Par Arrête d'être un mouton pessimiste Les zèbres sont des êtres humains multicolores

les zèbres (et la normalité)

Je ne parle pas de l’animal, mais bien de l’appellation psychologique, qui désigne les personnes à “haut potentiel”, les précoces ou les surdoués.

Ouais, je sais, ça fait peur. Prenez une seconde pour vous remettre avant de poursuivre car ce n’est pas du tout ce que vous imaginez. Non, les zèbres ne sont pas forcément des génies. Non, les zèbres ne sont pas des surdoués dans le sens qu’ils peuvent faire tout et n’importe quoi mieux que les autres, qu’ils sont capables de faire des calculs mentaux hallucinants plus vite qu’une calculatrice, qu’ils peuvent hacker le service informatique du Pentagone… Eh bien, non. Désolée de vous décevoir.

Oui, il y a des zèbres qui sont des génies, mais la plupart des zèbres, ce sont simplement des personnes qui ne trouvent pas leur place dans la société, généralement pour trois raisons :

  • parce que justement on leur a dit qu’ils étaient zèbres et qu’ils ont compris “surdoués”, “génies” et qu’ils ne se sentent pas du tout à l’aise avec cette étiquette qu’ils assimilent à ce que j’ai décrit au-dessus et qui ne correspond à ce qu’ils sont
  • parce qu’ils essayent désespérément de se fondre dans le moule de ce qu’ils considèrent comme “normal”, avec la sensation qu’il y a un problème chez eux, parce qu’ils n’y arrivent pas justement (généralement, ils n’ont pas été dépistés)
  • parce qu’ils sont en marge de la société, avec des idées atypiques, des manières de faire atypique, bref ils sont atypiques (et dans ce cas, ils peuvent avoir été dépistés ou non, simplement ils ne se sentent pas à leur place parce qu’ils n’assument pas toujours leur personnalité)

Je ne suis absolument pas experte sur le sujet des zèbres, dans le sens où je ne suis pas psychologue, thérapeute, ou je ne sais quel autre métier qui pourrait indiquer que j’ai de l’expérience sur le sujet. En revanche, je suis zèbre, je côtoie des zèbres, je m’interroge sur le sujet, je pose des questions, j’ai lu quelques livres qui en parlent. D’ailleurs, j’ai un souci avec ces livres :

  • ils sont souvent écrits par des personnes qui ne sont pas zèbres mais qui s’occupent de zèbres
  • ils traitent beaucoup des surdoués et des cas extrêmes, des fameux génies et des conséquences liées à ça (comme la perte du tissu social)

Sauf que la masse des zèbres n’appartient pas à la catégorie des génies. La masse des zèbres est perdue entre son besoin d’appartenance (niveau 3 de la pyramide de Maslow, pour rappel) qui lui crie de se conformer à la “normalité”, celle de la majorité, celle que les normes sociales placardent partout, et son sentiment profond qui est qu’elle ne fait pas partie de cette majorité. La plupart des zèbres non dépistés, qui ne savent pas qu’ils sont zèbres donc, ont la sensation qu’il y a un problème avec eux. Qu’ils sont le problème. Qu’ils ont forcément quelque chose qui ne tourne pas rond.

Ce que j’écris est valable autant pour les zèbres que pour les non-zèbres. Parce que je ne crois pas qu’il y ait besoin de faire un test de QI pour savoir si on est zèbre ou non. Être zèbre, c’est avoir un ensemble de caractéristiques particulières, une sorte de tronc commun qui nous réunit tous et ce tronc commun, il peut s’appliquer à des zèbres comme à des non-zèbres. Il y a plein de gens aujourd’hui qui sont pris entre l’envie d’appartenir à la majorité et le sentiment de ne pas réussir à en faire partie, il n’y a pas besoin d’être zèbre pour ressentir ça, c’est notre besoin d’appartenance qui nous donne envie d’appartenir à cette majorité. Alors j’aimerais dire quelque chose d’important pour toutes ces personnes qui ne se sentent pas à leur place.

Il n’y a pas de normalité sociale.

Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas comme les autres, que vous n’êtes pas normaux.

Il y a une majorité, c’est vrai. Mais personne ne vous oblige à en faire partie. S’il y a des gens qui vous poussent dans cette direction et que ça ne vous convient pas, vous ne devriez pas les écouter. Il n’y a qu’une personne qui sait ce qui est bien pour vous : c’est vous-mêmes. Il n’y a que vous qui pouvez ressentir l’épanouissement, il n’y a que vous qui pouvez définir vos valeurs, il n’y a que vous qui pouvez savoir ce qui vous rend heureux.

Un autre point important : vous n’êtes pas seuls. Vous n’êtes pas seuls à ne pas vous sentir “normaux”, vous n’êtes pas seuls à vous sentir en marge de la société. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que vous n’êtes pas en marge, tout simplement. Il y en a d’autres comme vous, et c’est d’eux dont vous devez vous rapprocher pour remplir votre besoin d’appartenance. Il n’y a rien de tel que de rencontrer quelqu’un et de sentir qu’on est sur la même longueur d’ondes, parce qu’on réfléchit de la même manière, parce qu’on a les mêmes valeurs, parce qu’on a un socle commun, des fondations similaires. Ces personnes existent. Il y a plein de zèbres autour de vous, de la même manière qu’il y a plein de personnes qui partagent vos valeurs si vous n’êtes pas zèbre. Trouvez-les, allez les chercher, formez votre propre groupe, remplissez ensemble votre besoin d’appartenance. Devinez quoi ? Vous n’avez pas besoin de plaire à tout le monde. Absolument pas. De toute façon, vous n’avez pas le temps pour… accorder du temps justement, à tout le monde. Choisissez les personnes qui font partie de votre entourage et choisissez-les bien.

Définissez votre propre normalité. Ce n’est pas parce que la majorité des gens vivent d’une certaine manière, pensent d’une certaine manière, que vous devez décider que c’est ça, la normalité. Chacun a sa propre vision de ce qui est normal, en fonction de son passé, de son éducation, de ses valeurs, de la personne qu’il est. Il n’y a pas de standard de normalité. Ne confondez pas normalité et majorité, c’est vraiment important. Les écologistes sont en minorité aujourd’hui dans les partis politiques, même s’ils continuent de monter, est-ce que ça veut dire qu’ils ne sont pas importants ? Est-ce que ça veut dire que leur programme ne devrait pas être défendu et qu’on ne devrait pas parler d’eux ? Est-ce que ça veut dire qu’ils ne devraient pas s’exprimer ? Est-ce que ça veut que l’avenir de la planète n’est pas un sujet dont on devrait se préoccuper ? Je ne crois pas. Est-ce que ça veut dire qu’ils ne sont pas normaux ? Non, je ne crois pas.

Ma normalité, c’est de travailler de chez moi, ou parfois depuis un café (pour le jour où les cafés rouvriront). Ma normalité, c’est de boire de la tisane, pas de café, pas de thé, et parfois je bois du chocolat chaud. Ma normalité, c’est de passer une partie de ma journée à marcher avec ma chienne et à faire du sport. Ma normalité, c’est de gagner ma vie avec mes livres. Ma normalité, c’est de cuisiner des pâtisseries protéinées. Ma normalité, c’est de me coucher à 22h et de me réveiller avant 6h du matin. Je crois qu’une grande partie de ce que je viens de décrire n’est pas dans la majorité. Ça ne veut pas dire pour autant que ce n’est pas normal. C’est MON normal, le mien, celui que j’ai choisi, celui qui me convient. Oui, je suis certainement atypique aux yeux de la majorité. Ça m’est complètement égal. J‘ai défini mon normal et à vrai dire, leur normal à eux me paraît atypique. Est-ce que c’est mal ? Non. Est-ce que je devrais mettre des barrières et des contraintes dans ma vie pour me conformer à leur normal à eux sous prétexte qu’ils forment la majorité ? Je crois que ce serait bien triste. Si tout le monde faisait ça, on perdrait certainement en créativité, en idées de tous horizons, on n’aurait plus qu’un seul et unique moule, celui dans lequel tout le monde se glisse. Et puis ensuite, on aurait une révolution sur les bras, parce que certaines personnes finiraient par péter un plomb à essayer d’entrer dans un moule qui n’est pas le leur. Oh, vous pensez à votre dernier burnout en date ? Tiens donc… est-ce que vous auriez essayé un peu trop longtemps de rentrer dans les normes ?

Alors n’essayez pas de rentrer dans ce moule. Créez le vôtre, tout en respectant les autres évidemment. C’est comme ça qu’on créé de nouvelles tendances. Vous voulez des exemples ? Parce qu’il y en a des milliers. Si tout le monde restait dans ce foutu moule de la majorité, sans faire de vagues, la condition de la femme n’aurait pas évolué, je ne vous parle même pas de l’esclavage, du racisme, de la condition de la communauté LGBT à travers le monde (enfin si, je vous en parle quand même, NA). Il n’y aurait pas eu de Bill Gates, de Steve Jobs, d’Elon Musk. Il n’y aurait pas eu d’Oprah, de Ellen DeGeneres, de Billie Eilish. Je vous cite les premiers noms qui me viennent à l’esprit, mais bon sang on pourrait faire une liste extraordinaire et remonter le temps à l’infini. Les gens qui sortent du moule apportent du changement. Alors oui, le changement ça fait peur à beaucoup de gens, et c’est pour ça que vous avez la sensation d’être “mal vus”. Mais sans changement, on stagnerait dans la même société depuis des siècles. Il n’aurait pas d’avancées technologiques, d’avancées des mœurs, il n’y aurait aucune évolution. Vous connaissez cette phrase “think outside the box” ? C’est celle que vous devez retenir. Vous êtes “outside the box”. Pourquoi essayez de rentrer dans le moule si vous n’y êtes pas à votre place ? Pourquoi persistez-vous à vous rendre malheureux en voulant appartenir à une majorité qui ne vous correspond pas ?

Arrêtez tout ça. La vie est trop courte pour la passer à vouloir s’habiller comme les autres, se comporter comme les autres, avoir leur mode de vie. Soyez vous-mêmes. Embrassez vos particularités, ce sont celles qui vous donnent du charme. Plus vous les embrasserez, plus vous serez vous-mêmes, plus vous attirerez à vous des gens qui vous ressemblent et attention, vous m’avez vu venir à dix kilomètres… plus vous serez heureux.

Alors je reviens sur les zèbres, qui sont souvent hors des sentiers battus, des clous de la majorité et qui portent sur eux cette grosse étiquette “atypique”. Je vous donne en vrac quelques caractéristiques qu’on retrouve régulièrement chez les zèbres, ça ne veut pas dire qu’il faut toutes les avoir pour l’être.

  • L’hypersensibilité, la sensation que les émotions sont si fortes qu’on ne peut pas les contenir, la moindre phrase, le moindre mot, le moindre geste, peut déclencher des vagues d’émotions très puissantes qui nous engloutissent
  • Le profond rejet de “l’injustice”, le zèbre ne supporte pas l’injustice
  • La vision d’ensemble sur une situation, le zèbre est du genre à voir tous les points de vue dans une situation et pas seulement le sien, il cherche régulièrement le meilleur compromis pour tout le monde, par souci d’équité
  • Soyons honnêtes : le zèbre aimerait sauver le monde, il veut la paix sur la planète, il faut sauver la planète de sa propre destruction d’ailleurs, il veut éradiquer la faim dans le monde, il a des idées qui le dépassent lui-même
  • L’ennui : le zèbre s’ennuie à la vitesse grand V, il a un cycle d’intérêt très court, il s’intéresse à un sujet, se met à fond dedans, puis relève la tête sans aller au bout, parce qu’il sait qu’il pourrait aller au bout, mais ça ne l’intéresse déjà plus. Le zèbre change par exemple beaucoup de métiers (sauf quand il est planqué), de domaines, de passions, de centres d’intérêt.
  • Le zèbre a envie de tout apprendre, il est curieux de tout, tout l’intéresse, notamment des sujets comme les trous noirs, la reproduction des mantes religieuses, le nombre de poils sur un ours polaire…
  • Il est le pro de la remise en question : une phrase lui suffit pour rebondir dans son crâne, remettre en cause toute son identité et ses valeurs, remonter jusqu’à sa naissance et sombrer dans une dépression profonde… mais rapide ! Car le zèbre vit les émotions à mille à l’heure, il peut se dire que la vie n’a aucun sens pendant une heure, peut-être deux, et être au bord du suicide honnêtement, tout ça pour remonter, deux heures plus tard, au top de sa forme. Non, il n’est pas bipolaire. Il a juste des associations d’idées qui vont très vite, et quand on couple ça à ses émotions dignes d’un grand huit dans un parc d’attraction, ça fait des étincelles.
  • Il a très souvent une mémoire hallucinante.
  • Il a la sensation que ce qu’il fait n’est jamais assez, qu’il pourrait faire mieux, il est souvent perfectionniste (mais on peut lutter contre tout ça, hein)
  • Il dispose d’un amour totalitaire et inconditionnel.
  • Il a en lui une capacité de résilience hallucinante.
  • Il a des dons d’observation : il peut retenir des détails anodins en embrassant une scène d’un regard et en déduire bien des choses… (je laisse planer le mystère, vous n’êtes pas encore prêts pour la suite)
  • c’est surtout un mental envahissant, le zèbre ! C’est la sensation que le cerveau tourne sans arrêt, qu’il rebondit sur tout, fait huit connexions en moins de deux secondes et est déjà parti sur un autre sujet, qui est lié au premier, mais pour aller expliquer comment on en est arrivés là… C’est un cerveau qui refuse de dormir, qui tourne en boucle sur un sujet, nous privant parfois de sommeil.

Ce ne sont que quelques attributs des zèbres, il en existe bien d’autres. Si vous vous retrouvez dans cette description, je vous rappelle que :

  • vous n’êtes pas seuls
  • il y en a donc d’autres comme vous, certains ont fait leur coming-out, je veux dire par là qu’ils s’assument pleinement, et d’autres sont encore planqués sous leur caparace (aaaah tiens, le terme carapace t’a fait réfléchir, je le sens…)
  • vous n’êtes pas anormal, vous avez un “normal” qui est différent de la majorité, c’est tout
  • et c’est OK !

En mai, je me lance (entre autres), dans l’écriture d’un livre sur les zèbres. Ce livre ne parlera pas des génies. Ce livre ne parlera pas des compétences extraordinaires de certains zèbres. Ce livre parlera des zèbres de tous les jours, de ceux qui veulent se fondre dans le moule mais n’y parviennent pas, de ceux qui ne se sentent pas à leur place dans la société, de ceux qui ont une forme de mal-être qui leur colle à la peau et dont ils n’arrivent pas à se débarrasser. J’ai commencé à rassembler de nombreux témoignages d’autres zèbres, des anecdotes, des situations qui vous feront sourire et vous dire “ah oui, ça m’est arrivé aussi”, parce que je crois qu’il y a une très grosse part de zèbres parmi les auteurs. Vous êtes nombreux à être zèbres sans le savoir et à lire ce blog. J’espère que ce partage d’expérience vous rappellera que vous n’êtes pas seuls, qu’il vous rassurera et j’y livrerai aussi quelques astuces pour mettre en place des barrières pour se protéger de ce que j’appelle “l’extrémisme des rayures”. Il y a beaucoup de caractéristiques chez le zèbre qui peuvent le faire plonger dans des situations extrêmes dont il doit se protéger, comme tout donner aux autres et s’oublier, comme se lancer avec une telle puissance dans un projet qu’on s’essouffle et on perd la motivation au bout de quelques jours, comme la dépression rapide et fulgurante dont je parlais plus haut. Il y en a quantités d’autres.

C’est un livre pour rappeler qu’il y a aussi des zèbres qui sont plus bas dans le spectre, qui ne sont pas spécialement des génies, mais qui ne peuvent pas non plus se fondre dans le moule avec aisance. C’est un livre pour les zèbres de tous les jours, ceux qui s’assument, ceux qui ne s’assument pas.

Si vous avez des témoignages d’une caractéristique rayée très forte chez vous, que vous voudriez me partager, accompagnée d’une anecdote, qu’elle soit récente ou qu’elle date de votre enfance, vous pouvez écrire à : courrier@pandajones.fr . Je serais ravie d’ajouter votre témoignage au livre potentiellement. Votre partage pourrait aider d’autres zèbres à se sentir moins seuls et à s’assumer. Il n’y a rien de plus beau, à mes yeux, qu’un être humain épanoui, qui s’assume, embrasse complètement qui il est. Il se dégage de ces gens une sorte de sérénité et de luminosité que j’adore observer.

N’oubliez pas : ne confondez pas normalité et majorité. Définissez votre propre normalité. Soyez vous-mêmes. Et si vous êtes en dehors des clous de la majorité : TANT MIEUX ! Il faut plein de gens comme vous pour apporter du changement et de l’évolution. Et puis franchement, si tout le monde était dans le moule, qu’est-ce qu’on se ferait chi**… ! Soyez des zèbres. Soyez des pandas. Soyez des pandas à rayures. Ou des zèbres avec des yeux de pandas. Soyez vous-mêmes :).

Illustration par la merveilleuse @blandine.pouchoulin

Last modified: 28 avril 2020
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