Par L'auto-édition c'est pas pour les moutons Non classé Se publier et se promouvoir T'as besoin de motivation ?

La distribution papier

Jupi explique à Pandi le circuit du livre

Beaucoup de monde est venu vers moi récemment en me disant : “hey mais tes livres ne sont plus disponibles au format papier ? On ne peut plus les acheter ? Pourquoi ?“. Eh bien parce que nous allons passer par un distributeur à partir de maintenant et que les grandes machines mettent du temps à se mettre en route, ma foi (ok parce qu’on n’a rien du tout compris encore à comment ça fonctionne).

Ce qui me fait penser que j’ai beau parlé régulièrement sur les réseaux de notre prochaine arrivée en librairie, je ne vous ai pas beaucoup parlé de comment ça se passe le circuit du livre en France et de l’envers du décor. Alors allons-y, plongeons dedans.

Déjà, comment est-ce que ça se passait “avant” ? Au moment où j’étais auto-éditée, il y a encore un an, je n’avais pas de questions à me poser : soit je continuais de m’auto-éditer uniquement via Amazon, pour le numérique et le papier (étant donné que l’abonnement Kindle représentait 50% de mon chiffre d’affaires, je n’allais pas en sortir pour faire du multi-plateforme), soit je passais chez une plateforme type BOD (Book On Demand) qui te permet non seulement de faire du multi-plateforme numérique, tout en restant dans l’abonnement Kindle, mais aussi d’être disponible à la commande en librairie. Seul hic : ton coût d’achat pour tes exemplaires auteur est nettement supérieur à celui d’Amazon et tu n’as pas la main sur tous les paramètres de KDP, vu que tu n’as pas de compte KDP et qu’ils ne passent même pas par là pour publier ton livre.

Sauf que de mon côté, KDP est un outil non seulement important, mais puissant. Je peux faire du test non stop grâce à KDP. Je veux changer ma fiche produit ? Je la change, en quelques heures les modifications sont validées et je peux observer l’impact sur les ventes. Je veux ajouter ou modifier des catégories ? Je fais la demande. Je veux faire de la publicité ? (bon à l’époque ça n’était pas disponible donc c’est plutôt d’actualité pour 2020) J’en fais. Je veux suivre mes ventes au quotidien plateforme par plateforme ? Je veux changer mes mots-clefs ? Tout ça, ce n’est pas forcément possible via des plateformes comme BOD (ou similaire).

Du coup, j’ai préféré continuer en exclusivité avec Amazon. Puis j’ai ouvert ma ME et là, d’autres perspectives se sont ouvertes à moi : la distribution papier en librairie, via un “grand” distributeur. Qu’est-ce qu’un distributeur ? C’est un prestataire qui s’occupe de la logistique du livre : il le stocke (la plupart du temps, mais pas dans notre cas), il reçoit des ordres de commande, il livre les librairies, il récupère le pilon (dans notre cas, pas de pilon) et ils emmènent les ouvrages au pilon si nécessaire. Alors en soi, ça n’a pas grand chose de différent que BOD, l’idée est d’être disponible à la commande en librairie, la différence j’imagine avec BOD, c’est qu’on ne peut pas renvoyer les ouvrages au pilon puisque c’est de l’impression à la demande. Donc une fois que le libraire a commandé, il doit écouler l’exemplaire, sinon c’est de la perte pour lui.

A ce distributeur, nous avons ajouté un imprimeur à la demande, celui qui travaille justement avec Hachette distribution. Pourquoi est-ce que nous avons fait le choix de l’impression à la demande ? Plusieurs raisons :

  • c’est plus écologique : on n’imprime pas une énorme quantité de livres, qu’on stocke, qu’on ne sait pas si on va écouler, on n’envoie rien au pilon (le libraire ne peut pas renvoyer l’exemplaire s’il ne le vend pas) et on n’imprime que la quantité nécessaire
  • c’est plus économique pour nous : imprimer 1 000 à 10 000 exemplaires d’un titre nécessite d’avancer une sacrée somme d’argent, multipliée par le nombre de titres du catalogue, c’est une trésorerie astronomique qui se retrouve dehors ! Tout ça, sans savoir si les livres vont bel et bien être dans les rayons de la librairie et dans ce cas en plus, les libraires peuvent renvoyer les titres (oui c’est bien pour les libraires et je comprends la liberté que ça leur donne, mais c’est catastrophique pour les petites maisons d’édition) … Par contre, à l’unité, évidemment, ça nous revient plus cher d’imprimer un titre.
  • c’est flexible : ça ne veut pas dire que si nous savons qu’un titre va nécessiter X mille exemplaires, on ne peut pas le basculer “en stock”
  • c’est rapide : s’il y a besoin de réassort, on ne repart pas en gros circuit d’imprimerie (en offset typiquement) qui nécessite trois semaines minimum de délai, on peut réimprimer rapidement

Donc nous avons cet imprimeur numérique, couplé à notre distributeur, ils travaillent main dans la main pour qu’une fois la commande du libraire est passée, les exemplaires arrivent jusqu’à la librairie. Mais vous allez me dire, comment est-ce que le libraire est au courant de l’existence de nos ouvrages ? Eh bien normalement c’est à travers un diffuseur.

Un diffuseur, c’est un métier qui se couple généralement à la distribution, mais qui n’a rien à voir (oui je vous ai perdu là, ce que je veux dire c’est que généralement on parle de distributeur-diffuseur, Hachette par exemple a une entreprise Hachette Distribution et une autre Hachette Diffusion, pour les “grandes” maisons d’édition, l’un ne va pas vraiment sans l’autre). Le distributeur… distribue. Il assure la logistique. Le diffuseur… diffuse. Ouais, je sais, je vous aide pas hihihi. Le premier achemine le livre, le second s’occupe de le “vendre”. Le diffuseur, ce sont des équipes commerciales qui sillonnent la France par secteur, pour aller chaque jour discuter avec des libraires pour leur pitcher les derniers titres, pour qu’ils passent commande. Pourquoi est-ce que c’est important d’avoir un diffuseur ? Parce qu’au vu du nombre de titres qui sortent tous les mois, s’il n’y a personne qui a pitché les titres de votre catalogue de ME, le libraire n’aura pas connaissance de leur existence. Tout simplement. Ce n’est pas qu’il ne veut pas les mettre en avant, c’est qu’on lui a déjà parlé de suffisamment de titres comme ça, qu’il n’a pas assez de place dans sa librairie pour mettre tous les titres dans les rayons, qu’il ne peut pas tout lire, il ne peut pas tout savoir, il ne peut pas apprendre par cœur la liste de tous les titres qui sortent chaque semaine. Ce n’est juste pas possible.

Sauf que si le titre n’est pas sur les rayons de la librairie, le lecteur lambda n’a pas non plus connaissance de l’existence de ce titre quand il va chez son libraire. Pourquoi est-ce que nous n’avons pas pris de diffuseur ? Eh bien parce que ça coûte cher : il y a une commission à verser au libraire, au distributeur, il faut évidemment payer l’imprimeur, et il faut aussi rémunérer l’auteur et se rémunérer, ne serait-ce que pour rembourser tous les frais engagés (correction, maquettage, édito, couverture…). Si on rajoutait un diffuseur dans l’affaire, il faudrait augmenter le prix du livre pour que tout le monde puisse avoir une part et nous avons déjà dû procéder à une augmentation du prix du livre papier pour qu’on ne soit pas à perte sur la vente de ces exemplaires, tout ça sans diffuseur dans la balance. Yeap. Nous ne sommes tout simplement pas assez gros pour pouvoir prendre un diffuseur et même si on l’était eh bien… j’hésiterais. Pourquoi ?

  • la manière dont ça fonctionne aujourd’hui (ME – diffuseur – distributeur – librairie) est la même depuis… piou je ne suis pas capable de vous dire quand. Je ne crois pas que ce soit la meilleure manière de fonctionner, je crois que les librairies ont raté le virage numérique et qu’il y a quelque chose à faire pour ramener de l’attraction dans les librairies. Or, entretenir ce cercle économique où personne ne gagne vraiment bien sa vie, ce n’est pas essayer de faire changer les choses. Je ne dis pas que faire sans le diffuseur est un bon moyen, je dis juste qu’on essaye quelque chose de nouveau
  • on veut évidemment pouvoir rémunérer l’auteur le plus possible et en prenant un diffuseur eh bien… on peut augmenter le prix du livre, mais il y a un stade où si le prix du livre est trop cher, il ne se vend pas tout simplement, et du coup il faut viser le “juste” prix, mais qui ne rémunère pas assez l’auteur à mon humble avis
  • comment le diffuseur obtient-il les informations sur le livre pour pouvoir le pitcher aux librairies ? Oh c’est un moment fabuleux que je vais vous expliquer : en fait, la ME organise, généralement une fois par trimestre et avec six à neuf mois d’avance sur la sortie des titres, une réunion avec le diffuseur. A cette réunion, les chefs de secteur des commerciaux sont présents, on leur pitche les livres avec une fiche powerpoint grosso modo, ils prennent des notes, on leur file le powerpoint et… voilà. Les chefs de secteur vont aller pitcher cette affaire à leurs commerciaux, les commerciaux vont aller pitcher au libraire, les libraires vont ensuite pitcher au lecteur. Hmm vous le voyez venir le téléphone arabe ? Vous la voyez la perte d’informations ? Une à deux fois par an, selon son budget, la ME invite tous les commerciaux à une grande messe, pour leur apprendre les best practices, c’est un séminaire où ils passent revue les chiffres précédents, ils pitchent aussi les quelques titres phares de l’année qu’ils veulent vraiment appuyer et… c’est tout.

Moi, quand je vois le téléphone arabe que ça donne, j’ai envie de dire : qui est le mieux placé pour pitcher le livre aux libraires ? Nos fans, tout simplement. Les gens qui l’ont déjà lu. C’est pourquoi nous comptons de notre côté démarcher les GSS (Grandes Surfaces Spécialisées type Fnac, Cultura…) et les GSA (Grandes Surfaces Alimentaires type Espace culture Leclerc, Auchan…) parce que ce sont peu d’interlocuteurs, mais ces interlocuteurs représentent 40% du marché papier aujourd’hui. La manière dont les GSA et GSS sont centralisées nous permet, à notre taille très humaine d’entreprise, de les démarcher une à une. En revanche, nous ne pouvons pas démarcher une à une les plus de 3 000 librairies indépendantes de France. Non, pour ça, il faut une armée de commerciaux. Ou une armée de fans. Une pandarmy ! Pour cette partie, nous comptons lancer un appel sur les réseaux sociaux, pour demander à nos lecteurs d’aller dans leur librairie de quartier et de prendre cinq minutes de leur temps pour parler au libraire de ce qu’on fait. Tout simplement. Les fans qui auront envie de le faire le feront, ceux qui ne veulent pas le faire ne le feront pas évidemment, mais c’est notre seul moyen de diffuser notre ouvrage dans le plus de librairies possibles parce que nous ne pouvons pas sillonner la France pour les démarcher une à une, tous les mois ou trimestre, ni même tous les ans en fait.

C’est donc notre démarche aujourd’hui : diffuser nous-mêmes nos propres ouvrages. Nous ne sommes pas les seuls à le faire, mais je crois que nous sommes les seuls à imaginer que nous allons y arriver, que nous allons réellement être disponibles sur les rayons des librairies et pas juste à la commande. Alors bon c’est une chose de l’imaginer, c’en est une autre de le réaliser évidemment ! C’est pour ça qu’en ce moment, notre mission c’est de :

  • identifier les contacts qu’on recherche dans les GSS et GSA
  • obtenir un rendez-vous téléphonique avec ces interlocuteurs (parce que bon, covid oblige, pas question de se déplacer)
  • pondre une présentation originale, qui nous ressemble, digne de ce nom, pour présenter les ouvrages à ces interlocuteurs
  • et… faire des erreurs, pour changer *rires* puis rectifier le tir !
  • encourager notre lectorat à parler de nous en librairie

Rien ne pourra se faire sans la participation de tous, mais on a décidé d’y croire, alors on va continuer de travailler d’arrache-pied pour réaliser ça. Si on y arrive, ce sera l’occasion de montrer à toutes les petites ME qu’elles peuvent elles aussi débarquer de manière plus massive sur le marché papier en France. Ce sera l’occasion de faire grandir nos auteurs, qui pourront recevoir une commission décente et qui auront de la visibilité en librairie. Ce sera l’occasion pour nous aussi, de grandir et d’apprendre de nouvelles choses sur le milieu du livre, la manière dont fonctionnent les choses et dont elles pourraient également fonctionner à l’avenir.

Voilà, on y croit très fort, on travaille très dur en ce moment pour rendre tout ça possible. Si les livres ne sont actuellement plus disponibles à la vente au format papier, c’est en raison de cette bascule chez un imprimeur à la demande + le distributeur. On doit se mettre aux normes, changer certaines couvertures, refaire toutes les maquettes intérieures des romans, réévaluer les prix pour s’assurer qu’il y a du profit à la fin et surtout, préparer nos pitchs pour être en rayon.

Mine de rien, c’est un sacré boulot. Heureusement que la Pandateam au grand complet est investie dans cette démarche. Les gens avec lesquels je travaille au quotidien sont tout simplement FORMIDABLES. Je sais, je le répète beaucoup, mais c’est vrai. D’une manière générale, la communauté qui s’est bâtie autour de Panda Jones me met des paillettes dans les yeux. J’aime les valeurs diffusées, j’aime les valeurs que vous me renvoyez et j’aime faire partie de ce tout que nous avons créé tous ensemble.

Ceci était une déclaration d’amour pandastique.

Des bisous les pandas, on se retrouve bientôt !

Illustration par la splendide @blandine.pouchoulin

Étiquettes : , , , Last modified: 26 novembre 2020
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