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Qui j’étais avant

Par Jupiter Phaeton

Moi, c’est Jupiter Phaeton, autrice à temps plein depuis plus de deux ans, j’ai ouvert ma maison d’édition, j’ai confiance en moi, je me sens bien dans ma peau.

Mais avant ? HA ! Parce que je n’ai pas toujours été autrice à temps plein et surtout, je ne me suis pas toujours sentie bien dans ma peau et je peux vous dire que j’ai galéré niveau confiance en moi. Alors qui étais-je avant cette transformation ?

C’est un sujet que j’aborde notamment dans le livre Atypique que j’ai publié début novembre, mais beaucoup de lecteurs proches de moi, dans le sens où ils suivent mes aventures depuis un long moment, m’ont confié qu’ils auraient aimé en savoir plus sur cet “avant”.

D’abord, je tiens à dire que ce n’est pas simple de se rappeler qu’un jour, j’ai été une personne qui n’avait pas confiance en elle, qui tremblait face au regard des autres, qui vivait même dans ce regard, à travers ce regard, pour ce regard. Et je ne dis pas ça parce que ça me bouleverse de m’en rappeler, je dis ça parce que j’ai l’impression que la personne que je suis aujourd’hui, je l’ai toujours été. Quand je me replonge dans le passé, je vois bien le chemin accompli, mais je m’imagine toujours que la personne que j’étais avant, c’est une autre personne. Ce n’est pas vraiment moi. Parce que les changements opérés ont été lents, subtils et j’ai l’impression qu’ils ont toujours fait partie de moi.

Mais non, avant, je n’avais pas confiance en moi. Avant, je réfléchissais sans cesse en fonction du regard des autres, j’avais peur d’exprimer mes opinions, je hochais la tête face à l’opinion des autres, j’avais terriblement envie qu’ils m’aiment, mais même quand ils m’aimaient je ne me sentais pas bien, parce que je n’étais pas moi-même. Ils aimaient la personne que je montrais, mais cette personne ce n’était pas moi et comment est-ce que ça aurait pu être moi alors que je ne savais pas qui j’étais moi-même ?

Toute ma vie, j’avais eu l’impression d’avoir un problème, d’avoir encore moins confiance en moi que les autres, d’être comme un pion solitaire qui ne trouvait pas de solutions à son mal-être. J’avais beau testé différents métiers, j’avais beau essayé différentes attitudes, montrer différentes versions de moi, j’étais toujours mal. Je me complexifiais le cerveau en réfléchissant à la réaction des gens, à ce que je pouvais faire pour qu’ils m’aiment, à comment agir et réagir pour qu’ils soient eux, au mieux, me persuadant que c’était de l’altruisme, que je faisais ma vie en fonction des autres et que c’était bien, que c’était comme ça que la vie devait être.

En vrai, je le faisais pour qu’ils m’aiment, pour qu’ils me montrent de la reconnaissance, pour qu’on dise de moi que j’étais quelqu’un d’altruiste, qui avait le sens du sacrifice, parce que c’était des valeurs que mon entourage hissait au sommet.

Aujourd’hui, quand j’entends des gens qui passent leur temps à se “sacrifier” pour les autres, tout ce que je ressens c’est que c’est malsain et que c’est mauvais pour la santé. C’est bien de le faire de temps en temps, si c’est conforme à tes valeurs, mais sinon, au quotidien, je ne suis pas certaine que d’oublier de vivre sa propre vie soit bon. Enfin, je suis persuadée que ça ne l’est pas, que ça génère des frustrations, qu’on met sa propre vie entre parenthèses et qu’un jour on se réveille en se disant qu’on a gâché plein d’années à faire ça et qu’on en veut à la planète entière.

Alors qu’on pourrait le faire avec parcimonie, quand on est dans de bonnes dispositions pour le faire, et que dans ces moments-là, on est juste heureux de le faire et on n’a pas de ressentiment après coup.

Mais avant, j’étais aussi une bourreau du travail. J’ai toujours été capable d’accomplir un grand nombre de tâches en peu de temps, mais j’en abusais clairement. Il fût un temps où mes horaires ressemblaient à du 6h/minuit. Et oui, 6h du matin. Je me levais à 6h, je bossais sur mon projet d’entreprise, j’allais à mon CDI, mon déjeuner était aussi occupé à mon projet d’entreprise, et je restais plus tard au travail et quand je partais enfin c’était pour me remettre sur mon projet d’entreprise et je me couchais, à minuit, épuisée, quand mon cerveau arrivait à s’endormir et qu’il n’était pas plein de questions qui tournaient et tournaient encore.

Et je croyais que c’était bien. Je croyais que dédier sa vie à son travail, c’était top. C’était ce qu’il fallait faire. Il fallait être sur tous les fronts, donner le meilleur de soi-même en permanence.

Et aujourd’hui, quand j’entends des gens qui bossent régulièrement (et j’insiste sur le terme régulièrement, parce que c’est lui qui fait la différence, si c’est ponctuel c’est ok) jusque tard le soir, parfois deux heures du matin, je me dis aussi que c’est malsain.

J’en suis arrivée à la conclusion que dans la vie il y a plusieurs choses qui sont importantes : mes valeurs, mes priorités et l’équilibre. J’étais persuadée que l’extrémisme, c’est-à-dire être à fond dans quelque chose et le jeter aux yeux de mon entourage pour dire “oui mais moi mon truc, c’est ça, je suis à fond là-dedans”, au point que ça en devienne ma fiche d’identité, c’était bien.

La vérité ? Je me suis épuisée, je me suis sentie malheureuse, je n’arrivais jamais à vivre à la hauteur de mes propres attentes, qui étaient en fait les attentes que j’imaginais que la société avait pour moi, et ce n’était que de la poudre aux yeux. Ce n’était qu’un immense cri pour dire “donnez-moi de l’attention, regardez-moi, je brille”.

Parce qu’on a l’impression, avec les réseaux sociaux, avec les médias, qu’il faut être expert dans un domaine aujourd’hui, qu’il faut vivre et respirer pour ce domaine. Mais on a aussi l’impression que le travail est une valeur forte et que si tu ne te tues pas à la tâche au moins huit heures par jour, tu ne travailles pas vraiment. D’ailleurs, quand tu rencontres quelqu’un, l’une des premières questions qu’il te pose c’est “et tu fais quoi dans la vie ?”, parce qu’on est défini par notre métier. Je regardais les informations il y a quelques jours et ils parlaient du procès de Jonathan Daval, “informaticien”. A noter qu’il est en prison depuis un long moment en attendant son procès (deux ans il me semble ? Peut-être trois ?), qu’il n’a donc pas exercé sa profession depuis un paquet de temps, mais que les médias avaient quand même le besoin de préciser “Jonathann Daval, informaticien”. Parce que notre métier semble être notre fiche d’identité aujourd’hui, du fait qu’il est communément admis que c’est l’endroit où l’on passe le plus de temps dans sa semaine. Aujourd’hui, on est développeur web avant d’être Papa en fait. “Tu fais quoi dans la vie ?” “Je suis papa d’un petit garçon de trois ans.” Ce genre de réponses choquerait presque, on se dirait “ah mais en fait t’es père au foyer”, mais peut-être que pour ce Papa, ça veut juste dire qu’il aimerait être défini comme étant “papa” avant d’être “développeur web”, parce que sa priorité dans sa vie c’est son fils et pas forcément son métier. Et pourtant, on attend comme réponse à cette question un métier.

Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds que je suis écrivain. Viennent ensuite les merveilleuses questions sur “ah et tu fais quoi comme job à côté ?” ou encore “ah et tu arrives à t’en sortir ? Ça doit pas être simple”. Dans les faits, mon job d’écrivain, je le pratique une heure par jour (or cette période très spécifique de fin d’année où je le pratique deux heures par jour) et mon job de chef d’entreprise, je le pratique deux heures par jour. Le plus gros de ma journée, je le passe à faire du sport, marcher avec mon chien et à aider des auteurs.

Mais si je répondais “mon job dans la vie, c’est de marcher avec mon chien”, je crois que je me retrouverais dans une discussion un peu farfelue et je ne suis pas certaine que tous mes interlocuteurs sauraient s’adapter.

Non, il est communément admis que notre fiche d’identité est liée à notre métier. J’aimerais tellement que ça change. J’aimerais tellement qu’on réalise qu’on est plus qu’un métier. Moi, les questions que je pose quand je rencontre quelqu’un, elles font peur généralement, mais elles me ressemblent plus, elles sont du genre “c’est quoi tes rêves dans la vie ? Quelle est la passion dans laquelle tu investis le plus de temps et d’énergie ? C’est quoi ta priorité en ce moment ?”

Bref, si j’avais été cette personne que j’étais avant, je n’aurais pas crié sur tous les toits que j’étais écrivain, parce que je savais que ce n’était pas validé par la société. Je me serais cachée, timide dans un coin, je n’aurais surtout pas parlé de mon expérience. En fait, si je n’avais pas changé, si je n’avais pas commencé à me foutre royalement du regard des autres, à arrêter de chercher l’approbation, si je n’avais pas pris le temps de définir mes valeurs, de comprendre qui j’étais et d’agir en fonction de ça, je ne serais jamais devenue écrivain. Je serais toujours en train de vivre selon les attentes des autres, sautant d’un job vers l’autre, cherchant l’approbation dans un monde où tout le monde est prompt à la critique et où peu importe ce que tu fais, il y aura toujours quelqu’un pour te juger et te dire que tu ne le fais pas bien ou que tu ne devrais pas le faire.

Et puis un jour, j’ai décidé que je m’en foutais de tout ça.

Et si aujourd’hui je raconte mon histoire, c’est parce que j’espère aider d’autres personnes qui se sont retrouvées dans la même situation que moi.

Avant, j’étais quelqu’un d’autre. J’étais quelqu’un qui se cherchait et ne se trouvait pas.

Aujourd’hui, je suis “juste” moi. Et ça me suffit.

Je t’embrasse fort, mon panda.

Illustration par la pandissime @blandine.pouchoulin

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10 Commentaires

leslecturesdemy novembre 26, 2020 - 5:53

Je t’admire pour ce revirement. Personnellement j’ai plus ou moins confiance en moi mais pas encore assez pour claquer la porte à un boulot qui me détruit plus qu’il ne m’apporte… j’espère avoir un jour le courage de le faire et de vivre de ma passion.

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leslecturesdemy novembre 26, 2020 - 5:53

Je t’admire pour ce revirement. Personnellement j’ai plus ou moins confiance en moi mais pas encore assez pour claquer la porte à un boulot qui me détruit plus qu’il ne m’apporte… j’espère avoir un jour le courage de le faire et de vivre de ma passion.

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Alice Nine novembre 26, 2020 - 6:11

Tu as tellement raison ! Je déteste et détesterai toujours cette question, qui pour moi est stupide, et qui me fait toujours me sentir mal car à cause d’elle, je ne dis jamais “je suis auteure” mais “je suis __(mon emploi de salariée). Bref, super article, et super parcours Jupi 🙂

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Alice Nine novembre 26, 2020 - 6:11

Tu as tellement raison ! Je déteste et détesterai toujours cette question, qui pour moi est stupide, et qui me fait toujours me sentir mal car à cause d’elle, je ne dis jamais “je suis auteure” mais “je suis __(mon emploi de salariée). Bref, super article, et super parcours Jupi 🙂

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siennapratt novembre 26, 2020 - 6:41

Tu as raison ! “juste toi” c’est déjà un truc de dingue <3

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siennapratt novembre 26, 2020 - 6:41

Tu as raison ! “juste toi” c’est déjà un truc de dingue <3

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Gigi Venet novembre 27, 2020 - 8:54

Pareil sauf qu’avant j’étais mère. Aujourd’hui je n’arrive pas encore à dire écrivaine. Alors que c’est presque devenu ma raison de vivre.

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Gigi Venet novembre 27, 2020 - 8:54

Pareil sauf qu’avant j’étais mère. Aujourd’hui je n’arrive pas encore à dire écrivaine. Alors que c’est presque devenu ma raison de vivre.

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Lilly McNocann novembre 28, 2020 - 8:56

Quel bel article inspirant ! Tu parles (écris !) depuis ta position d’écrivaine, mais tes mots peuvent réellement résonner chez chacun. Penses-tu proposer Atypique à la vente papier à l’avenir ? Merci ! 🙂

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Lilly McNocann novembre 28, 2020 - 8:56

Quel bel article inspirant ! Tu parles (écris !) depuis ta position d’écrivaine, mais tes mots peuvent réellement résonner chez chacun. Penses-tu proposer Atypique à la vente papier à l’avenir ? Merci ! 🙂

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