Feel life – billet d’humeur

J’ai un truc avec la vie : je l’aime, je l’adore, je saute à pieds joints dedans. Je suis du genre à danser si j’ai envie de danser, pas plus tard qu’hier je suis montée sur la table de ma salle à manger (et oui, @khéméia, tu vas criser, je parle bien de TA table) et j’ai dansé dessus, vite rejointe par ma super Nala (ma bergère australienne, toute aussi surexcitée que moi au quotidien) et j’ai entamé une petite danse. Et non, ce n’est pas le confinement qui me fait perdre la tête, c’est mon état naturel, j’en ai bien peur.

Je suis du genre à m’éclabousser avec une flaque d’eau dehors, à ne pas avoir peur de salir mes vêtements, à aimer transpirer, à dire oui à toutes les nouvelles choses qu’on me propose de faire ou d’essayer. La nouveauté, c’est sortir de sa zone de confort. Sortir de sa zone de confort, c’est apprendre de nouvelles choses et devinez quoi ? Je suis une accro de l’apprentissage. J’adoooore apprendre, c’est comme une drogue. Dès qu’il y a un sujet que je ne maîtrise pas, j’ai envie qu’on m’explique, j’ai envie de trouver toutes les informations que je peux à ce sujet. C’est vrai pour les sujets théoriques, c’est vrai aussi pour les sujets pratiques. J’aime tester les sports que je n’ai jamais testés, goûter tous ces plats que mes papilles n’ont jamais expérimentés, aller visiter ces lieux que mes yeux n’ont jamais vus.

Et pourtant, j’ai peur. Parce que sortir de sa zone de confort, ça fait peur. Mais vous savez ce que c’est la peur ? C’est notre corps et notre esprit qui se mettent en condition pour nous permettre d’affronter une situation. Ils nous préparent, pour qu’on soit au meilleur au moment de faire le plongeon, de franchir ce petit pas qui nous permettra de sortir de notre zone de confort. Et quand on sort de sa zone de confort, des choses formidables se produisent. On est fier de soi, on découvre de nouvelles choses, notre esprit cultive sa curiosité, notre curiosité engendre de la créativité… c’est fou, tout ce qu’il peut se produire hors de notre zone de confort.

Et puis… on ressent la vie. On sort de sa routine, on sort de ce train-train qu’on connaît par cœur, on se prouve qu’on est capable d’autre chose. Sortir de ma zone de confort, ça me fait me sentir encore plus vivante. Et devinez quoi ? Personne n’a jamais accompli ses rêves en restant dans sa zone de confort. Je crois que la capacité à quitter sa zone de confort, jour après jour, c’est ce qui différencie les personnes qui réalisent leurs rêves, de celles qui ne font qu’en parler et ne les réalisent jamais. La première catégorie a osé. Elle a fait preuve de courage, de discipline et de persévérance : elle a fait ce petit pour quitter sa zone de confort, jour après jour. Et elle a appris, elle a engrangé du savoir, elle a trébuché, elle a échoué, elle est tombée, elle a recommencé. La deuxième catégorie a beaucoup parlé de ses rêves, oh elle a vu comment il fallait faire, elle y a beaucoup réfléchi. Mais au moment de passer à l’action ? Elle avait toujours une bonne excuse pour repousser cet instant. Elle passe sa vie à rêver, sans jamais agir. Parce qu’agir, ce serait s’engager sur un chemin, ce serait réellement avancer vers son rêve. Or, en avançant on se frotte à deux problèmes : la réussite, et l’échec. L’un et l’autre sont puissants et font peur. Ils sont le changement, on n’est plus la personne qui parle de son rêve, on est celle qui potentiellement va y arriver… ou non. C’est hors de notre zone de confort, ça fait peur, on n’y va pas.

Et pourtant, c’est là-bas que se produisent les choses. C’est là-bas que je me sens vivante, personnellement. A force d’aller dans cette zone d’inconfort, elle me paraît presque familière. Quitter mon job pour devenir écrivain à temps plein sans filet de sécurité ? C’était clairement quitter ma zone de confort. Est-ce que ça a payé ? Oui. Est-ce que je regrette ? Absolument pas. Est-ce que c’était difficile et ça faisait peur ? Totalement. Est-ce que j’ai appris des choses ? Evidemment. Publier mon premier roman en auto-édition ? Flippant comme pas permis. Lire les commentaires négatifs sur Amazon pour la première fois ? Atroce, crève-cœur. Est-ce que j’ai appris des choses ? Oui. Est-ce que c’est toujours aussi difficile que la première fois maintenant que j’ai sorti plusieurs livres ? Non. C’est presque devenu une zone de confort pour moi. Parce que je l’ai fait, je m’y suis habituée et ce n’est plus l’inconnu. Mais il faut bien démarrer quelque part. C’est comme quand on débarque dans un nouveau job, qu’on ne connaît personne, qu’on ne sait pas exactement ce que le patron attend de nous. On tâtonne, on a peur, mais on le fait quand même. C’est plus facile parce qu’on est supervisé. Quand on est auteur, il n’y a pas de supervision (même si je parle bien sûr depuis quelques temps d’introduire le métier d’agent littéraire en France de manière plus massive et que je compte bien y arriver). On est seul, face à sa page, il n’y a que nous qui pouvons nous motiver. Il n’y a que nous qui pouvons franchir l’étape « envoyer à un ami pour qu’il me fasse ses retours » ou encore « publier ». C’est flippant. Mais bon sang, c’est grisant, on se sent vivre, on a le cœur qui palpite, des papillons dans l’estomac, le sang qui afflue. C’est une sensation dingue. Et c’est vrai de toutes ces situations qui nous tirent de notre zone de confort.

Je n’ai pas envie de passer ma vie dans ma zone de confort. J’aime y être de temps en temps, parce que c’est reposant et c’est parfois ce dont on a besoin. Mais on n’y grandit pas. On ne progresse pas. On n’y apprend pas. Imaginez quelqu’un qui fait de la musculation. S’il porte toujours le même poids, sans jamais augmenter la charge, ses muscles ne comprendront pas le message, ils n’entendront pas qu’ils doivent prendre en fibres musculaires pour permettre à l’humain de porter plus, parce que l’humain n’essaye pas de porter plus. Mais si l’humain se décide à quitter sa zone de confort pour mettre plus de charge sur sa barre de musculation, alors le corps fait quelque chose de magique : il s’adapte. De nouvelles fibres se créent pour renforcer le muscle et lui permettre, la prochaine fois, de supporter une charge plus élevée.

Notre cerveau fonctionne de la même manière. Si on le garde constamment dans sa zone de confort, il n’apprend pas. Et si on le pousse dans ses retranchements, tout à coup, il se met à créer de nouvelles connexions pour nous aider à affronter la prochaine situation qui se présentera qui sera similaire. J’adore ça. Je suis grisée par ça. Je ne veux pas avoir peur de tester de nouvelles choses, de faire un pas dans l’inconnu.

Je veux trébucher.

Je veux me vautrer lamentablement.

Je veux me sentir vivante.

On n’a qu’une seule vie et elle passe terriblement vite. Alors pourquoi la passer dans sa zone de confort sans jamais prendre de risques ? Pour la passer à contempler ce que nous pourrions réaliser, sans pourtant faire un pas pour vraiment réaliser ces choses ? Est-ce que contempler ce que notre vie pourrait être est aussi grisant que de vraiment mettre en place les choses pour réaliser cette vie, pour faire en sorte qu’elle soit la nôtre ?

Posez-vous la question : de quoi avez-vous vraiment peur ? D’échouer à réaliser vos rêves ? Ou de passer votre vie à ne même pas essayer de les réaliser ? A ne pas vous sentir pleinement vivants parce que vous serez restés dans ces quatre murs que vous avez construit qui sont votre zone de confort ? Je me répète : de quoi avez-vous le plus peur ? Est-ce que vraiment, votre peur d’échouer, d’oser, de vous lancer, de réussir, est une peur plus forte que celle de passer à côté de la vie que vous auriez voulu avoir ?

Parce que moi, je sais ce qui me fait le plus peur entre les deux. C’est la seconde hypothèse. Je ne voudrais pas me retrouver sur mon lit de mort à me dire « bon sang je n’ai rien fait pour atteindre mes rêves, j’aurais tellement dû essayer ». Je ne veux pas avoir de regrets ce jour-là. Je veux fermer les yeux à tout jamais en me disant « j’ai essayé, j’ai vécu, j’ai appris, j’ai aimé ma vie et je lui ai tout donné ».

Parce qu’on n’en a qu’une seule.

Et il serait vraiment temps de la croquer à pleines dents, cette vie.

Ce qui est encore mieux que de la croquer à pleines dents ? La croquer à pleines dents à plusieurs. Trouvez-vous des personnes qui, elles aussi, ont envie de quitter leur zone de confort. Et aller danser sous la pluie ensemble. Il n’y a pas de mal à se salir, à trébucher, à tomber. Vous pourrez vous relever mutuellement.

Et puis j’aimerais vous rappeler quelque chose d’important : celui qui n’est jamais tombé n’a jamais essayé de marcher. Regardez les enfants en bas âge : ils passent leur temps à quitter leur zone de confort, ils mettent tour à tour les objets dans leur bouche, dans leurs mains, ils testent, ils expérimentent, sans aucune crainte, parce qu’ils n’ont pas encore construit leurs peurs. Ils apprennent à marcher, ils tombent plus que de raison, mais ils persévèrent. Vous aussi, vous avez eu tout ça en vous un jour, vous avez été un de ces bébés qui apprennent à marcher.

Alors peut-être que vous devriez retomber en enfance et OSER. Quand vous étiez enfant, vous OSIEZ. Avant que la société n’applique son masque sur vous, qu’elle vous enseigne comment entrer dans le moule et ne pas faire de vagues, vous OSIEZ.

Une seule vie, je vous le rappelle : on n’a qu’une seule vie. Faites en sorte qu’elle compte.

Illustrations par la merveilleuse @blandine.pouchoulin