Par Faire traduire son roman L'auto-édition c'est pas pour les moutons Se publier et se promouvoir Ventes et autres chiffres qui font plaisir

Les marchés étrangers – Episode 1

Pandi discute des marchés étrangers avec Jupi

Oui je crois que nous allons découper cette aventure en “épisodes”, d’abord parce que c’est passionnant (selon mon point de vue hein… c’est potentiellement soporifique dès le paragraphe suivant), ensuite parce qu’il y a beaucoup à dire et enfin parce que ma foi, l’aventure ne fait que commencer.

Il y a un peu plus d’un an, je me faisais la réflexion qu’il serait bien de traduire un de mes romans en anglais (en italien et en allemand aussi) pour aller tester les marchés étrangers. Il y a plein d’auteurs anglophones qui sont très bien installés en France et l’auteur anglophone, dans la fantasy, est très bien vu par les français. Il y a aussi quelques d’auteurs français qui essaient de s’en sortir à l’étranger. Les marchés anglophones d’Amazon, soyons honnêtes, ça fait rêver : ce sont des marchés beaucoup plus numériques que nous, avec plus de population que nous en plus, autant dire que le nombre d’utilisateurs de Kindle grimpe au plafond dès qu’on arrive sur le marché USA. Déjà pourquoi est-ce que les pays anglo-saxons sont plus friands des liseuses que nous ? Pour plusieurs raisons : la Kindle et les liseuses sont arrivées plus tôt sur leur marché que chez nous, et même si l’ebook connaît un essor en France, nous sommes loin de l’engouement qu’ils suscite aux USA. On estime que 25% du chiffre d’affaires du livre dans les pays anglo-saxons est issu du marché numérique. En France, on peine à franchir la barre du 4%. Bon le chiffre français est à prendre avec des pincettes car devinez quoi ? Il ne prend pas en compte les auto-édités bien sûr. Je ne sais même pas quelle part dans le chiffre d’affaires du numérique nous représentons, j’ai fouiné à la recherche de l’information, je ne la trouve pas.

Enfin revenons à nos lecteurs numériques français, pourquoi le marché n’a-t-il pas décollé de la même manière que dans les autres pays ? Est-ce que notre attachement au papier, notre conservatisme extraordinaire (à un tel point qu’on dirait une valeur du pays) sont les responsables de cette lente progression (parce que le marché progresse quand même) ? Oui, et non. Bien sûr les français et les libraires freinent du pied dès qu’il s’agit de changement, mais les maisons d’édition n’ont pas non plus joué le jeu. Quand aux USA on peut trouver pléthores de livres pour une poignée de dollars (en dessous de 5 dollars généralement, même les “gros” titres”), en France, les maisons d’édition ont fixé le prix de l’ebook 30% en dessous de leur titre papier.

Ce qui, forcément, jette un trouble.

Je ne discuterai pas la logique des coûts ici, parce qu’elle est complexe et que oui il y a de forts coûts tout de même pour les ME quand elles sortent un ebook. Mais les français se retrouvent parfois avec des titres qui coûtent presque aussi chers en numérique que la version papier. Forcément, quitte à mettre deux euros de plus, autant rester au papier, non ? Il y a une forme d’entente entre les maisons d’édition pour ne pas baisser les prix et ajoutons à ça la politique du prix unique, qui a été étendue aux ebooks, on obtient des prix absolument pas cassés.

C’est d’ailleurs aussi pour ça que les auto-édités s’en sortent sur les marchés numériques : ils pratiquent des prix plus bas, ils sortent des titres plus vite, ils correspondent mieux au lectorat numérique.

Bon, voilà pourquoi les marchés anglo-saxons mettent des paillettes dans les yeux des auteurs français : non seulement la population anglophone est nombreuse, mais en plus les gens ont déjà dans leurs habitudes le numérique. Quand on pense à faire traduire son roman, on se dit qu’il pourrait vendre 10 fois plus sur les marchés anglophones qu’il ne l’a fait sur le marché francophone. Et forcément, ça fait plaisir.

Non pas que la finalité soit l’argent, le nombre de ventes ou le nombre de followers, mais il faut bien comprendre quelque chose : un auteur qui engrange de l’argent, c’est un auteur qui peut sereinement écrire son prochain opus. Le marché français est limité, dans le sens où il grandit à toute petite vitesse et qu’une fois que l’ouvrage est passé sous les yeux de la majorité de notre niche sur Amazon, Kobo et autres plateformes, on ne peut pas aller créer de nouvelles parts de marché nous-mêmes. Nous n’avons pas les leviers nécessaires pour convertir la population au numérique, or, notre business se fait principalement sur le numérique. Se dire que notre livre, une fois traduit, va avoir une deuxième vie sur les marchés étrangers, et donc l’idée de générer de l’argent à partir d’un travail déjà fourni, ça reste méga cool. Surtout si, comme moi, vous êtes dans l’idée que vos revenus ne doivent pas être corrélés à votre temps.

D’où l’attrait des marchés étrangers.

Oui, c’était là que je voulais en venir par tous ces détours.

Prenons par exemple ma série Ryvenn. Ce sont 4 tomes d’urban fantasy, l’ensemble fait environ 400 000 mots. Sur le marché français, la vente cumulée des 4 tomes, depuis leur sortie, a rapporté à ce jour un peu plus de 36 000 euros. Les chiffres ont progressivement décliné à mesure que le temps passait (il s’agit de ma première saga publiée donc ça remonte à deux ans maintenant), jusqu’à devenir très faibles.

Pour donner une nouvelle “jeunesse” à ce roman et essayer de conquérir peut-être des gens dans ma niche qui n’avaient pas encore eu l’occasion de tester, nous avons sorti une intégrale très récemment, j’ai retiré les tomes séparés de l’abonnement Kindle, pour sortir de mon exclusivité avec Amazon sur l’abonnement et pouvoir les proposer sur Kobo (ils vont arriver progressivement sur Kobo, le temps que chaque tome sorte de son cycle de trois mois dans l’abonnement Kindle) et les autres plateformes. Je ne peux pas agrandir le marché numérique de la dystopie ou de l’urban fantasy, mais je peux aller chercher des lecteurs là où je sais qu’il en existe déjà. Néanmoins, une intégrale + les autres plateformes, ça ne va pas continuer de générer beaucoup d’argent. Comment est-ce que je continue de générer des revenus sur une série déjà écrite en restant sur le marché numérique si j’estime avoir déjà fait tout ce que je pouvais pour conquérir le marché francophone ?

Je pars là où il y a d’autres lecteurs de mon genre : sur les marchés étrangers. Attention, je ne parle que du numérique ici. Pour aller conquérir le marché papier, nous sommes dans une autre démarche, celle de s’installer dans les librairies de France. Mais c’est une démarche que je vous expliquerai dans un autre article.

Première étape pour aller sur les marchés étrangers : se faire traduire. Attention, c’est coûteux. Il est également mieux de faire traduire toute la série dès le début, parce que le marché numérique n’est pas très patient et notamment sur les marchés anglo-saxons, si toute la série n’est pas sortie, ou au moins les 3 premiers tomes, les gens ont tendance à ne pas acheter. J’avais déjà fait un article sur les coûts de traduction, si vous avez des questions sur ce sujet vous pouvez également les poser ici.

Deuxième étape : faire corriger sa traduction. Et plutôt deux fois qu’une. Quand vous écrivez, vous avez bien une correctrice, non ? Il en va de même pour le traducteur. Il réécrit votre livre dans une autre langue, il est complètement normal qu’il reste des fautes, des imperfections. Prenez le soin d’engager un correcteur, c’est essentiel. Votre roman ne fonctionnera sur les marchés étrangers que s’il est correctement traduit. Une mauvaise traduction, ça se sent tout de suite.

Troisième étape : si vous le pouvez, faites bêta-lire dans la langue de traduction. Honnêtement, même avec un traducteur, un correcteur, le traducteur qui valide encore la correction ensuite, vous n’êtes pas certain de ce qui sort. Je vous conseille de trouver quelqu’un qui parle la langue et vous dira sans langue de bois si la traduction tient la route. J’ai un exemple en date pour ça : j’ai fait traduire Akalie en allemand, je ne maîtrise pas assez bien la langue pour dire si la traduction est bonne ou mauvaise, c’est passé dans les mains d’un traducteur, puis dans les mains d’une correctrice. Je l’ai posté et l’un des premiers commentaires que j’ai concerne la traduction, qui serait très pénible et que le lecteur me conseille carrément de revoir. Je ne prends pas ce genre d’avertissements à la légère. J’ai immédiatement retiré l’ouvrage de la vente et je l’ai réexpédié à un nouveau traducteur pour qu’il la reprenne. Il n’est pas si simple de trouver des traducteurs qualifiés, quand vous en avez sous le coude, n’oubliez pas de les chouchouter. C’est un métier difficile, payé au lance-pierre, qui mérite beaucoup plus de reconnaissance que ça.

Quatrième étape : la couverture… ah la couverture ! Ce n’est pas parce qu’elle génère des ventes sur le marché francophone, qu’elle va en gérer sur les marchés étrangers. Chaque marché a ses spécificités, allez vous renseigner sur les couvertures de votre niche, regardez ce qui se fait, est-ce qu’on est sur du photo montage ? De l’illustration ? Ne perdez pas de vue que personne ne vous connaît sur les marchés étrangers : ce n’est pas votre nom qui va faire vendre, c’est avant tout votre couverture. Elle doit collée au genre, être explicite et vous ne pouvez pas vraiment vous permettre d’être farfelu sur ce coup. Quand vous serez un minimum connu et que vous aurez un lectorat de base qui vous fera grimper dans le classement, vous pourrez interpeller le lecteur. Mais pas au début. Nouvel exemple : j’ai fait traduire la série Faith Ezreal pour le marché anglophone. La traduction est bonne, on s’en est assuré. En revanche, la couverture de Faith, qui a très bien marché en France, sûrement parce que j’avais déjà un lectorat de base, ne fonctionne pas du tout sur le marché anglophone. Comment je le sais ? Parce que j’ai lancé de la publicité dessus, j’ai observé les statistiques et j’ai pu comprendre d’où venait le problème grâce à mon très mauvais taux de clic : la couverture ne dit pas de quoi il s’agit. Mieux encore : nous avons interrogé notre coeur de cible sur les marchés en question, nous leur avons mis la couverture sous les yeux, sans rien leur dire et on leur a demandé “d’après toi, de quoi parle le livre ?”. Personne n’a deviné. La couverture doit absolument être explicite de votre genre. On peut, de temps en temps, se permettre des excentricités. Mais pas quand on est inconnu. Or, sur les marchés étrangers, je suis une parfaite inconnue qui ne dispose d’aucun lectorat de base. Je suis donc en train de refaire toutes les couvertures de Faith Ezreal et nous les utiliserons également pour les sortir en papier sur les marchés français, pour mesurer si le changement de couverture peut avoir un nouvel impact sur les ventes numériques en France également. Et comme j’adore les chiffres et les analyses, je vous partagerai toutes ces informations.

Cinquième étape : se publier bien sûr, vous pouvez le faire via la plateforme KDP également, je ne détaille pas ici, vous connaissez l’affaire 🙂

Sixième étape : se promouvoir, il faut s’intéresser aux habitudes du marché : sur quelle plateforme les lecteurs vont se renseigner pour leurs lectures ? Par exemple, les anglo-saxons utilisent beaucoup Goodreads, est-ce que vous avez créé un compte ? Est-ce que vous avez démarché des chroniqueurs et chroniqueuses ? Avez-vous lancé de la publicité ?

Parce que, comme pour le marché français, vous ne pouvez pas vous attendre à ce que ça décolle en claquant des doigts. Chaque sortie réclame du travail. On n’a rien sans rien.

Du coup, où est-ce que j’en suis des marchés étrangers pour ce premier épisode ?

  • J’ai deux séries traduites pour le monde anglophone, dont je retarde la sortie pour pouvoir changer d’abord les couvertures, je n’ai donc pas de chiffres à vous communiquer. J’avais sorti le tome 1 d’Alters, mais la publicité a montré que la couverture n’allait pas, je suis donc en train de les refaire.
  • J’ai une série traduite pour le marché allemand, mais la traduction n’étant pas de qualité suffisante, je l’ai remis dans la moulinette de la trad.
  • J’ai le premier tome d’Akalie sur le marché italien, qui a rapporté un peu moins de 1 000 euros à ce jour, ce qui ne rembourse pas la traduction, mais lui aussi avait été accompagné d’une erreur de traduction dans le résumé qui avait énormément plombé sa sortie (erreur qui n’était pas du fait de la traductrice mais 100% de ma faute).

Ce qui veut dire qu’à ce jour, les traductions ne me rapportent clairement pas, en revanche elles m’ont déjà beaucoup coûté puisque j’ai avancé l’argent pour traduire 2 séries en anglais (7 tomes), 1 série en allemand (3 tomes) et un premier tome d’une série en italien.

Maintenant, quel est le plan d’attaque ? Parce que tout commence MAINTENANT en fait ! Nous avons réuni toutes les informations nécessaires après un premier test des marchés, nous avons fait nos erreurs, nous avons appris et nous sommes prêts pour le round 2 ! Et oui, vous le savez : j’adore me vautrer, j’adore faire des erreurs, parce que c’est comme ça qu’on comprend mieux le marché, sa cible et comment faire pour s’en sortir.

Plan d’attaque :

  • récupérer une traduction allemande correcte et relancer le livre, avec l’appui de la publicité (sans appui de la publicité, il générait jusqu’à 5000 pages lues par jour sur le marché allemand, ce qui est plutôt bon)
  • récupérer les nouvelles couvertures pour Alters, publier les trois tomes sur les marchés anglo-saxons (puisque nous avons appris aussi qu’une série non terminée n’exaltait pas les lecteurs) et lancer de la publicité (oui la publicité est le mot clef à chaque fois, ça tombe bien, je viens de passer deux mois à me former dessus)
  • lancer Akalie sur le marché anglo-saxon, idem les trois tomes d’un coup, avec de nouvelles couvertures également et lancer la publicité (quelle récurrence)
  • pour le marché italien, on ne fait rien pour l’instant, il faut que les autres marchés commencent à nous rapporter pour qu’on envisage de poursuivre la traduction de la série sur le marché italien

Qu’est-ce qu’il peut se passer maintenant ?

  • on peut se vautrer à nouveau, auquel cas on apprendra quelque chose de nouveau
  • on peut décoller lentement, mais ne pas rentrer dans nos frais tout de suite (je rappelle qu’il suffit d’une série qui fonctionne pour rentrer dans ses frais, son impact rejaillira sur toutes les séries)
  • on peut décoller et rentrer dans nos frais, dans ce cas nous réinvestirons les bénéfices dans la traduction des autres séries

Je ne sais pas si ce type d’article sur la vie de PJ et les déboires que nous rencontrons vous intéressent. Pour moi, c’est toujours passionnant d’apprendre de nouvelles choses en faisant des erreurs, ça me booste à chaque fois à faire mieux et j’adore ça ! On espère réussir à décoller sur un seul des marchés étrangers, si on y arrive, on rentrera dans nos frais pour commencer, et puis surtout on donnera une plus longue durée de vie à nos romans, ce qui est important. Si un produit rapporte un montant “fini” qu’on sait qu’on ne peut pas dépasser, alors on est obligés de continuer d’en produire pour continuer de rapporter à l’entreprise. Mais si on arrive à des revenus qui peuvent être exponentiels, on peut commencer à s’intéresser à d’autres projets en sachant qu’on a un matelas de sécurité confortable.

L’idée principale derrière tout ça, ce n’est pas de générer de l’argent pour générer de l’argent. L’idée c’est d’assurer l’avenir de l’entreprise à travers mes romans, pour qu’on puisse accompagner d’autres auteurs, leur donner de la visibilité, leur faire de la publicité et tout ça, en sachant que notre destin ne dépend pas de la réussite ou non de leur livre. Ce que je veux dire par là c’est que si on regarde trop à “faire des profits” sur un ouvrage spécifique, on a tendance à ne pas vouloir faire trop de publicité, à ne pas vouloir prendre trop de risques financiers, parce que si ça ne génère pas assez d’argent, on sera trop à perte. L’idée c’est que mes romans génèrent le matelas de sécurité qui nous assure que même si on est à perte en accompagnant le roman d’un autre auteur, ce n’est pas grave. Ca nous donnera également les réels moyens financiers de le propulser, on n’aura pas peur de prendre des risques. Et oui, on sera heureux de faire des profits dessus si c’est le cas. Dans le schéma de rémunération que nous avons, l’auteur gagne mieux sa vie que la maison d’édition. Nous partons sur une rémunération sur la marge restante : 50% de la marge restante après avoir payé le distributeur, le libraire, les plateformes numériques si on est sur du numérique et l’imprimeur, va à l’auteur. Et les autres 50% à la maison d’édition. Pourquoi je dis que l’auteur est mieux rémunéré ? Parce que la maison d’édition s’occupe des coûts : elle prend en charge les frais pour la couverture, la correction, l’édito, le maquettage, la promotion. Pour faire grimper un livre, il faut parfois utiliser de la publicité au quotidien, ce sont des dépenses qui peuvent vite devenir importantes.

Maintenant l’auteur doit bien se rémunérer également :). Et on veut garder à coeur la place de l’auteur dans notre ME, c’est pourquoi on cherche à développer les ventes à l’étranger : sur des marchés plus importants, si nous parvenons à nous en sortir, on devrait pouvoir augmenter les revenus pour un même livre (et à terme pour les livres des autres auteurs également, je parle des miens pour l’instant parce que ce sont ceux qui sont disponibles et déjà traduits), ce qui nous donnera une plus grande marge de manœuvre.

J’étais claire ou pas du tout ?

Ouais, pas du tout hein.

Faut avouer que mon cerveau part dans tous les sens !

N’hésite pas si tu as besoin que j’éclaircisse quelque chose.

Illustration par la merveilleuse @blandine.pouchoulin

Étiquettes : , , , , , Last modified: 21 octobre 2020
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