Et puis au journal de 20h, ils ont parlé de ce chef d’orchestre qui a 11 ans ! Onze ans, hein ? Incroyable. Et puis le pianiste de 8 ans dont tout le monde parle ? Et les dernières émissions de télé-réalité qui mettent en avant les meilleurs chanteurs, les meilleurs danseurs, les meilleurs…

Les meilleurs, voilà. C’est tout ce qu’on montre aujourd’hui, ce sont les seules images qu’on s’autorise à partager, c’est tout ce que les médias montrent : l’exceptionnel. Parce qu’on n’a pas envie d’entendre parler d’une personne standard, on veut rêver, on veut vibrer, on veut voir de l’exceptionnel. Sauf que les gens exceptionnels ne sont pas nombreux, probablement moins de 0,01% de la population. Cet effet médias/réseaux sociaux a généralement une conséquence dont j’ai déjà parlé : on se sent minable en comparaison. Eh oui, nous ne sommes pas exceptionnels comparé à toutes ces personnes ! Et pourquoi pas nous, hein ? Du coup, on cherche tous les moyens de devenir exceptionnels, à travers diverses choses que d’autres ne feront pas et qui nous mettront sur un piédestal : nous tombons dans l’extrême. Les extrêmes sont variés, certains peuvent donner un sentiment de faire le bien, d’autres non, mais ils tombent dans l’extrême quoiqu’il arrive. Quelques exemples en vrac : tout quitter pour aller sauver des vies en Afrique (oui, je suis d’accord, c’est génial, mais c’est extrême… c’est bien si c’était vraiment ce qu’on avait envie de faire et que ce n’était pas motivé par l’idée de faire quelque chose d’exceptionnel), acquérir une arme et tirer à vue dans une école (eh oui, c’est une autre manière d’être exceptionnel, même si ce n’est sûrement pas celle qui vous vient à l’esprit), devenir le meilleur à l’école et obtenir tous les prix et médailles qui vont avec, devenir un don juan qui couche avec tout ce qui bouge (oui c’est moins sexy tout à coup)…

Parce que si nous n’avons pas ça, ce petit bout d’exceptionnel qui brille en nous, qu’est-ce que nous avons ? On nous envoie des images toute la journée de choses exceptionnelles, alors forcément on se sent mal en se disant « mais moi, je ne suis pas comme ça« . Alors on peut aussi ne pas tomber dans les extrêmes et s’apitoyer sur son sort, ce qui revient à être dans un autre extrême : se faire la victime de la société, se dire qu’on est le plus nul, qu’on ne vaut rien, …

Ou on peut se dire que c’est ok. D’abord, parce qu’on est capable de se rendre compte que toutes ces images qu’on nous envoie au quotidien, sont exceptionnelles. Même si elles sont toutes pareilles et qu’elles nous donnent l’impression que c’est la norme, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas la norme. Il y a bel et bien des gens exceptionnels, ils sont juste tellement médiatisés qu’on les voit sans cesse passer sous notre nez. Et puis si tout le monde était exceptionnel, plus personne ne le serait en fait. Ce serait réellement une norme, on ne pourrait plus distinguer l’exceptionnel de… l’exceptionnel ! Et pourtant, on veut tendre vers l’exceptionnel, que ce soit en positif ou en négatif. On veut être dans l’excès, dans le trop. On veut être « le plus » quelque chose. Tout pour éviter d’être normal, d’être dans la norme. Parce que « normal » semble être un synonyme d’échec de nos jours.

Et bien vous savez quoi ? Vouloir être exceptionnel, c’est une pression incroyable. Se mettre la pression tout seul pour ça, c’est vraiment dommage. Et pire ? Plus on croit qu’on est exceptionnel, moins on est susceptible de faire les efforts nécessaires pour parvenir à nos buts.

La vérité ? Ceux qui sont devenus exceptionnels ne croyaient pas l’être. Ils ont travaillé dur jour après jour, persuadés qu’ils devraient se battre dix fois plus que n’importe qui pour y arriver. Leur persévérance a payé et aujourd’hui, même s’ils sont au top, ils ne se croient toujours pas exceptionnels et ils continuent de s’améliorer, jour après jour.

A l’instant où on laisse tomber cette affaire d’être exceptionnel, que ce soit de se croire exceptionnel ou de s’auto-flageller parce qu’on ne l’est pas, on peut enfin réfléchir à ce qu’on veut vraiment. On oublie les on-dits, on oublie le poids de la société, des médias et des réseaux sociaux, on s’assoit et on se dit « ok je ne suis pas exceptionnel, et maintenant qu’est-ce que je veux vraiment faire de ma vie puisque je me donne le choix de faire ce que je veux, sans me mettre la pression d’être exceptionnel ?« . Vous allez sûrement vous tourner vers des choses que d’autres gens qualifieraient « d’ordinaires ». Tant mieux. Ce sont celles qui comptent vraiment dans la vie souvent : passer du temps avec ses amis, sa famille, prendre soin de soi et de sa santé, faire des choses qu’on aime. Prendre le temps d’être heureux.

C’est ennuyeux de ne pas être spécial ou exceptionnel ? C’est la société qui vous envoie le message que c’est ennuyeux. Ça ne l’est pas. C’est vous qui choisissez votre vie. C’est vous qui définissez ce qui vous plaît ou non, ce qui vous rend heureux ou non. Vous pouvez oublier le regard des autres et leur jugement sur votre mode de vie. Vous n’êtes pas exceptionnels de toute façon, pourquoi est-ce que vous devriez leur rendre des comptes ? Et si vous l’êtes, c’est la même chose. Ne leur rendez pas de comptes. Vivez ce que vous voulez, pour vous. Vous n’avez qu’une seule vie, alors autant en profiter en fonction de vos critères, pas ceux que la société met en place.

Tout ce à quoi j’aspire c’est écrire, balader mes chiens, faire du sport et aider les autres. Ça a l’air ennuyeux à mourir, hein ? Je m’en fiche. C’est ce qui me rend heureuse. Si ce à quoi vous aspirez paraît ennuyeux aux autres, ne l’éliminez pas pour autant. Est-ce qu’ils sont à votre place ? Est-ce qu’ils sont au creux de vos émotions ? Est-ce qu’ils savent mieux que vous ce que vous ressentez ? Non. Alors ne les laissez pas décider pour vous de ce qui vous rend heureux.

Ne soyez pas spéciaux. Ne soyez pas exceptionnels. Soyez vous-mêmes. Travaillez pour obtenir ce que vous voulez. Améliorez-vous constamment jour après jour, acceptez que ce dont vous avez envie aujourd’hui peut changer demain.

Pour rappel : c’est ok. 🙂

Illustrations par la merveilleuse @desmotsdanslamarge