Par Etre un panda extraterrestre Les zèbres sont des êtres humains multicolores Quand je vous parle de moi et de mes délires

Vers une ère de gens-robots ?

Pandi fait des grimaces

Septembre 2020

Mon ancien colocataire se met à rire à l’une de mes réparties légendaires (OK pas du tout légendaires mais laissez-moi rêver). Son rire est fort, tonitruant, on l’entend dans tout le café parce qu’il n’est pas comme les autres rires. Tout le monde se retourne et le dévisage comme s’il était un extraterrestre. À croire qu’il y a une norme pour le rire et que mon ami n’entre pas dedans.

Octobre 2018

Je suis dans les transports parisiens, je souris, j’ai une bonne musique dans les oreilles, il n’y a pas trop de monde dans mon wagon ce qui fait que ma peur de la foule reste à distance, je suis bien, comme souvent, alors je l’affiche sur mon visage. Un contrôleur passe, je lui tends mon billet, il me demande ce qui me fait sourire parce qu’il n’a pas l’habitude d’avoir des gens qui ont la banane quand il passe. Je lui réponds que je suis juste heureuse de ma vie. Il est surpris, ne dit rien, et il me prend sûrement pour une extraterrestre. À croire que sourire quand il n’y a pas l’air d’y avoir de raisons pour n’est pas admis par la société.

Juillet 2020

Des touristes sont devant moi dans la file d’attente de mon café habituel. Ils commandent pour six euros mais la carte n’est pas acceptée en dessous de 10 euros. Ils cherchent de la monnaie, n’en trouvent pas, je me propose pour leur payer leur commande. Ils refusent, j’insiste, ils me demandent pour quelle raison je ferais ça. Je leur réponds que ça me fait plaisir, que six euros ne changent rien pour moi et que ça rendra leur expérience de la ville encore plus sympathique, qu’ils démarreront la journée avec un bon a priori. Il faut que j’insiste encore, ils se confondent en remerciements et disparaissent avec leur commande. À croire qu’offrir le café et une friandise n’est pas admis en société.

5 minutes plus tard…

Je règle ma commande et celle des touristes auprès de la gérante, qui me regarde avec des yeux ronds et me demande “mais pourquoi tu as fait ça ?” Pourtant, elle commence à me connaître, ça fait presque un an que je fréquente régulièrement son café et nous avons eu le temps d’échanger sur pas mal d’aspects tant personnels que de société. Je lui réponds la même chose qu’aux touristes, que ça me fait plaisir, que c’est un petit geste pour moi et que ça a sûrement changé la perspective des touristes sur leur journée. Elle ne comprend pas. Parce que donner sans rien attendre en retour n’est pas admis en société non plus.

Ce sont des petites anecdotes, j’en ai des dizaines et je pourrais tenir trois heures sur le sujet. Allez, faisons le test… Non, OK, je déconne, je ne vais pas te sortir trois heures d’anecdotes quand même. L’idée c’est que dès que tu sors des clous, du standard de la norme, on te pointe du doigt et on ne te comprend pas, ce qui est terrible parce que tu n’as envie que d’une chose : trouver des gens qui te comprennent pour remplir ton besoin d’appartenance. Et au quotidien, tout ce qu’on fait, c’est pointer du doigt la différence, comme si on la dénonçait et qu’on jugeait les gens “anormaux”.

Quelqu’un qui éternue avec un drôle de bruit ? Anormal.

Quelqu’un qui tousse trop fort ? Anormal (et covidien en plus).

Quelqu’un qui parle d’une voix très aigue ? Anormal.

Quelqu’un qui fronce trop les sourcils ? Anormal.

Quelqu’un qui se tient recroquevillé sur lui même, peut être parce qu’il est timide ? Anormal.

Et encore, je t’écourte la liste évidemment et là je ne te parle que des signes très visibles, des cas que tu rencontres tous les jours. Depuis quand a-t-on décidé que la différence était une mauvaise chose ? Depuis quand a-t-on peur de se comporter différemment de la moyenne ? Pourquoi être pointé du doigt est-il gênant ? J’ai passé la majeure partie de ma vie à être anormale selon les critères de la société et oui, il y a eu de longues périodes où je le vivais mal, où je faisais tout mon possible pour me comporter “comme les autres”, pour qu’on m’apprécie tel le mouton que j’étais. Puis j’ai découvert qu’on était tous unique, que c’était OK d’être différent et que je serais bien plus épanouie si j’étais fidèle à qui j’étais plutôt que d’essayer de me conformer à une norme qui ne me convenait pas. Et en progressant sur la voie de l’épanouissement et de la confiance en soi, qui sont des voies un peu obligatoires quand on assume qui on est, j’ai aussi appris à ne plus juger les autres, à embrasser leurs différences, à les souligner comme étant des aspects positifs de leur personnalité, parce que devinez quoi ? Si on riait tous de la même façon, si on éternuait tous pareils, si on toussait pareil, bon sang déjà on se ferait chier comme c’est pas permis mais en plus on pourrait inscrire “robot” sur notre carte d’identité.

Parce qu’à force de vouloir gommer tous les traits qui nous différencient les uns des autres pour entrer dans la norme et être apprécié, voilà ce qu’on devient : des machines normées. Des gens chiants, quoi. Chiants dans le sens “prévisibles”, dans le sens “ennuyeux à mourir”. J’ aime les gens différents, qui sortent de la norme, dans le sens qui sortent du moule préconfiguré de la société, qui n’ont pas peur de qui ils sont. Et en plus, plus on affiche qui on est réellement, plus on attire des gens qui nous aiment pour ce que nous sommes réellement. Ouais je sais c’est hyper logique mais t’as l’air de l’oublier parfois. Tu veux garder tous ces amis qui t’apprécient pour la personne que tu feins d’être alors que tu pourrais avoir des gens autour de toi qui t’aiment pour qui tu es vraiment ? Qui rient à tes blagues nulles, qui s’esclaffent plus fort que toi sans gêne, qui n’ont pas peur de commander un chocolat chaud ET une tasse de chantilly à côté au Starbucks, qui sont prêts à s’embarquer dans tes projets fous, à aller visiter une usine Haribo parce que ça a l’air marrant, à se lancer dans une création de husky en Lego même si c’est plus de ton âge (les Legos c’est pour tous les âges, OK ? C’est comme les petits écoliers, y a pas d’âge limite en vrai, NA).

J’aime les gens différents, j’aime les gens qui ne rient pas comme tout le monde, j’aime les gens qui éternuent bizarrement et ce n’est pas juste parce que j’ai un amour étrange pour la différence, non c’est parce que ça veut dire qu’ils s’assument et qu’ils n’ont pas peur du regard des autres et ça, ça me plaît. C’est un signe de confiance de soi. J’aime parler aux gens qui ont confiance en eux car ils se livrent de manière authentique, ils n’essaient pas de plaire pour plaire, ils ne cherchent pas à s’adapter à toi, ils sont qui ils sont et ça leur va. Ils ne changeront pas de discours en fonction de la réaction de chacun, ils ne s’excuseront pas à tout bout de champ de qui ils sont : ils sont bien dans leur peau.

Or, s’assumer pleinement de cette façon, ça commence par être moins critique envers les autres, par arrêter de les juger et par se concentrer sur soi plutôt que de regarder ce qu’il passe autour pour s’en moquer. Ouais, du coup 95% de la population n’aura jamais confiance en soi à cause de ça : c’est tellement plus simple de rire de l’autre, de le pointer du doigt quand il sort du moule, que de faire l’effort de réfléchir à qui on est vraiment, de se libérer du regard des autres, de s’assumer et devenir cette personne qui n’a pas peur de qui elle est. Bon, ce n’est certainement pas la seule raison pour laquelle les gens n’ont pas confiance en eux : il y a aussi les réseaux sociaux, l’éducation, la manière dont l’échec est perçu… On peut se libérer de tout ça. Mais si déjà, tu commences par accepter la différence pour ce qu’elle est et tu ne t’excuses pas de rire trop fort, d’éternuer bizarrement, d’avoir des mimiques et des gestes qui ne sont pas les mêmes que ceux de monsieur et madame tout le monde, tu fais un pas en avant.

Et à ceux qui te font des remarques sur ton rire, ton attitude ou tes actions, tu peux leur répondre “tu préférerais que je sois comme tout le monde, un robot qui fait comme les autres ? Ca te rassurerait parce qu’au moins je ne serais pas différent et que tu as peur de la différence ? Dis moi, qu’est ce qui te fait peur dans la différence ?” Yeap. Au pire ton interlocuteur balbutie sans savoir quoi répondre, au mieux tu as ouvert le dialogue et fait basculer la discussion sur autre chose. J’adore les robots, hein, les vrais robots. Je trouve que ce sont de magnifiques exécutants. Mais les robots ne sont pas créatifs. Or, sans créativité, on n’invente rien de nouveau, on n’écrit pas de romans, et surtout on n’a pas confiance en soi. Alors arrête d’agir comme un robot, s’il te plaît. Sois toi, avec tes défauts et tes imperfections. Au risque de citer la pub Meetic “si tu n’aimes pas tes défauts, quelqu’un les aimera pour toi“. Tu trouveras un cercle d’amis authentique quand tu le seras toi même. Des gens qui partageront les mêmes valeurs que toi, avec lesquels tu n’auras pas d’efforts à faire, rien à feindre. Des gens qui iront au bout du monde pour toi. Et tout ça, ça commence par accepter la différence. Accepter que tu es différent. Parce que nous sommes tous uniques, ce n’est pas possible que nous rentrions tous dans le même moule éducatif. Alors trouve qui tu es plutôt que de rester le robot qu’on t’a appris à être. Libère-toi, sois authentique, accepte que ce sera étrange pour les autres pendant un moment mais que tu finiras par trouver ta place et les gens qui vont avec.

Illustration par la merveilleuse @blandine.pouchoulin

Étiquettes : , , , , , Last modified: 21 octobre 2020
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