Par L'auto-édition c'est pas pour les moutons Ventes et autres chiffres qui font plaisir

Le piratage des ebooks

Ah le piratage ! On pourrait penser que c’est une époque révolue, qu’avec tous les outils d’abonnement à notre disposition, à prix modique, les utilisateurs auraient cessé d’utiliser les sites de téléchargement illégal. Que nenni ! Tu veux une statistique flippante ? En Allemagne, on pense qu’un ebook sur dix seulement est téléchargé de manière légale… ce qui signifie que neuf téléchargements sur dix se font via des plateformes de piratage.

Génial, hein ? Ça fait rêver. C’est l’envers du décor du monde virtuel. Le piratage des ebooks numériques est toujours à la mode, pour plusieurs raisons : la multiplicité des formats ebooks pour commencer. Si des plateformes comme la FNAC utilisent le format EPUB, ce n’est pas le cas d’Amazon, qui utilise un format spécifique KINDLE. Sans liseuse Kindle, c’est complexe d’aller lire les ebooks téléchargés via Amazon. Il faut passer par un logiciel pour les transformer, mais avant même de savoir faire ça, il faut réussir à les récupérer sur sa liseuse… Alors qu’on peut aller les récupérer directement au bon format sur un site de piratage ! La manipulation est presque plus simple, et puis tant pis si c’est illégal, n’est-ce pas ? Tant pis pour l’auteur, l’illustrateur et les personnes qui ont donné de leur temps pour cette oeuvre. Nous vivons à l’ère du gratuit. Le contenu Youtube est gratuit, la musique paraît gratuite parce que payer son abonnement Spotify ou Deezer est rentré dans les mœurs (et puis on peut aussi ne pas payer d’abonnement et accepter d’écouter les publicités), payer son abonnement Netflix aussi et encore mieux, pour ceux qui ont déjà l’abonnement pour la livraison Prime d’Amazon, Prime Video est inclus ! On a l’impression que le contenu est accessible massivement et gratuitement. Et si l’abonnement Kindle existe bien, comme tout le contenu n’est pas dessus et qu’en plus il est protégé par un format spécifique, certains continuent de télécharger…

Les statistiques sur le téléchargement illégal sont assez mal documentées en Europe, pour plusieurs raisons : d’abord parce que c’est du déclaratif, c’est-à-dire que les personnes sont interrogées sur la base de leur bonne foi, donc forcément, tout le monde n’a pas envie de dire, même anonymement, que la pratique usuelle pour eux, c’est de télécharger illégalement plutôt que d’acheter ou de passer par un abonnement. Ensuite, rien que les données sur les ventes des ebooks sont déjà mal renseignées en Europe, alors forcément, quand on n’a déjà pas un chiffre très clair du nombre de lecteurs numériques légaux, c’est encore plus difficile d’aller trouver le pendant illégal. Si on croit les dernières statistiques d’une étude de Sondage OpinionWay pour SOFIA/SNE/SGDL qui date de 2019, 22% des lecteurs en France sont des lecteurs numériques, ce sont des heavy consumers, c’est-à-dire que ce sont des grands lecteurs, qui consomment beaucoup plus de livres que la moyenne des lecteurs en France. Si la tendance va vers l’augmentation du nombre de livres qu’ils lisent par an, ils dépensent en revanche beaucoup moins et vont plus facilement vers les livres gratuits, les offres promotionnelles et… surprise : le téléchargement illégal ! 22% des lecteurs numériques auraient eu recours au téléchargement illégal, soit un peu plus d’un cinquième des lecteurs numériques. Rien d’alarmant quand on voit que les statistiques en Allemagne sont beaucoup plus affolantes (rappel : 9 ebooks sur 10 seraient téléchargés illégalement en Allemagne et oui je compte encore le répéter une autre fois dans cet article tellement je ne m’en remets pas).

Qu’est-ce qui m’a amené à m’intéresser au piratage illégal ? C’est une amie autrice qui a découvert que ses livres étaient tous disponibles sur un site bien connu de téléchargement illégal qui m’a fait me dire “hmmm les miens aussi“. Bon, évidemment, les miens aussi y étaient. Je me suis donc posée la question de savoir comment lutter contre ces piratages, tout en me disant “ce n’est qu’un cinquième de mon marché, ce n’est pas si grave“. Ah, mais si seulement les statistiques avaient raison !

En creusant le sujet, j’ai découvert que mes livres étaient dix fois plus téléchargés illégalement qu’ils ne l’étaient légalement. Pour vous donner une indication plus parlante : on parle de 550 000 téléchargements illégaux environ en 2019 contre un peu plus de 60 000 ventes légales pour la totalité de mes romans. Voilà, voilà. Ça fait réfléchir, hein ? Entre l’abonnement Kindle et la vente, on peut arrondir le bénéfice par ebook à 3 euros pour faire simple disons, ça fait donc 1 650 000 euros de revenus qui disparaissent si on veut exagérer le trait. Parce qu’évidemment, il y a beaucoup de gens qui n’auraient pas pris ce livre et ne l’auraient pas lu s’ils n’avaient pas été disponible au téléchargement. Mais si seulement 10% de ces gens avaient acheté les livres… eh bien ça représente déjà 165 000 euros, soit mes revenus de 2019 en gros. Ça double mes revenus. Non pas que j’en aie besoin. Mais c’est pour vous donner une idée de ce que ça représente.

Faut-il lutter contre le piratage illégal ? Il y a deux écoles. La première, c’est de se dire “oui je veux lutter contre le piratage illégal” et vous mettez toutes les raisons que vous voulez derrière, vous êtes dans votre bon droit de toute façon, c’est votre oeuvre, ce sont vos droits d’auteur. Il existe des sociétés auprès desquelles vous pouvez payer un abonnement pour qu’elles vous remontent tous les liens sur lesquels vos œuvres sont disponibles illégalement, à charge ensuite pour vous d’aller faire les démarches pour faire retirer vos œuvres de ces sites. Pour ma part, j’ai employé brièvement (pendant deux mois), une entreprise qui allait au bout de la démarche, jusqu’à faire retirer les œuvres par signature numérique de ces sites. J’ai trouvé la solution très efficace ! En une semaine, mes ventes ont gonflé de 30% sans qu’il y ait de nouvelles sorties ebooks ou de promotions en cours, pour un coût dérisoire. Malheureusement, pour diverses raisons, la société a dû fermer ses portes et les autres acteurs du marché ne vont pas tout au bout de la démarche. C’est donc une de mes assistantes qui se charge actuellement de relever les sites internet sur lesquels mes livres sont disponibles gratuitement et qui fait les démarches nécessaires pour les faire retirer. Je vais mesurer pendant encore trois mois l’impact que ça peut avoir sur mes ventes, pour voir si je continue ce processus. Car il y a une deuxième école, bien sûr.

Il y a une stratégie qui consiste à dire : ok mes livres sont disponibles au téléchargement illégal, mais la plupart des gens qui téléchargent ne passent pas à l’achat si le livre n’est pas disponible au téléchargement. Or, ces gens qui téléchargent, parlent tout de même de votre oeuvre autour d’eux, ils communiquent sur les réseaux, ils ont des amis, de la famille… en temps normal, ils n’auraient pas acheté votre livre et il ne serait pas tombé entre leurs mains. Mais le fait de l’avoir à disposition gratuitement les a fait passer à l’acte et résultat ? Ils sont devenus vos ambassadeurs. C’est très difficile de mesurer l’impact que les réseaux, les bookstagrameurs et les booktubeurs peuvent avoir sur vos ventes, mais cet impact est réel malgré tout. Une stratégie, très utilisée par les américains, consiste à laisser les premiers tomes de ses séries en téléchargement illégal et à faire retirer uniquement les tomes suivants. Si les gens ont aimé, ils passeront à l’achat pour la suite… C’est plus facile de convertir en achat quelqu’un qui a lu et aimé le premier tome, pour un achat de tome deux, que de convertir en achat quelqu’un qui n’a encore jamais lu.

J’ai, malgré moi, testé la deuxième stratégie pendant de nombreux mois, sans me rendre compte de l’importance des téléchargements, je teste actuellement la première, qui consiste à faire des efforts pour lutter contre, mais je ne suis pas certaine de poursuivre cette stratégie à l’avenir. J’aime avoir des chiffres sous les yeux pour prendre des décisions, je vais donc mesurer l’impact du retrait de mes livres des plateformes de téléchargement et voir si ça vaut l’énergie, le temps et l’argent investis. Car mine de rien, le temps de mon assistante, c’est de l’argent ! Je vous ferai un bilan dans quelques mois à ce sujet, pour l’instant les deux seules statistiques que je peux vous partager et vous marteler sont les suivantes : en Allemagne, neuf ebooks sur dix sont téléchargés illégalement (parce que les allemands considèrent que ce contenu devrait être gratuit) et pour un téléchargement légal d’un de mes livres, il y a potentiellement dix téléchargements illégaux.

Toujours selon l’étude de Sondage OpinionWay pour SOFIA/SNE/SGDL de 2019, près de 7 lecteurs sur 10 n’auraient jamais eu recours à une offre illégale… j’ai des doutes sur ça ! Soit les gens ont du mal à dire la vérité, même dans le cadre d’études anonymes (enfin je veux dire, même si on vous disait que c’est anonyme, est-ce que vous auriez envie de dire que vous téléchargez illégalement ? Surtout quand on vous parle du droit d’auteur ensuite… ça fait un peu culpabiliser, non ?), soit les statistiques que j’ai récupérées des divers sites de téléchargement illégaux sont complètement erronées (c’est possible également ! Mais dans ce cas, d’où vient cette augmentation subite de 30% de mes ventes suite à la disparition temporaire de mes romans des plateformes de téléchargement ?). Enfin, en toute transparence, difficile de dire qui a raison. Néanmoins, le téléchargement illégal d’ebooks, c’est quelque chose de vrai, de réel et qui a un impact. On peut voir l’impact négatif : le manque de revenus à gagner pour l’auteur. On peut aussi voir l’impact positif : votre livre se répand comme une traînée de poudre…

Si vous voulez un peu plus d’informations sur comment lutter contre le piratage de vos livres numériques, vous pouvez m’écrire directement via la page contact du blog. Vous savez que je suis toujours à disposition pour répondre à vos questions.

D’ici là, personnellement, j’ai décidé de voir ça comme une marque de succès, autant de téléchargements illégaux, ça reste la classe ! Je pensais avoir un certain nombre de lecteurs (liés à mes chiffres de ventes), je découvre qu’en fait, il y en a toute une partie que j’ignorais totalement ! Et finalement, ça fait plaisir de se dire qu’on est autant lu. Au minimum, j’ai deux fois plus de lecteurs que ce que j’imaginais (car malgré les statistiques de l’étude dont je vous parle, avec ce que j’ai rassemblé comme statistiques de mon côté via des collègues auteurs, je peux vous assurer qu’au strict minimum, à chaque ebook téléchargé légalement, il y a un ebook téléchargé illégalement), au maximum j’en ai dix fois plus. Dingue, non ?

Illustrations par la merveilleuse @blandine.pouchoulin

Étiquettes : , , , Last modified: 4 septembre 2020
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