pourquoi se comparer aux autres ?

Il y a un truc qui m’a toujours gêné : la comparaison aux autres.

Pourtant, j’étais la grande star de la comparaison il fût un temps, hein, donc comprenez-bien que je me jette la première pierre (les suivantes sont pour vous, vous inquiétez pas, je partage mes pierres). Quand je jouais au tennis, j’aimais me comparer à des gens bien meilleurs que moi et balancer des phrases comme « jamais j’aurais réussi ce coup-là » jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer, de manière un peu cinglante « oui enfin c’est pas toi qui joues là de toute façon et pourquoi tu ramènes toujours à toi ? t’es pas le centre du monde ». Ouch. Mais la personne avait terriblement raison et m’a ouvert les yeux.

Il y a plein de gens (et j’en faisais partie à nouveau) qui passent leur temps à se comparer aux autres en vue de se rappeler qu’ils sont bien en-dessous du niveau de ces personnes. Histoire de se rabaisser un bon coup, d’entrer dans le rôle de la victime ou de la personne qui de toute façon ne réussira jamais, de faire preuve de modestie, de s’auto-affliger sur son sort… je vous laisse rajouter la phrase qui vous convient. Combien de situations avez-vous vécu, où vous êtes le protagoniste ou bien l’un des vos amis est le protagoniste et cette phrase tombe « ouais mais c’est pas du JK Rowling ce que j’ai écrit, j’aurais jamais son talent » ou si vous êtes plus dans la littérature classique « j’aurais jamais le niveau de Voltaire de toute façon ».

Ça claque de modestie au premier abord, ça donne l’impression qu’on veut minimiser son talent (de toute façon, je vous connais, les trois quarts des gens qui lisent ce blog sont persuadés de n’avoir aucun talent, ON VA CHANGER CA HEIN), mais alors à mes yeux soyons clairs, PAS DU TOUT. Ça me hérisse les poils, ça me donne envie de battre des paupières en mode « mais tu m’as vraiment sorti ça ? » avant de sourire avec bienveillance et d’entamer le discours que je vais vous tenir ci-dessous.

Nous sommes uniques, nos talents sont uniques et non la plume de JK Rowling n’est pas la vôtre, son imagination et son sens du détail non plus. Et vouloir se comparer à du JK Rowling c’est quand même se comparer à la personne qui a vendu un milliard de bouquins alors si vous croyez que c’est de la modestie, excusez-moi de revenir sur ce point : mais non, c’est pas du tout de la modestie de se comparer à un numéro un des ventes, c’est pas du tout de la modestie de se dire qu’il y a comparaison déjà, vous êtes vraiment en train de vous comparer à un succès mondial, qui a été adapté en films, dont tous les produits commerciaux du monde ont été créés en merchandising ? Vraiment ? Donc là dans la balance, je ne sais pas trop où vous vous situez, si vous pensez être un bolide de compétition, y a pas de mal à le penser attention, je suis ravie pour vous, c’est important d’avoir de l’ambition, j’ai moi-même une ambition démesurée pour rappel, mais vous vous dites en tout cas que vous êtes dignes de vous comparer à JK Rowling. « Non mais t’as rien compris Jupi, quand on utilise une telle comparaison c’est justement pour montrer qu’on est tous petits comparés à cette géante de la littérature jeunesse fantasy ». Aaaaaah là je t’entends, et c’est ça qui me hérisse les poils : pourquoi tu vas te comparer à quelqu’un d’autre et pourquoi tu cherches immédiatement l’exemple qui va t’accabler le plus ? Déjà, quand on se compare, on se compare à quelque chose ou quelqu’un qui est de notre niveau ou juste un cran au-dessus. Tu peux bien sûr dire que tu aimerais être comme JK Rowling un jour, enfin à titre personnel, je ne te le souhaite pas parce que subir des tentatives de hacking de son ordinateur en permanence, habiter une résidence ultra sécurisée et avoir des gardes du corps quand on sort de chez soi, c’est pas vraiment une vie que je te souhaite, sauf si c’est ton kif tout ça, donc admettons tu as envie d’être comme elle un jour, ok, génial, c’est un beau rêve, je t’encourage dans cette voie, il n’y a pas de rêve inaccessible. Mais est-ce que tu as besoin de te comparer ? C’est bien d’avoir un modèle et un exemple à suivre, mais est-ce que la comparaison que tu devrais faire ce ne serait pas avec toi-même tout simplement ?

Dis-moi, quel est l’intérêt de te comparer à quelqu’un qui n’est pas toi, qui n’a pas ton parcours, qui n’a pas tes compétences, qui n’a pas écrit tes romans, qui n’a pas tes objectifs ? Quand il est question de comparaison (et pas de modèles, à nouveau), est-ce que ce ne serait pas mieux que tu te compares à toi-même ? A ton toi d’il y a six mois, à ton toi d’il y a un an, à ton toi d’il y a deux ans ?

Parce que faisons l’exercice là tout de suite : si je me comparais à JK Rowling aujourd’hui, bon déjà c’est compliqué pour moi de faire ça parce que je ne veux pas de la vie de JK Rowling, je vois toutes les contraintes qui existent dans le fait d’être aussi connue et aussi sollicitée, mais admettons, je me compare. Évidemment qu’elle m’écrabouille et que je ne suis qu’une merde à côté si on réfléchit en termes de succès. Mais qu’est-ce que j’en ai à faire ? Je n’ai pas les objectifs que JK Rowling pouvait avoir, je n’ai pas sa plume, j’en ai une autre et ce n’est pas parce que je n’ai pas son succès que mes livres ne sont pas bons. Ça n’a strictement rien à voir. Déjà tous les goûts sont dans la nature et je te rappelle qu’il y a des gens qui n’ont pas aimé Harry Potter (si si va voir sur Amazon les commentaires négatifs, ça te rappellera que c’est normal d’avoir des commentaires négatifs…) et puis pourquoi se comparer à quelqu’un d’autre quand on peut tout simplement se comparer à soi et observer sa marge de progression ? Reprenons l’exercice : je vais me comparer à mon moi d’il y a deux ans. Il y a deux ans, jour pour jour, j’étais encore en CDI, dans une boîte certes cool, où j’étais bien payée, mais dans un job où je m’ennuyais ferme et avec un seul rêve en tête, celui d’être écrivain à temps plein. J’avais des problèmes d’argent malgré mon salaire, parce que j’avais toujours une dette sur le dos dont je n’arrivais pas à me débarrasser. Je n’avais pas la confiance en moi que j’ai aujourd’hui, je me laissais très souvent déborder par mes émotions et la moindre critique me mettait dans un état pas possible. J’étais la star pour ressasser, pour m’auto-convaincre de mon non-talent, je me sentais illégitime dans tous les domaines de ma vie. Je vivais en région parisienne alors que je déteste la foule et que les transports publics sont une forme de torture pour moi. Puis j’ai pris un virage, j’ai décidé de tenter ma chance quand même, parce que je ne voulais pas vivre avec des regrets. Je crois que le virage le plus important que j’ai pris, ce n’est pas tant de m’être mise à écrire et d’en avoir fait ma priorité pour de bon, je crois que le virage que j’ai pris, c’est d’avoir investi sur moi, d’avoir construit ma confiance en moi et d’avoir accepté que je pouvais tenter des trucs, que je pouvais me vautrer et que c’était OK.

Alors maintenant, si je me compare à aujourd’hui : je suis écrivain à temps plein, ça tombe bien c’était mon rêve, je n’ai plus de problèmes financiers, je suis heureuse et épanouie, j’ai déménagé à la campagne, dans un département où la densité de population est faible, je me sens légitime d’essayer des choses, mes émotions ne me débordent plus comme avant, j’ai plutôt l’impression d’avoir acquis une forme de sérénité et surtout, je gère ma journée comme je l’entends. Je me sens libre, loin des contraintes de ma vie d’il y a deux ans. J’ai progressé dans tous les domaines de ma vie et je n’ai besoin d’aller me comparer à une grande figure de ce monde pour me fixer des objectifs ou pour observer les changements. C’est libérateur de ne pas le faire, au contraire. Et je pense que c’est une des premières étapes nécessaires pour se libérer, entre autres, du regard des autres. Même quand on parle de sport, mon coach sportif fait souvent des comparaisons du type « par rapport aux autres femmes, tes performances… ». Dans ces moments-là, je relève la tête, je le regarde et je lui dis « mais je m’en fiche des performances des autres femmes, ce que je veux savoir c’est où est-ce qu’on en est par rapport à mes objectifs, est-ce que j’ai progressé et qu’est-ce qu’il faut faire pour continuer d’avancer ? ». La comparaison avec les autres, ça ne m’intéresse pas.

Je ne parle pas des petites comparaisons amusantes qu’on fait parfois, je ne parle pas des choses qu’on dit sur le ton de l’humour, je parle de ces fois où on se pose et on se dit « je ne serai jamais comme JK Rowling » comme si c’était un objectif à atteindre, comme si vraiment c’était le chemin qu’il fallait à tout prix prendre, parce que c’est le symbole du succès selon les normes de la société. Première nouvelle : tu n’es pas obligé de suivre les normes de la société. Deuxième nouvelle : le succès, c’est toi qui définis ce que ça représente à tes yeux. Pour moi, le succès, c’est d’être libre de mes horaires et de ne pas regarder le prix du ticket quand je fais mes courses au supermarché. C’est comme pour le bonheur : tu as ta propre définition du bonheur. Pour moi, c’est écrire, m’occuper de ma chienne, faire du sport et aider les autres. Pour d’autres, ce sera peut-être changer de pays tous les mois, découvrir des nouveautés culinaires ou chanter sur une scène devant des milliers de personnes. Rien de tout ça ne me botte à titre personnel, mais c’est parce qu’on a tous des visions différentes de ce qui nous rend heureux, ou du succès et c’est ça qui est génial !

Quand on se compare à autrui, on absorbe le regard des autres, on absorbe les définitions que la société a donné à des standards. « succès » « bonheur » « beauté ». C’est comme les réseaux sociaux et toutes ces filles mignonnes qui montrent leur corps, ça donne l’impression que le standard, c’est d’avoir le corps de ces personnes. Ça ne veut pas dire qu’elles ne doivent pas le faire, c’est leur droit, elles font ce qu’elles veulent, le souci c’est qu’on ne voit pas les autres corps et que les personnes qui ont d’autres corps n’ont pas envie de le montrer parce qu’elles développent un complexe et parce que la société a décidé que les rondeurs, c’était moins beau.

Alors la prochaine fois que te vient l’envie de te comparer à autrui, réfléchis bien à si ce n’est pas un moyen de nourrir ton manque de confiance en toi, ton envie de te flageller (oui je sais que tu es friand de l’auto-flagellation et que tu t’exerces sur ce sujet du matin au soir, avec des « mais de toute façon j’ai pas de talent » ou encore « personne ne me lira » et le fameux « c’est de la merde ce que j’écris, personne n’aimera », que tu utilises régulièrement pour te dire que si personne n’aime ce que tu écris c’est que personne ne t’aime tout court, parce que tu aimes te faire du mal, soyons honnêtes) bref je reviens à ma phrase, réfléchis bien à si tout ça n’est pas juste un moyen de nourrir ton manque de confiance en toi, parce que tu pourrais juste te comparer à ton toi d’il y a six mois, un an, deux ans et regarder le chemin parcouru. Et si le chemin ne te plaît pas, la bonne nouvelle, c’est que tu peux en tracer un autre tout de suite maintenant, te fixer de nouveaux objectifs et refaire le point dans six mois, ou avant, pour observer ta progression. Se comparer à JK Rowling, c’est se fixer des objectifs lourds, hallucinants, qui ne sont pas « SMART » dans le sens qu’ils n’ont pas l’air réalisables, qu’ils ne sont pas tout à fait quantifiables et surtout que ce n’est peut-être même pas ce dont toi tu rêves. Alors plutôt que d’écouter tes potes qui te disent « ah mais tu veux faire comme JK Rowling alors ? », tu leur réponds « non, je veux juste partager des émotions et des valeurs avec mes livres, je veux faire rêver les gens et idéalement j’aimerais gagner 2 000 euros par mois avec mes romans, pour ne pas avoir à garder un job à temps plein à côté ». Ou remplace par ton propre rêve :). Pas besoin de se comparer à l’incomparable, vis à ton échelle, pas à l’échelle mondiale des réseaux sociaux, pas à l’échelle mondiale des succès, à l’échelle de tes définitions, de tes ambitions, de ton succès et de ton bonheur.

Je vous embrasse fort les pandas, je vous souhaite de trouver vos propres définitions à vos propres mots et de vous embarquer sur le chemin qui mène à leurs réalisations.

Illustrations par la merveilleuse @blandine.pouchoulin