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S’intéresser à l’autre

Par Jupiter Phaeton

“J’aime pas les gens”. Oh… combien de fois j’ai entendu cette phrase, combien de fois je l’ai dite aussi hahaha. Non, je n’aime pas les gens, mais par “les gens”, j’entends “les personnes que je ne connais pas”. Sauf que bah, dans la réalité, si tu ne donnes par une chance aux “gens”, tu ne les connaîtras jamais. Et tes amis, que tu as, tu leur as bien donné une chance un jour, non ?

Aujourd’hui, on parle de s’intéresser à l’autre et de pourquoi il faut le faire, notamment dans le cadre de ton activité d’auteur, de chroniqueur… et dans la vie de tous les jours. Pour les auteurs, si vous recevez ma newsletter (sinon c’est par ici pour s’abonner), ces dernières semaines, on a parlé de comment créer sa communauté. On a parlé de la notion d’engagement de la communauté, de comment on peut l’utiliser pour qu’elle serve de levier dans les ventes, mais surtout, on a parlé de la sincérité et de l’authenticité dans les échanges.

Or, comment être authentique quand on doit produire l’effort de répondre à tout le monde ? Comment peut-on faire pour s’intéresser sincèrement à l’autre, lui montrer qu’il est important pour nous quand on reçoit 50 MP par jour ? Parce que chaque lecteur est important, parce que chaque personne dans ta communauté est une personne à qui, si tu le peux, tu dois donner du temps. Surtout si elle a fait l’effort de t’écrire.

Mais du coup, ça soulève un point difficile qui est : comment s’intéresser sincèrement à l’autre ?

Parce que si tu es faux dans tes échanges, si tu te forces, tout ça va se sentir.

Alors, comme je te l’ai dit plus haut, non, moi non plus, je n’aime pas les gens. Les gens, j’ai l’impression qu’ils polluent mon espace vital, quand je fais les courses je mets un casque sur mes oreilles pour survivre, je ne supporte pas la foule, rencontrer de nouvelles personnes c’est me mettre face à de nouveaux stimulis, j’ai du mal à avec les interactions sociales de toute façon, je n’arrive pas à comprendre tous les sous-entendus dans une conversation et encore mieux : je passe complètement à côté des blagues ou des jeux de mots, c’est le problème de ne comprendre les choses que de manière littérale.

Et pourtant, j’ai des interactions, principalement virtuelles en ce moment, tous les jours. Et pour être honnête, je n’en ai jamais eu autant depuis le début de ma vie. Je suis maintenant écrivain à temps plein depuis deux ans et demi : le nombre de MP que je reçois par jour ne cesse de grandir, le nombre d’emails a atteint un seuil qui frise la crise cardiaque, j’ai plus de commentaires sur les articles de blog, sur les réseaux sociaux, j’ai plus de monde qui écrit quand je suis en live Instagram au point que je dois remonter le fil de la discussion pour suivre ce qu’il se dit et trouver les questions qu’on me pose…

Et pourtant, dans chaque échange, j’ai conscience de l’importance que ça a pour l’autre. J’ai conscience que s’il a fait l’effort de sortir de sa zone de confort pour venir me parler, c’est que c’est important pour lui. Et j’ai envie de lui montrer, en retour qu’il est important pour moi, qu’il n’est pas “juste” un email parmi la centaine d’emails que je reçois par jour.

Alors comment est-ce que je fais pour m’intéresser sincèrement à l’autre et pour faire en sorte que répondre aux messages ne soit pas une corvée, mais un plaisir ?

D’abord, je ne réponds aux messages que quand je suis disponible pour y répondre, c’est-à-dire que j’ai supprimé toutes les notifications de mon téléphone portable, je n’ouvre ma boîte email sur mon ordinateur que si je suis prête à répondre à des emails, j’ouvre les réseaux sociaux UNIQUEMENT quand je suis disposée à répondre aux messages. J’attends d’être disponible pour le faire c’est-à-dire que je ne saute pas sur mon smartphone quand un message ou une notification pope dessus, déjà parce que je n’ai aucune notification, ensuite parce que sauter dessus dès que ça arrive, c’est le meilleur moyen de s’interrompre dans une autre activité et de ne pas avoir l’esprit disponible véritablement pour répondre aux messages. Je parle de “disponibilité d’esprit”, pas de disponibilité physique. Ce que je veux dire c’est que si je suis en train d’écrire, clairement un message ou un email, ça me dérange. Ce n’est pas la faute de la personne qui me l’écrit, c’est ma faute à moi d’avoir laisser des notifications. Je n’ai aucune obligation de répondre dans l’immédiat, mais c’est trop tard, JE SAIS qu’il y a une notification. C’est comme si on était dans un grand open space dans des bureaux et que quelqu’un m’avait tapoté sur l’épaule alors que je suis occupée, que je lui fais un signe pour lui dire que je suis occupée, qu’il s’éloigne mais c’est TROP TARD. Maintenant, je suis curieuse de savoir pourquoi il m’a tapoté l’épaule, de quoi il a besoin, est-ce que c’est important, est-ce que c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Etc.

Donc pour cette raison, pour que les gens ne me dérangent jamais, même mes amis les plus proches, j’ai supprimé toute notification de mon smartphone. Je ne m’intéresse aux messages que quand je suis disponible mentalement pour le faire et que j’en ai envie. Ainsi, on ne me dérange jamais, c’est d’ailleurs quelque chose que je répète constamment aux gens qui ont peur de m’embêter quand ils m’écrivent “tu ne m’embêtes pas, je ne consulte mon téléphone et mes messages que quand je suis disponible pour le faire, il n’y a pas de notifications qui popent sur mon téléphone”. Ben devinez quoi ? Les gens ont vraiment peur de déranger et ils sont vraiment rassurés de savoir que ce n’est pas le cas et qu’il y ait une vraie raison derrière de pourquoi ce n’est pas le cas et pas juste un “mais non tu ne me déranges pas” dont on sait tous que c’est une formule de politesse qui parfois cache un “BORDEL J’EN PEUX PLUS DE RECEVOIR DES MESSAGES “.

La première étape, à mes yeux, c’est donc de répondre seulement quand on est dans le mood pour le faire.

La seconde étape, c’est de ne pas oublier que même si on n’aime pas les gens (et à ce stade, j’ai la sensation que c’est un courant de mode de ne pas aimer les gens et que tout le monde est subitement devenu introverti à l’extrême), ces personnes qui t’écrivent, ce ne sont pas des “gens” justement. Ce sont des lecteurs, ce sont des auteurs, ce sont des personnes qui s’intéressent suffisamment à toi pour prendre le temps de t’écrire. Et rien que ça, ça les sort de la catégorie des gens. Dans la rue, ce serait des personnes qui ont fait un pas vers toi, tout timide, avec politesse et qui t’ont fait un geste de la main en mode “hey, coucou, je te suis de loin depuis un moment et j’ai enfin trouvé le courage de venir te parler”.

Ok, raconté comme ça, je reconnais que ça ressemble à du stalking. Mais non, pas du tout !! *rires*

Donc non, ce ne sont pas des “gens” et j’aimerais que “gens” devienne presque un mot péjoratif dans ta bouche. Si tu es dans le bon mood pour leur répondre (et tu ne dois répondre que si tu es dans ce mood), intéresse-toi à eux, fais l’effort de faire un petit pas vers eux parce que tu ne sais pas ce qu’il va se passer, tu ne connais pas leur vie et ce petit pas représente beaucoup pour eux. En plus, je suis persuadée qu’on a toujours des bonnes surprises. Pour moi, qui pourtant ne suis pas fan des interactions sociales, je peux te dire que je n’ai jamais été déçue de faire un pas vers l’autre, d’apprendre à le connaître, de lui poser des questions. Alors non, tous mes emails ne se soldent pas par une amitié sans faille, évidemment que non et si c’était le cas, ce serait très problématique, mais ils m’apprennent tous quelque chose, parce que je pose des questions :

  • Parfois j’en découvre plus sur une personne et je suis émue par sa situation, ça me génère de belles émotions, ça m’inspire même des scènes de romans
  • Parfois j’apprends du savoir de culture générale, parce que j’ai la chance de discuter avec des personnes qui viennent de plein de métiers et de secteurs différents
  • Parfois j’apprends des problèmes que rencontrent les auteurs, ce qui me permet d’écrire un article dessus
  • J’apprends aussi à m’améliorer grâce aux retours de certains lecteurs
  • Parfois je peux aider quelqu’un, et ça aussi ce sont des émotions à gogo
  • Et parfois, je reçois des emails de remerciements tellement choupis trognons que j’en ai les larmes aux yeux

Et tout ça, si je ne prenais pas le temps de m’intéresser à l’autre, si je ne répondais pas à mes messages, si je n’essayais pas d’en savoir plus, ça n’arriverait pas.

Or, on est d’accord que c’est quand même trop génial toutes ces conséquences, non ?

Alors comment faire, quand tu es introverti, mal à l’aise, timide et que tu n’aimes pas les “gens”, pour engager la conversation avec quelqu’un qui vient de t’écrire et montrer que tu t’intéresses à lui ?

Déjà, rebondi sur son email, indique-lui les émotions que tu as reçues en le lisant, parce qu’à l’écrit (et en ce moment, notre vie se déroule beaucoup à l’écrit mine de rien), on ne ressent pas toujours le ton. Ensuite, s’il n’y a rien d’autre sur lequel tu peux rebondir dans l’email parce que c’est un email de remerciement ou d’appréciation de tes ouvrages ou de tes chroniques, par exemple, pose des questions assez générales comme “tu lis beaucoup ? Qu’est-ce que tu lis d’habitude ? Depuis combien de temps tu lis ? Quel est ton auteur préféré ?”, ou si tu as la fibre un peu plus tarée comme moi tu peux faire peur et demander tout de suite “quel est ton rêve le plus grand ? Quelle est ta boisson préférée et pourquoi ? Quel est ton plus beau souvenir ? Qu’est-ce qui t’a le plus traumatisé dans ton enfance ?”. Hmm, si, véridique, c’est aussi le genre de questions que je pose si je sens dans l’email de mon interlocuteur que je peux me le permettre. Bizarrement, parfois, on ne me répond plus après ça… mais c’est pas grave, ça arrive de se tromper sur le ton de l’interlocuteur et moi c’est le genre de questions que j’aime poser, or comme tu l’as compris, c’est important d’être sincère et authentique, tu te sentiras beaucoup plus à l’aise dans les échanges si tu l’es.

Si jamais la personne t’a écrit plusieurs paragraphes dans lesquels elle te livre un bout de sa vie ou d’un projet qui lui tient à cœur, n’hésite pas à poser des questions pour en savoir plus. Ne sois pas cet auteur qui dit juste “merci c’est gentil” et ne demande rien en retour. Sois différent. Sois celui qui a conscience que chaque lecteur est important ! Et si tu n’arrives pas à en avoir conscience, dis-toi qu’au minimum, tu fais plaisir au lecteur ou à l’auteur qui t’a écrit. Que ce n’était pas juste une bouteille jetée à la mer pour eux, qui n’aura jamais de retour, ou seulement trois mots un peu secs.

Tu découvriras alors que tu peux nouer des relations (sans pour autant que ce soit de l’amitié) et trouver des sujets de débats passionnants avec plein de personnes.

Et en plus, si tu t’es formé un peu sur la question du “réseautage”, tu verras que ces personnes qui t’écrivent, ont parfois dans leur entourage des connaissances auxquelles tu ne t’attendais pas :

  • Elles connaissent peut-être des graphistes doués dont tu as besoin pour ta prochaine couverture de roman
  • Elles ont peut-être des contacts dans le monde du cinéma
  • Peut-être qu’elles ont quelqu’un qui peut prendre ta fille en stage
  • Peut-être qu’elles s’y connaissent en réparation de toiture (hmm ceci est un appel au secours de ma part en fait)

On peut tous apprendre quelque chose des uns des autres.

Alors, essaie.

Intéresse-toi à l’autre.

Vois à quel point ça peut changer ta vie.

Et ce que je viens de décrire pour les emails, est valable aussi dans la “vraie” vie. Je ne te parle pas d’engager la conversation par toi-même en plus (ça, c’est une étape au-dessus). Je te parle juste de réagir positivement à quelqu’un qui vient vers toi. Le premier pas est déjà franchi, tout ce qu’on te demande c’est de rebondir.

Bon si c’est un psychopathe ou un serial killer, rebondis avec une arme sous la main, hein.

Mais ce que je veux dire c’est qu’on a tendance à voir tout de suite l’aspect négatif dans les interactions non sollicitées, peut-être que certains y voient une corvée, alors qu’on peut y voir un plaisir, un apprentissage, un partage.

J’aime chacune des interactions que j’ai nouées, elles m’ont vraiment toutes appris quelque chose, certaines m’ont même aidé. Un exemple typique ? Si je n’avais jamais répondu à la demande de MP de Théo Lemattre (dont j’ignorais qui il était à l’époque), je n’aurais pas obtenu un meilleur ami en or, un membre de l’équipe de Panda Jones, un partenaire d’écriture ou les meilleures conversations Whatsapp de ma vie (parce que l’humour de Théo est vraiment excellent).

Alors à toi de jouer !

Illustration par la pandissime @blandine.pouchoulin

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