Par Arrête d'être un mouton pessimiste Etre un panda extraterrestre

Gérer ses peurs (comment ça t’as peur de sortir de ta zone de confort ?)

Illustration gérer ses phobies

2013

Un mercredi après-midi en Malaisie, dans la Bukit Gasing Forest Reserve, une jungle tropicale à proximité de Kuala Lumpur. Je suis en visite chez ma sœur, qui en profite pour me faire découvrir la faune du coin. Nous marchons depuis une trentaine de minutes au milieu d’arbres de taille hallucinante quand tout à coup, j’entends un bruit de serpent.

Petit problème : j’ai la phobie des serpents.

Avant même de partir, j’ai prévenu ma sœur que si elle en voyait un, il ne fallait pas me le dire, sous peine de m’entendre hurler à des kilomètres à la ronde. Je préfère qu’il s’éloigne par lui-même sans que je l’aperçois, ça m’évitera de faire des cauchemars toute la nuit.

Bref, bruit de serpent. Je me retourne, c’est plus fort que moi et là, je crie.

Même si l’expression “comme une fille” ne me plaît pas, je dois dire que j’ai crié “comme une fille”. On devrait même dire “comme une nana qui a très très peur des serpents”.

Sauf que ce n’était pas un serpent. C’était un très bel animal, avec plein de couleurs, on aurait dit un caméléon mais en huit fois plus gros. Mes connaissances en faune et flore tropicales étant limitées, je ne saurais dire à ce jour de quoi il s’agissait et puis je soupçonne ma mémoire d’avoir changé beaucoup de détails sur la bête en question, notamment pour me faire croire qu’elle était bien plus grosse qu’en réalité, peut-être pour rassurer mon ego vis-à-vis du cri que j’ai poussé.

Je n’ai pas peur des bêtes à pattes, mais j’avais cru entendre un serpent et ça a suffi pour que mon corps se maintienne en état de stress tout le reste de la balade. Je n’ai pas profité des paysages, je n’ai pas observé les arbres exceptionnels qui nous entouraient. Tout ce que je cherchais, c’était des traces de serpents dans les hautes herbes, tout ce qui me faisait flipper, c’était de tomber nez à nez avec un spécimen. Même quand nous avons quitté la forêt, je n’étais pas encore soulagée. La nuit, je n’ai pas réussi à dormir, bon ok notamment à cause du décalage horaire, mais aussi parce que j’imaginais un serpent se faufilant dans les draps.

Non mais c’est quand même dingue à quel point nos peurs peuvent s’immiscer dans nos vies, non ? Et si je n’avais peur que des serpents, ça passerait encore, il me suffirait de déménager en Nouvelle-Zélande, car oui mes pandas chéris, il n’y a pas de serpents en Nouvelle-Zélande. Nada, pas un seul spécimen en vue. Ni vipères, ni couleuvres, la Nouvelle-Zélande est serpent-free et je compte bien aller y mettre les pieds. Peut-être y déménager. Comme ça, hop, plus besoin d’être anxieuse sur ce sujet. Ok, à la place il y a neuf moutons par habitant, mais devinez-quoi ? Un mouton ça a des pattes. Quatre pour être précise, eh ouais, j’étale ma science. Et je n’ai pas peur des animaux à pattes. Je veux bien neuf moutons pour moi toute seule, tant qu’il n’y a pas un seul serpent à la ronde.

Mais bon, comme je disais, je n’ai pas peur que des serpents, j’ai aussi le vertige, j’ai peur de la foule, j’ai peur dans les transports en commun et je vous en passe des vertes et des pas mûres. Mais ça ne m’empêche pas d’aller faire les courses, de faire de l’accrobranche, de vouloir tester la via ferrata, de monter sur une échelle branlante et de continuer de me balader dans les forêts alentours près de chez moi alors que j’ai vu pas moins de six serpents au cours de l’été. Et je peux vous assurer que tout ça n’aurait pas été possible il y a quelques années. Alors qu’est-ce que j’ai fait ? Et pourquoi est-ce que c’est important à mes yeux de faire quelque chose pour lutter contre mes peurs ? Eh bien prenons un autre exemple.

Janvier 2014

Je tremble parce que je m’apprête à faire un geste irréversible. Est-ce que je vais vraiment le faire ? Est-ce que je vais envoyer ma lettre de démission alors que j’ai un poste de rêve, un salaire de rêve, que mon patron a clairement de l’estime pour mon travail et de la reconnaissance pour les efforts que je fournis, contrairement à tout un tas de patrons et d’entreprise. Ici, je ne suis pas juste un pion, on compte sur moi. Et je vais claquer la porte à 3 000 euros net de salaire à 24 ans ? Tout ça pour quoi ? Pour me lancer à temps plein dans l’entreprise que j’ai ouverte avec un associé il y a plus d’un an ? Et si j’échoue ? Et si ça ne marche pas ? Et si je me retrouve incapable de payer mon loyer ? Bon sang, ça fait déjà des semaines que j’hésite, qu’est-ce qui fait que je ne le signe pas ce foutu papier de démission ? C’est pourtant pas très complexe. C’est la huitième fois que je reviens dessus et que je me dis que cette fois-ci, je vais le faire. Mais toutes les raisons pour lesquelles je ne devrais PAS le faire se bousculent tout à coup dans ma tête. J’ai un loyer à payer, je suis toute seule, c’était une chose d’ouvrir une entreprise et de la faire tourner en ayant un job à côté, mais s’y mettre à temps plein ? C’est suicidaire ! Tout le monde le sait ! Les petites entreprises ne tournent pas, elles font faillite ! Tant qu’on n’a pas franchi le fameux cap des trois ans, tout peut capoter, et je n’y suis pas à ce cap des trois ans.

Non, je ne signe pas, je ne peux pas.

Mais si je ne signe pas, je ne saurais jamais si je peux vraiment la faire tourner cette boîte que j’ai créé avec un associé. Et je risque de le regretter toute ma vie, non ? Je suis jeune, je n’ai pas d’enfants, ok j’ai un job en or, mais… ce n’est pas ce à quoi j’aspire.

Qu’est-ce que je fais ?

Voilà un autre type de peur, qui n’a rien à voir avec les animaux, le vertige ou les peurs comme on les imagine habituellement et pourtant c’en est bien une : la peur de sortir de sa zone de confort. C’est ce qui m’est arrivé en janvier 2014, pendant que j’hésitais devant cette foutue feuille de papier qui n’attendait plus que ma signature. J’étais confortable dans cette entreprise où j’étais salariée. Je bossais dur, mais on me le rendait bien. La boîte connaissait une croissance formidable et j’en faisais partie, j’y contribuais, je me sentais utile.

Mais j’avais encore plus envie de voir si ce que j’avais créé de mes mains allait fonctionner. L’entreprise que j’avais ouverte à côté, avec un associé, c’était comme un petit bébé qui grandissait et qui ne demandait qu’une chose : qu’on exploite son plein potentiel. Or, avec un CDI d’un côté et la croissance que nous vivions dans l’entreprise que nous avions ouverte de l’autre, impossible de s’en sortir. J’étais proche du burnout, je me levais à six heures du matin, je me couchais à minuit. J’utilisais les pauses déjeuner de mon CDI pour avoir des rendez-vous avec des clients de mon entreprise personnelle. Quand j’avais fini ma journée de travail pour mon CDI, je rentrais pour me remettre sur mon pc et m’intéresser à ma propre boîte. Et tout ça avec des Whatsapps incessants que j’échangeais avec mon associé, nous étions comme des gamins excités par leur boîte. Est-ce qu’on allait pouvoir en vivre ? Pour le savoir, il fallait franchir le pas. Mais sortir de sa zone de confort, surtout financière, c’était un pas difficile.

Pourtant, j’avais déjà démissionné un paquet de fois dans ma vie et enchaîné les boulots. A 24 ans j’avais été commerciale dans divers métiers, journaliste dans le sport, j’avais travaillé à la banque, à l’usine, en boutique, j’avais même fait du porte à porte, des photocopies, j’avais travaillé en maison d’édition et j’en passe. Démissionner, je savais faire, tant que c’était pour retrouver un autre CDI derrière. Mais démissionner pour raccrocher la porte du salariat pour de bon ? Ça, c’était plus complexe, c’était nouveau et ça me sortait carrément de ma zone de confort.

Nos peurs sont des émotions parfois paralysantes. Elles nous poussent à nous retrancher, à ne pas essayer et à camper sur nos positions. Et elles sont tellement fortes, qu’on a très envie d’écouter la petite voix qui nous dit “non ne va pas te balader dans cette forêt, il y a des serpents, reste au chaud chez toi” ou encore “non ne va pas sur cette échelle, tu nettoieras les traces au plafond une autre fois” et la merveilleuse “vraiment ? Quitter ton job ? Mais quelle idée, pourquoi tu ferais ça alors que tu gagnes très bien ta vie ?”. Eh bien, je le ferais, parce que si je ne le fais pas, je passe à côté d’une expérience qui m’attire et je risque de le regretter toute ma vie. Si je laissais le vertige guider ma vie, je ne pourrais pas faire d’accrobranche, de randonnées dans les montagnes, de saut à l’élastique et j’en passe. Ce sont pourtant des expériences formidables, dont je gardes des souvenirs exceptionnels. Si je laissais ma peur des serpents guider ma vie, je ne promènerais plus mon chien dans les forêts alentours, je n’irais plus dans des pays où il y en a des bien plus gros qu’ici en France. Alors qu’est-ce que je fais pour passer outre ?

1 – Je me raisonne

Je suis quelqu’un qui est capable de fonctionner aux arguments logiques. La peur est illogique, certes, mais quand je lui oppose des arguments clairs et sensés, elle se calme un peu. Par exemple, en France, les serpents sont des couleuvres principalement (et non, ne viens pas en commentaire me dire le contraire, ok ? J’ai réussi à convaincre mon cerveau qu’il n’y avait que des couleuvres dans le coin !), ils ont généralement plus peur des humains qu’autre chose et ils s’éloignent par eux-mêmes. Ils n’ont pas de raison de t’attaquer et c’est certainement pas en criant parce que tu en as vu un que tu vas résoudre le problème.

2 – Je me force

Ouais, je sais, c’est moche, il y a plein de choses pour lesquelles je te dirai toujours : ne te force pas. Mais pour ça, je me force d’une certaine manière. Je veux dire par là que je me fais violence. Si j’ai envie de tester l’expérience de l’accrobranche, je ne veux pas que ma peur me paralyse et me dise “non n’y va pas”. Je veux y aller. Je veux me débrouiller. Alors je me force.

Quand tu prends ta peur à bras le corps et que tu essaies, il y a des choses qui se produisent : tu vois un premier serpent par exemple, tu flippes ta race, mais tu recommences. Et tu en vois un deuxième, puis un troisième, jusqu’à ce que tu arrêtes de crier en les voyant. Bon, tu continues de frissonner et de trembler un peu des pieds à la tête, mais tu as arrêté de crier, c’est déjà pas mal, non ?  Et les fois suivantes, c’est un peu plus tranquille, tu arrêtes de trembler, tu gardes juste les frissons. Pourquoi ? Parce que tu t’habitues et que ces fameux serpents, ils commencent (malheureusement) à rentrer dans ta zone de confort. Ce n’est plus la première fois que tu les vois, ce n’est plus la première fois qu’ils sont aussi proches de toi et jusque-là, l’expérience te montre que tu es toujours vivante et qu’il ne t’est rien arrivé, alors tu commences à prendre confiance et à entrer dans ta zone de confort.

Finalement, c’est quelque chose qui se produit aussi quand on veut changer de job, quand on veut accéder à ses rêves et que le chemin pour y parvenir est tout nouveau, on ne l’a jamais emprunté : ça fait peur. Très peur. Et je te comprends, c’est flippant de se dire “hey je vais vivre mes rêves”. Parce que tu ne les as jamais vécus et tu as tout un tas de questions qui trottent dans ta tête du type : que va dire mon patron si je pars ? Qu’est-ce qu’il se passe si je n’arrive pas à gagner ma vie ? Que va dire ma famille ? Et si je m’en sors pas ? Et comment je vais faire pour mon crédit ? Et mes enfants ? Un jour, il faudra payer leurs études supérieures, est-ce que je peux vraiment être égoïste et essayer de réaliser mes rêves au détriment de leurs études ?

Et il y en a des milliers d’autres des questions. La dernière, je reviendrai dessus dans un prochain article, parce qu’elle est importante, mais pour te donner une idée du ton de mon post sur le sujet, je te dis juste ça : si tu ne montres pas à tes enfants que tu es capable de prendre des risques pour vivre tes rêves parce que tu as peur d’échouer et de placer ta famille dans une mauvaise position financière, tout ce que tu leur montres c’est que le bonheur est secondaire, que le risque mène à l’échec et qu’il ne doive pas essayer de vivre leurs rêves. Parce qu’ils te verront sacrifier tes rêves et ton bonheur toute ta vie pour eux et ils reproduiront la même chose quand ils auront des enfants, en se disant que c’est la marche à suivre. Alors que s’ils t’ont vu essayer et encore mieux, s’ils t’ont vu échouer, ils se diront que c’est ok. L’échec, c’est normal, c’est ce qui permet d’avancer. Quand je rencontre des gens qui n’ont jamais connu d’échec, je me dis surtout qu’ils n’ont jamais rien essayé.

3 – Je compte jusqu’à trois

Ouais, je sais, là on tombe dans le truc le plus débile de la planète, mais je t’assure que c’est ce que je fais et que ça marche sur moi en tout cas. Il y en a qui ont des mantras, des phrases types qu’ils se répètent dans ces moments de peur, pour franchir le pas. Moi, je compte bêtement jusqu’à trois dans toutes les situations qui me font peur ou qui sont difficiles. Ça donne :

1…

2…

3…

(je suis ravie de savoir que tu suis et que tu sais compter jusqu’à trois toi aussi)

Et quoiqu’il arrive, arrivée à trois, j’exécute ce que je redoutais. Si c’est marcher dans une allée où je viens de voir un serpent parce que c’est le seul chemin que je peux prendre (ouais parce que bon je vais pas non plus me frotter au danger si je peux faire autrement hein, je suis ok pour surmonter ses peurs, mais pas pour mettre sa vie en danger juste dans l’idée de se prouver quelque chose), je le fais. Si c’est franchir un obstacle d’accrobranche alors que je suis paralysée, je le fais. Si c’est faire une répétition de plus d’un exercice de sport difficile, alors je le fais (seulement si je sens que je ne le fais pas parce que j’ai peur / la flemme / que c’est en train de devenir difficile mais que c’est une excuse que je m’invente, allez au bout de ses forces dans une séance de sport c’est bien, mais il y a des limites à ne pas dépasser pour ne pas se blesser).

Rien d’extraordinaire ne se produit dans la zone de confort. Ce n’est pas l’endroit où on accomplit ses rêves, ce n’est pas un endroit où on apprend, ce n’est pas un endroit nourrissant. C’est juste quatre murs qu’on connaît par cœur et qui nous rassurent. C’est bien d’y rester quelques temps pour se reposer, pour profiter, pour prendre le temps d’admirer le travail accompli. Mais il faut en sortir pour retourner accomplir des choses, pour avancer vers ses rêves. Il faut prendre le chemin qu’on n’a jamais pris et qui nous fait peur. Allez, 1, 2, 3, tu y vas.

Janvier 2014

1…

2…

3…

Je l’ai signé ce foutu papier. Je l’ai enfin signé. Je quitte mon CDI, je deviens chef d’entreprise à temps plein. Je vais me donner à fond, ça me fera peur, ça me stressera beaucoup par moments, mais je vais apprendre des tonnes de choses. Je le fais. Je ne veux pas vivre une vie bourrée de regrets. Je ne veux pas arriver sur mon lit de mort et me dire “et si ce jour-là, je l’avais signée ma démission ? Si je m’étais donnée la chance de vivre mes rêves ?”

Attention, je ne vous encourage pas forcément à démissionner, pour moi, vivre mes rêves passait par l’étape démission, parce que si je ne me donne pas à temps plein dans mes rêves, j’ai l’impression de ne pas me donner pleinement une chance de réussir. C’est mon point de vue sur la question. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas vivre ses rêves en gardant un job. Ça veut dire que pour moi, garder un job salarié, ce n’était plus possible pour me donner une chance de réussir. Et puis parmi mes rêves, il y avait l’idée de gérer moi-même mes horaires, ce qui est plus complexe avec un job salarié.

Et enfin, pour la petite histoire, j’ai vendu l’entreprise à mon associé quelques années plus tard, pour retourner dans le salariat, parce que j’avais appris plein de choses sur moi, sur ce que je voulais et ce que je ne voulais plus : c’est ok de changer d’avis. On est des êtres humains, on évolue avec le temps et on a le droit de changer de goût, d’aspirations et même de rêves.

En revanche, un an après avoir repris un job de salariée, quand j’ai redonné ma démission pour aller vivre mon nouveau rêve, celui de devenir écrivain à temps plein, comme je l’avais déjà fait une fois avant, je peux vous dire que c’était beaucoup plus simple : je n’étais pas dans l’inconnu, j’étais dans un domaine déjà expérimenté. Oui ça faisait peur. Mais ça faisait moins peur qu’en 2014. Oui, c’était dangereux financièrement. Mais ça l’était aussi en 2014. Et j’avais réussi à m’en sortir.

Et je l’ai refait.

Je vis mon rêve. Il changera peut-être demain. Mais j’ai compté jusqu’à 3 et je me suis lancée. Tout n’a pas été facile, j’ai travaillé d’arrache-pied, mon curseur des émotions a valsé dans tous les sens, mais à chaque fois que je sentais la peur me paralyser, je me raisonnais, je comptais jusqu’à trois et je me forçais.

Ne laisse pas tes excuses et tes peurs empiéter sur tes désirs. Prends tes peurs et analyse-les comme tu analyserais un projet : fais l’état des lieux, trouve les prochains jalons pour t’en sortir ou te désensibiliser et travaille dessus. On n’a rien sans rien. Si tu veux te débarrasser de tes peurs, ce n’est pas en les gardant au chaud dans un coin, où tu les ignores autant que possible, que tu y arriveras. C’est en les prenant à bras-le-corps et en investiguant vraiment le problème que tu trouveras des solutions.

Je te laisse compter jusqu’à trois.

Étiquettes : , , , , Last modified: 7 septembre 2020
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