Par Arrête d'être un mouton pessimiste Etre un panda extraterrestre

Oser s’exprimer sans avoir peur du jugement

Pandi a peur de s'exprimer

Et puis oser s’exprimer tout court en fait. Parfois, je me demande ce qui fait peur aux gens, puis je me rappelle que c’est le regard des autres. Même au sein de ma propre équipe, on me dit parfois “j’ai pas osé te déranger”. Je vérifie avec la personne si j’ai déjà fait quelque chose qui aurait montré qu’elle me dérangeait, mais non. Et il n’y a pas qu’au sein de ma propre équipe. Parfois, des amis, des lecteurs, des auteurs, me disent “j’ai pas osé te déranger”. Ou encore “j’ai pas osé te le dire”. Ce qui me frustre énormément parce que je ne juge pas. Je ne suis pas infaillible, évidemment, je peux faire des erreurs, mais ma ligne directrice de conduite, c’est la bienveillance.

Mais ces gens qui n’osent pas s’exprimer ont trois énormes freins qui les amènent à ne pas franchir le pas.

Se faire des films

Ils se sont imaginés des choses sur l’autre, sur sa vie, sur sa réaction et ils ont choisi de prendre la décision à leur place, du style “oh mais Jupi elle fait déjà ça, ça et ça, elle n’a pas de temps à m’accorder, mieux vaut que je ne la contacte pas”. Oui, mais alors, en fait, je suis capable de prendre mes propres décisions sur la manière de gérer mon temps. Mais il faut qu’on me donne le choix. Si tu ne viens pas à moi, je n’ai pas de choix à faire. Si tu viens à moi, j’ai effectivement un choix à faire : est-ce que je t’alloue du temps ou non. Mon temps, c’est mon bien le plus précieux, je réfléchis toujours avant de le dépenser, parce que c’est la seule chose qu’on ne récupère jamais. J’estime être suffisamment responsable pour savoir ce que je veux en faire, j’estime qu’on ne me force jamais à l’utiliser d’une manière ou d’une autre. Alors non, personne ne peut me déranger en m’écrivant parce que je suis capable de prendre moi-même la décision de si je réponds ou non. Je ne me sens pas “oppressée” parce qu’un message pope sur mon téléphone (enfin toutes mes notifications sont désactivées de toute façon) ou dans mes emails, je ne me sens pas contrainte d’y répondre tout de suite. J’y réponds. Mais au moment où je le choisis, au moment où c’est confortable pour moi. Et je ne sais pas si c’est valable pour tout le monde ce que je fais, si certains d’entre vous se sentent contraints de répondre tout de suite, mais vous ne devriez pas honnêtement. Mieux vaut le faire à un moment où vous êtes bien pour le faire. Pour vous comme pour l’autre, qu’il n’ait justement pas l’impression de déranger. Mais se faire un film sur l’autre et choisir pour l’autre, ce n’est clairement pas sain. C’est s’enfermer dans ses propres idées de la vie de l’autre alors que nous ne sommes pas à la place de l’autre. Mieux vaut aller ouvertement vers l’autre, s’exprimer et voir ce qu’il advient. C’est même un cercle vicieux de se faire des films : si vous le faites pour ça, pour une petite chose comme “ne pas vouloir déranger l’autre”, pour quoi d’autre est-ce que vous le faites ? Jusqu’où est-ce que ça va ? Attention, je dis ça en connaissance de cause. Pour ma part, il y a quelques années, j’étais capable d’imaginer tout ce qu’il se passait dans la tête de l’autre et bizarrement, ce n’était jamais en ma faveur, dingue non ? Il y avait toujours quelque chose que j’avais mal fait qui avait causé une réaction de l’autre, parce que j’essayais de tout interpréter. Mais on ne contrôle pas l’autre, on n’est pas dans sa tête, alors pourquoi se faire des films ?

Le jugement

Un autre des freins pour oser s’exprimer, c’est la peur de recevoir le jugement de l’autre. Que quelqu’un se mette à rire, nous traite d’idiot, bref c’est cette peur de ne pas être aimé et validé en fait. C’est une peur qui est ancrée en nous et que les réseaux sociaux amplifient sans cesse. Franchement, je ne sais plus quoi faire pour aider les gens à lutter contre cette peur. La solution ultime c’est bien sûr de s’aimer soi, sans avoir besoin de l’aide des autres pour ressentir de l’estime de soi, de puiser cette estime en nous-mêmes. Mais si on en est là, on n’a pas peur du jugement généralement. Donc comment est-ce qu’on en arrive là ? Le chemin est long et différent pour tout le monde, je n’ai pas de route toute tracée à vous proposer. Il y a autant de raisons de ne pas avoir confiance en soi qu’il y a de vies différentes sur cette planète. Généralement, vous pouvez retrouver les causes en remontant dans votre enfance. Tout le monde s’en fout a fait une vidéo géniale sur l’auto-sabotage que vous pouvez trouver ici. L’exercice qu’ils proposent de noter tous les reproches qu’on a reçus en étant enfant, et tout ce qu’on se reproche à soi-même, est un exercice intéressant. J’en ai fait un similaire il y a quelques années, mais au sujet des valeurs. Il fallait noter ses valeurs, ses contre-valeurs et essayer de remonter dans ses souvenirs pour retrouver la première occurrence de ces valeurs. Ce qu’on en conclut ? Que nous nous sommes construits sur notre passé (logique hein), sur les souvenirs de notre enfance et que nous en conservons également certains blocages. Quand je parle à des auteurs ou des lecteurs, qu’ils m’expriment leurs freins, leurs peurs et qu’on en arrive à parler de manque de confiance (sujet très récurrent chez les auteurs, avec le syndrome de l’imposteur qui rôde sans cesse), souvent, la famille est mentionnée. Ce n’est pas que je veuille blâmer la famille d’une manière générale, loin de là, hein. C’est juste que ce sont les personnes qu’on a côtoyées depuis notre enfance. Ce sont aussi les gens qui ont des attentes très fortes pour nous. Le jour où on se libère de ces attentes et de ces souvenirs en acceptant qu’ils sont ce qu’ils sont : des souvenirs, pas des mantras qu’il faut suivre aveuglément trente ans après, c’est le jour où on peut être soi.

C’est aussi le jour où on prend confiance en soi, le jour où on a moins peur du jugement des autres et le jour où on peut s’exprimer parce qu’on est capable de faire face à ce que l’autre nous dira sans nous écrouler.

J’imagine que c’est ce deuxième frein : la peur de souffrir de la réaction de l’autre.

Le refus

Mais il y en a un troisième qui est tout simplement le refus. Par exemple à la question “est-ce que tu peux m’aider ?”, on tremble toujours de s’entendre dire “non” alors que… combien de fois est-ce que vous avez demandé de l’aide et on vous a répondu “non” ? Est-ce que le nombre de fois où on vous a dit “oui” n’est pas beaucoup plus important que le nombre de fois où potentiellement on vous a dit “non” ? Qu’est-ce qui fait peur dans le refus potentiel ? De se montrer vulnérable en disant qu’on a besoin d’aide pour quelque chose ? Ou en montrant ses sentiments ? Son authenticité ?

Je crois qu’il n’y a pas de mal à oser s’exprimer, poser des questions, donner son opinion, tant que c’est fait dans le respect de l’autre. Le problème, il est quand on a des attentes, qu’on se fait des films, qu’on a peur du jugement de l’autre ou de son refus. Or, tout ça, ce sont des choses qu’on s’inflige à soi-même. L’autre n’y est pour rien. On ne le contrôle pas de toute façon. Mais je crois que parfois, on se torture soi-même en ne voulant pas s’exprimer. Parce que du coup on ne peut pas être soi-même si on ne pratique pas la liberté d’expression. Il y a des choses qu’on garde enfouies. On se dit “oui mais si je le dis et que l’autre…” et l’autre quoi ? On ne sait pas comment il va réagir, et peu importe comment il réagit parce qu’on ne le contrôle pas. Il faut accepter sa réaction, peu importe celle qu’il a. Mais au moins, on a la réponse à sa question, ses doutes, son problème, on sait si on va recevoir ou non de l’aide.

On peut avancer.

Parce que j’ai l’impression qu’il y a plein de gens qui restent bloqués à la croisée des chemins, parce qu’ils ont peur de s’exprimer. Je pense aux gens qui sont amoureux, qui n’osent pas le dire à la personne qu’ils aiment, parce qu’ils ont peur du jugement, du refus, de la vulnérabilité, ils s’imaginent ce qu’elle ou ce qu’il pense, et se disent “non elle/il ne peut pas m’aimer en retour”. Alors ils restent à la croisée des chemins, ils regardent le chemin qui les mène vers cette personne, ils regardent le chemin qui mène ailleurs, mais ils n’arrivent pas à se décider pour s’engager dans un chemin. Du coup, ils restent là, bloqués, sans avancer.

Je sais que les sentiments, c’est quelque chose de complexe, mais je trouve que c’est un parfait exemple qui s’applique à plein de choses dans la vie. Dès qu’on refuse de prendre une décision, qu’on refuse d’exprimer quelque chose, il y a ces chemins qui devraient se matérialiser dans nos crânes : ces chemins qu’on n’emprunte pas. Il faudrait se poser la question de pourquoi nous ne les empruntons pas. Si c’est par peur, je crois que ce n’est pas une bonne raison. Je ne crois pas que la peur devrait gouverner nos vies. Je crois qu’on devrait aller chercher nos réponses, pour pouvoir avancer. Je crois qu’on devrait se lancer, pour voir ce que ça donne et être fixé.

Je crois qu’on devrait oser déranger les gens plus souvent pour leur laisser le choix de décider. Je crois qu’on devrait arrêter d’imaginer ce que les autres pensent ou font. Nous ne sommes pas dans leur tête.

Je crois qu’on devrait juste essayer d’être soi et de voir ce que ça donne. Rien de mieux que l’expérience pour savoir si ça nous plaît. Et vous savez le truc que j’adore ? Être entourée de gens qui osent, dans tous les domaines de la vie. Parce qu’ils essaient, ils n’ont pas peur de tomber et ce sont des gens qui apprennent tout simplement quand ils chutent. Ils se relèvent, ils recommencent avec de nouvelles connaissances et un jour, ils réussissent.

Je vous embrasse fort les pandas.

Illustration par la pandatistique @blandine.pouchoulin

Étiquettes : , , , , Last modified: 30 novembre 2020
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